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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2409109

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2409109

mercredi 15 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2409109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantBARTHOD-COMPANT LA FONTAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. B A, représenté par Me Barthod, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées refuse de lui délivrer un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français, fixe le pays de destination et lui interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande d'admission au séjour, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Barthod de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence du signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et de l'opportunité de l'usage par le préfet de son pouvoir de régularisation sans texte ;

- la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une ordonnance du 14 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 octobre 2024.

La demande d'admission de M. A à l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 13 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-malienne sur la circulation et le séjour des personnes, signée le 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baffray a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 1er mai 1998, déclare être entré sur le territoire français le 3 novembre 2014. Par un arrêté du 30 mai 2024, dont il demande l'annulation, le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français à l'expiration d'un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. La demande de M. A d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle ayant été examinée et rejetée par le bureau d'aide juridictionnelle, sa demande tendant à l'admission provisoire au bénéfice de cette aide est devenue sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 65-2023-10-02-00003 du 2 octobre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme C D, signataire de la décision attaquée disposait, en sa qualité de secrétaire générale de préfecture des Hautes-Pyrénées, d'une délégation, à l'effet de signer tous les actes et décisions relevant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont notamment l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ".

5. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui fondent sa décision, notamment la circonstance que le requérant a bénéficié de plusieurs cartes de séjour, portant les mention " travailleur salarié ", " étudiant " ou " étranger confié à l'ASE - CDD ", et la circonstance que le requérant est célibataire et sans enfant à charge, tout en visant et mentionnant les articles pertinents. Dès lors, et alors que le préfet n'est pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances de faits relatifs à la situation du requérant, celui-ci a suffisamment motivé sa décision. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Le requérant se prévaut de neuf ans et demi de résidence sur le territoire français dont il justifie. Toutefois, cette circonstance ne saurait, en elle-même, justifier son admission au séjour sur le fondement des articles précités, tandis qu'il ne peut justifier que de courtes périodes d'activité salariée depuis septembre 2020 et alors d'une insertion professionnelle stable et durable en France. En outre, il ne conteste pas que, comme l'a relevé le préfet, il est célibataire, sans charge d'enfants en France, et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le refus de titre de séjour n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement ".

9. Le requérant, qui doit être regardé comme soulevant une erreur d'appréciation au regard de l'article précité, soutient que le défaut de contrat de travail n'était pas de sa volonté car son contrat à durée déterminée n'a pas été renouvelé. Ainsi, il ne conteste la circonstance, relevée par le préfet, qu'il ne justifiait pas, à la date de la décision, du contrat de travail à durée déterminée prévu par les dispositions précitées. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que le requérant ne remplissait pas les conditions de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " et en refusant de la lui délivrer. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En dernier lieu, le requérant soutient que le préfet " aurait pu faire usage de son pouvoir discrétionnaire " afin de lui octroyer un récépissé avec autorisation de travail, il ne ressort d'aucun élément du dossier et de la situation personnelle du requérant que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de l'opportunité de régulariser son droit au séjour.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retourner sur le territoire français :

11. En premier lieu, le requérant soutient que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant un an serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Or, le requérant n'a formulé aucun moyen d'illégalité contre cette obligation, illégalité qui ne résulte pas de ce qui précède. Par suite, l'exception d'illégalité ne peut qu'être écartée.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

13. M. A soutient enfin que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de cet article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne fondant l'interdiction de retour sur le territoire français durant un an que sur deux des quatre critères prévus, sans tenir compte de la durée de son séjour en France et du fait qu'il y est arrivé alors qu'il était encore mineur. Il n'apparaît cependant pas que, même en tenant compte de ces deux derniers éléments, et au regard de l'ensemble de ceux de la situation personnelle de l'intéressé déjà évoqués ci-dessus, le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en prononçant cette mesure d'interdiction et sa durée d'un an.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. A ne sont pas fondées et doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées par son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Barthod et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

Mme Lançon, première conseillère,

Mme Gaullier-Chatagner, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2025.

Le président-rapporteur,

J.-F. Baffray

L'assesseure la plus ancienne,

Mme LançonLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées et à tout autre préfet compétent en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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