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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2409152

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2409152

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2409152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantBERESSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. E B, représenté par Me Awad, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Il soutient que :

­ l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

­ il est entaché d'insuffisance de motivation ;

­ la procédure contradictoire garantie par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnue ;

­ l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

­ il est entaché d'une erreur de droit ;

­ il a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ il a été pris en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

­ le rapport de Mme C,

­ les observations de Me Awad pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; Me Awad expose que l'arrêté attaqué est entaché de défaut d'examen dès lors que les faits qui lui sont reprochés remontent au mois de janvier 2023, alors que son client était magasinier dans une épicerie et qu'à l'époque, il n'avait pas été jugé coupable de la commission de ces faits ; ce n'est que plus d'un an plus tard, alors qu'il avait trouvé un nouvel emploi, qu'il a été placé en garde-à-vue ; il est en situation régulière sur le territoire français dès lors qu'il est titulaire d'un titre de séjour italien ; il a saisi le préfet d'une demande d'abrogation de la décision portant obligation de quitter le territoire français au profit d'une mesure de remise aux autorités italiennes dès lors qu'il est titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes ;

­ les observations de M. B qui indique être reparti au Maroc et être revenu en France au mois de mai 2024 pour commencer un nouveau travail.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 5 mai 1970, a fait l'objet d'un arrêté en date du 27 juin 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Par un arrêté du même jour, il a été placé en rétention administrative. M. B demande l'annulation de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre.

2. En premier lieu, par un arrêté du 26 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Mme D A, cheffe du bureau de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de ce qu'il serait entaché d'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Il ressort du procès-verbal d'audition de M. B par les services de police en date du 27 juin 2024 qu'il a été mis en mesure de présenter ses observations sur sa situation et notamment l'irrégularité de son séjour et son éventuelle reconduite vers son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré par le requérant de ce que son droit d'être entendu aurait été méconnu doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) / ; 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; / 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une. ". Aux termes de l'article L. 311-2 du même code : " Un étranger ne satisfait pas aux conditions d'entrée sur le territoire français lorsqu'il se trouve dans les situations suivantes : / 1° Sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 411-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; / 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l'article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9, L. 421-11 ou L. 421-14 à L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L. 421-28 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d'une durée inférieure ou égale à un an ; / 3° Une carte de séjour temporaire ; / 4° Une carte de séjour pluriannuelle ; / 5° Une carte de résident ; / 6° Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ; / 7° Une carte de séjour portant la mention " retraité " ; / 8° L'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4, L. 425-10 ou L. 426-21. ".

7. D'une part, si M. B se prévaut de la délivrance d'un titre l'autorisant à séjourner en Italie par les autorités de cet Etat, il résulte des dispositions citées au point précédent que la délivrance d'un tel titre n'autorise pas l'intéressé à résider durablement en France. Or, M. B ne justifie pas qu'il séjournait depuis moins de trois mois en France à la date de l'intervention de l'arrêté attaqué et cela ne ressort pas des pièces du dossier. Ainsi M. B ne peut être considéré comme séjournant régulièrement sur le territoire français.

8. D'autre part, il ressort des dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, et des articles L. 621-1 et suivants du même code, relatives aux procédures de remise aux Etats membres de l'Union européenne ou parties à la convention d'application de l'accord de Schengen, que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'UE ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement de ces dispositions, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre.

9. Enfin, il résulte du procès-verbal d'audition de M. B que lorsque l'agent de police a demandé à l'intéressé s'il accepterait d'être reconduit dans son pays d'origine, celui-ci a répondu par l'affirmative.

10. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français plutôt qu'une décision de remise aux autorités italiennes, le préfet aurait entaché l'arrêté attaqué de défaut d'examen ou d'erreur de droit.

11. En cinquième lieu, si M. B fait valoir, sans l'établir, qu'il réside en France depuis 2006 et qu'il y travail, il ressort des pièces du dossier que son ex-épouse et leurs deux enfants résident au Maroc, de même que sa mère et ses frère et sœurs. Surtout il ressort des pièces du dossier et notamment des procès-verbaux d'audition de l'intéressé qu'il a été interpelé et placé en garde-à-vue pour des faits d'agression sexuelle et viol sur des personnes vulnérables à la suite du dépôt de plainte, en l'espace de quelques jours au mois de janvier 2023, par trois femmes issues d'un foyer pour personnes handicapées. Ainsi son comportement représente une menace significative pour l'ordre public. Il s'ensuit que les moyens tirés par le requérant de ce que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ou serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

12. En dernier lieu, le moyen tiré par le requérant de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 27 juin 2024 doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de Seine-et-Marne.

Jugement rendu en audience publique, le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

M. CLa greffière,

C. Goossens

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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