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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2409184

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2409184

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2409184
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTHOMINETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un recours, enregistré le 30 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Charlotte Thominette, demande au juge des référés du tribunal administratif, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer la carte de séjour " membre de famille d'un citoyen de l'Union Européenne " dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, afin qu'elle puisse déposer une demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement sur son espace de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une attestation de prolongation de l'instruction ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée dès lors qu'il s'agit d'un renouvellement de son titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne qui ne lui a jamais été remis malgré ses demandes et qui expire le 25 août 2024 ; elle exerce la profession de réalisatrice et un titre de séjour l'autorisant à travailler est nécessaire pour qu'elle puisse poursuivre ses projets artistiques ;

- la mesure demandée présente un caractère utile dès lors que la délivrance du titre actuel constitue le seul moyen de débloquer son espace ANEF afin qu'elle puisse, par la suite, signaler son changement d'adresse et déposer une demande de renouvellement de son titre ; cette mesure vise notamment à remédier aux dysfonctionnements de la procédure dématérialisée ;

- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet de police de Paris qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Julia Jimenez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. "

2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

3. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. Il résulte de l'instruction que Mme B, ressortissante israélienne née le 28 septembre 1992, a obtenu le 25 août 2023 une attestation lui indiquant qu'un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne valable du 26 août 2023 au 25 août 2024 allait lui être délivré et que le document était en cours de fabrication. Ce titre de séjour ne lui a jamais été remis malgré ses demandes. Mme B a tenté de se connecter depuis le mois d'octobre 2023 sur le site de l'ANEF mais se heurte à un message de blocage. Elle a adressé plusieurs courriels aux services de la préfecture de police qui lui répondent que " les services compétents sont avisés ". En dernier lieu, elle a obtenu un rendez-vous à la préfecture de police le 26 juin 2024 mais son titre de séjour ne lui a toujours pas été remis. L'intéressée ne peut signaler son changement d'adresse ni déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour en raison du blocage du site de l'ANEF, dû à l'absence de délivrance de son titre de séjour valable du 26 août 2023 au 25 août 2024. Si son titre de séjour n'expire que le 25 août 2024, rien ne laisse présager, d'une part, que la situation de blocage sera résolue et, d'autre part, Mme B est actuellement empêchée de demander le renouvellement de son titre de séjour dans les délais impartis et d'exercer son activité professionnelle de réalisatrice, les projets artistiques s'étalant sur plusieurs semaines ne pouvant lui être confiés en l'absence de titre de séjour. Elle justifie ainsi de l'utilité de la mesure sollicitée et de l'urgence particulière de sa situation, s'agissant en l'espèce d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. En outre, la demande présentée par Mme B devant le juge des référés ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

5. Il résulte de ce qui vient d'être dit qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de de Paris de fixer à Mme B un rendez-vous, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, afin de lui remettre son titre de séjour en cours de validité, de lui permettre de déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour et de lui remettre, à l'issue, une attestation de prolongation de l'instruction autorisant son titulaire à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de fixer un rendez-vous à Mme B dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, afin de lui remettre son titre de séjour en cours de validité, de lui permettre de déposer une demande de renouvellement dudit titre de séjour et de lui remettre, à l'issue, une attestation de prolongation de l'instruction autorisant son titulaire à travailler.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Montreuil, le 24 juillet 2024.

La juge des référés,

J. Jimenez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.1

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