mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2409157 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Pôle Urgences (J.U) |
| Avocat requérant | CHARTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 28 juin et 8 juillet 2024,
M. C D, représenté par Me Chartier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de prendre toutes mesures aux fins de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi 10 juillet 1991, ou, à défaut d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen particulier ;
- la procédure contradictoire garantie par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnue ;
- la consultation de la base TELEMOFPRA est irrégulière ;
- son droit au maintien sur le territoire français au titre de sa demande d'asile a été méconnu ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen particulier ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen particulier ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
le rapport de Mme B,
les observations de Me Chartier pour M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; Me Chartier expose que contrairement à la mention de l'arrêté attaqué selon laquelle son client n'aurait pas manifesté sa volonté de régulariser sa situation, le procès-verbal d'audition fait état d'une demande auprès de la préfecture du Val d'Oise et le préfet ne justifie pas du contraire ; elle estime que tant la décision portant obligation de quitter le territoire français que les décisions de refus de délai de départ volontaire et d'interdiction de retour sur le territoire français sont fondées sur la menace à l'ordre public que représenterait son client, alors qu'elle n'est pas caractérisée dès lors que les faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours sur conjoint, concubin ou partenaire de PACS ne sont pas établis et que les faits de harcèlement d'une personne au moyen d'un service de communication au public en ligne ayant pour effet une dégradation des conditions de vie alternant la santé ont fait l'objet d'un classement sans suite ; l'absence de menace à l'ordre public remet en cause le bien-fondé de l'ensemble des décisions de l'arrêté attaqué ; le préfet ne justifie pas de la notification d'une des deux mesures d'éloignement en considération desquelles les décisions de refus de délai de départ volontaire et d'interdiction de retour sur le territoire français ont été prises ; la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
les observations de M. D qui expose qu'il a eu des difficultés à quitter son pays dans lequel il était menacé, que sa femme et ses deux enfants ont également été menacés après son départ et qu'ils sont partis s'installés en Inde au mois d'août 2023 où ils ont de nouveau subi des menaces, ce qui les a conduits à partir à Dubaï.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant sri-lankais né le 15 mai 1982, a fait l'objet d'un arrêté en date du 26 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, il a été placé en centre de rétention administrative.
Sur les conclusions à fin d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. M. D a bénéficié de l'assistance d'un avocat désigné d'office dans les conditions de l'article R. 776-22 du code de justice administrative. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'intéressé tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté du 22 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. A, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement, pour signer, notamment, l'arrêté litigieux. Le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le préfet a visé les articles L. 611-1 à L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a mentionné que M. D ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le préfet a également relevé que l'intéressé ne justifiait pas de liens anciens ni intenses en France. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et le moyen tiré de ce qu'elle serait entachée d'insuffisance de motivation ou de défaut d'examen doit être écarté.
5. En troisième lieu, le requérant n'apporte aucun élément de nature à justifier son affirmation selon laquelle il aurait déposé une demande de titre de séjour qui serait en cours de traitement.
6. En quatrième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
7. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'un procès-verbal de l'audition de M. D en date 26 juin 2024 que l'intéressé a été mis à même de présenter des observations sur la perspective de son éloignement. Il s'ensuit que le moyen tiré par le requérant de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.
8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que si, pour prononcer la décision attaquée, le préfet a vérifié dans la base de données TELEMOFPRA que M. D n'avait plus de droit au séjour au titre de sa demande d'asile, il ne résulte d'aucune disposition que la consultation de cette base de données ferait partie, en tant que telle, de la procédure d'édiction de la décision attaquée. Ainsi, à supposer même que le préfet aurait procédé à la consultation de cette base de données de manière irrégulière, cette circonstance serait sans incidence sur la régularité de la procédure d'édiction de la décision attaquée, sans préjudice de la possibilité pour l'intéressé de critiquer la réalité des informations recueillies par le préfet dans cette base de données.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : /()/ b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32 () ". Aux termes de l'article L. 531-32 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : /()/ 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ".
10. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 532-54 de ce code : " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise. Il la notifie également au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. ". Aux termes de l'article R. 531-19 de ce code : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. D a formulé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 16 février 2017, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 7 juillet 2017. Puis il a introduit une demande de réexamen qui a été rejetée comme irrecevable par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 23 avril 2018. Il résulte des dispositions citées au point 9 que le droit au maintien de l'intéressé au titre de sa demande d'asile a pris fin à la date de notification de cette dernière décision et il résulte de la base TELEMOFPRA qui fait foi jusqu'à preuve du contraire en application de l'article R. 531-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle a été notifiée à l'intéressé le 23 avril 2018. Ainsi, à la date de la décision attaquée, le requérant n'avait plus de droit au maintien sur le territoire français au titre de sa demande d'asile.
12. En septième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français est exclusivement fondée sur l'absence d'entrée régulière et de droit au séjour de M. D en France. Il s'ensuit que le moyen du requérant, tiré de ce que le préfet n'établirait pas la menace à l'ordre public qu'il lui reproche de représenter, doit être écarté comme inopérant.
13. En huitième lieu, alors que le requérant se borne à se prévaloir de sa durée de présence en France depuis 2016, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
14. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées au point 3.
15. En deuxième lieu, le préfet a visé les articles L. 612-2 à L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a mentionné que le comportement de M. D constitue une menace pour l'ordre public, qu'il s'est soustrait à l'exécution de précédentes mesures d'éloignement et qu'il ne présente pas de garantie de représentation. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré par le requérant de ce qu'elle serait entachée d'insuffisance de motivation ou de défaut d'examen doit être écarté.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; /()/ 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; /()/ 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
17. M. D fait valoir qu'il n'est pas établi que son comportement représenterait une menace pour l'ordre public dans la mesure où les faits de harcèlement d'une personne au moyen d'un service de communication au public en ligne auraient fait l'objet d'un classement sans suite et les faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un PACS, présenteraient un caractère isolé, ancien et sans réelle gravité. Cependant, outre qu'ils sont mentionnés dans le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), ces faits ressortent également des déclarations de la personne qui se présente comme victime lors d'une audition en date du 26 juin 2024 dont le procès-verbal est versé au dossier. La circonstance que ces faits, dont le niveau de gravité est suffisant pour caractériser la menace à l'ordre public que constitue le comportement de leur auteur, auraient été considérés comme insuffisamment établis par le juge pénal, n'est pas de nature à remettre en cause la caractérisation de cette menace. Par ailleurs, la décision attaquée est également fondée sur les motifs tirés de ce que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution de deux mesures d'éloignement, dont le requérant ne conteste la notification que de l'une des deux, de ce qu'il ne présente pas de garantie de représentation, dès lors qu'il est dépourvu de documents de voyage, ce qu'il ne conteste pas, de ce qu'il a déclaré vouloir rester en France, ce qui ressort de son procès-verbal d'audition, et de ce qu'il ne justifie pas être entré régulièrement en France, ce qu'il ne conteste pas. Il s'ensuit que le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions citées au point 16 et de ce qu'elle serait entachée d'erreur d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
19. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées au point 3.
20. En deuxième lieu, l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour, indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
21. Le préfet a notamment visé l'article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a mentionné que la décision attaquée était fondée sur le refus de délai de départ volontaire, que le comportement de M. D représente une menace pour l'ordre public, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, de même que le préfet a explicité la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré par le requérant de ce qu'elle serait entachée d'insuffisance de motivation ou de défaut d'examen doit être écarté.
22. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes raisons que celles exposées au point 13.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. D doivent être rejetées, ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. D est rejetée en toutes ses conclusions.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Chartier et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Jugement rendu en audience publique, le 9 juillet 2024.
La magistrate désignée,
M. BLa greffière,
C. Goossens
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026