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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2409127

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2409127

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2409127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juin 2024 et le 17 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, l'a obligé à se présenter une fois par jour, y compris les week-ends et jours fériés, à 10h00 au commissariat de Drancy et lui a fait interdiction de se déplacer en dehors du territoire du département de la Seine-Saint-Denis sans autorisation écrite préalable ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision d'assignation à résidence :

- le signataire de l'acte n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de se présenter une fois par jour au commissariat :

- le signataire de l'acte n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'interdiction de sortir du département sans autorisation :

- le signataire de l'acte n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision est disproportionnée au regard de son état de santé.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Löns, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 juillet 2024 :

- le rapport de M. Löns ;

- et les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar, représentant M. B, absent, l'avocat reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que le requérant est présent sur le territoire depuis 1992, qu'il s'est vu délivrer successivement quatre cartes de résident, qu'il a trois enfants résidant en France, qu'il dispose d'une adresse certaine et qu'il doit se rendre à des rendez-vous médicaux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 16 juin 1976, fait l'objet d'une mesure d'expulsion prononcée le 7 juin 2024 par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Il demande l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, l'a obligé à se présenter une fois par jour, y compris les week-ends et jours fériés, à 10 h 00 au commissariat de Drancy et lui a fait interdiction de se déplacer en dehors du territoire du département de la Seine-Saint-Denis sans autorisation écrite préalable.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté contesté :

4. Par un arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du 6 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a consenti une délégation à M. A, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement, à l'effet de signer, notamment, les décisions d'assignation à résidence. Cette délégation est suffisamment précise pour conférer à cet agent la faculté de signer compétemment un arrêté prévoyant tant le principe d'une telle assignation que les décisions relatives aux mesures applicables aux étrangers concernés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant assignation à résidence :

5. En premier lieu, l'arrêté contesté vise notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que M. B fait l'objet d'une mesure d'expulsion prononcée le 7 juin 2024. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision d'assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit, par suite, être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de M. B, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de l'intéressé. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'illégalité, faute d'avoir été précédée d'un examen particulier de l'affaire.

7. En troisième lieu, si le requérant allègue qu'il dispose de garanties de représentation, une telle circonstance, à la supposer même établie, est sans incidence sur la légalité de l'assignation à résidence, alors qu'au demeurant l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose qu'un étranger assigné à résidence peut être placé en rétention administrative lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives. Si M. B se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France et de ses attaches privées et familiales sur le territoire, il n'est ni établi ni même allégué qu'il serait privé de la faculté de maintenir les liens avec ses proches du fait de la mesure d'assignation à résidence. S'il allègue qu'il pourrait avoir besoin de se rendre à l'hôpital en urgence, sans avoir la faculté d'obtenir un sauf-conduit, il ne justifie pas de ce qu'il ne pourrait être pris en charge en Seine-Saint-Denis. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le requérant aurait accompli des diligences en vue d'obtenir un sauf-conduit pour honorer un rendez-vous médical en dehors de ce département et qui seraient restées infructueuses. Enfin, le requérant ne saurait sérieusement soutenir que son suivi par le service pénitentiaire d'insertion et de probation permettrait d'atteindre les mêmes objectifs qu'une assignation à résidence dès lors que le premier a pour objet de seconder les efforts d'une personne condamnée en vue de son reclassement social, tandis que la seconde vise à mettre à exécution une mesure d'éloignement. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'en assignant M. B à résidence, le préfet ait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé.

En ce qui concerne les modalités de contrôle de la mesure d'assignation à résidence :

8. Le requérant n'apporte pas d'éléments de nature à démontrer que l'obligation de se présenter une fois par jour, y compris les week-ends et jours fériés, à 10 heures au commissariat de Drancy et de s'abstenir de se déplacer en dehors du territoire du département de la Seine-Saint-Denis lui causeraient des inconvénients tels que les modalités de contrôle de son assignation à résidence revêtiraient un caractère disproportionné. Par suite, les moyens tirés du caractère disproportionné de ces mesures et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

Sur les frais de l'instance :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Namigohar et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

A. Löns Le greffier,

C. Goossens

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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