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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2409419

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2409419

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2409419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantCASAGRANDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juillet 2024 et le 16 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Casagrande, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a astreint à résider au 4 rue Henri Dunant, 93100 Montreuil, pour une durée de 45 jours, l'a obligé à se présenter une fois par jour, y compris les week-ends et jours fériés, à 10 heures au commissariat de Montreuil-sous-Bois et lui a interdit de sortir du territoire du département de la Seine-Saint-Denis sans autorisation écrite préalable ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte n'a pas justifié de sa compétence ;

- l'arrêté est dépourvu de base légale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation quant au principe et aux modalités de l'assignation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une note en délibéré du préfet de la Seine-Saint-Denis a été enregistrée le 25 juillet 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Löns, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 juillet 2024 :

- le rapport de M. Löns ;

- et les observations de Me Casagrande, représentant M. B, présent, l'avocate reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas communiqué, dans la présente instance, l'obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet des Hauts-de-Seine le 17 juin 2022 et que cette obligation de quitter le territoire français n'était plus exécutoire à la date de l'arrêté contesté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant roumain né le 8 janvier 2002, demande l'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a astreint à résider au 4 rue Henri Dunant, 93100 Montreuil, pour une durée de 45 jours, l'a obligé à se présenter une fois par jour, y compris les week-ends et jours fériés, à 10 heures au commissariat de Montreuil-sous-Bois et lui a interdit de sortir du territoire du département de la Seine-Saint-Denis sans autorisation écrite préalable.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du 6 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a consenti une délégation à M. C, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer, notamment, les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 776-18 du code de justice administrative, applicable en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence : " () Les décisions attaquées sont produites par l'administration. ". L'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose, dans sa rédaction applicable au litige : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). " Si l'arrêté en litige vise un arrêté portant obligation de quitter le territoire français avec interdiction de circulation sur le territoire français prononcé par le préfet des Hauts-de-Seine le 17 juin 2022, ce dernier ne figure pas au nombre des décisions attaquées dans la présente instance. La circonstance que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas produit cet arrêté jusqu'à la clôture de l'instruction est sans incidence sur la légalité de l'arrêté du 1er juillet 2024, lequel a d'ailleurs été produit en défense le 13 juillet 2024. La circonstance que l'ancienneté maximale des obligations de quitter le territoire français mentionnée au 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été d'un an dans sa rédaction applicable jusqu'au 27 janvier 2024 n'a pas eu pour effet de faire disparaître de l'ordonnancement juridique les obligations de quitter le territoire français plus anciennes. Ainsi, à la date de la décision attaquée, l'étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise au plus tôt le 2 juillet 2021 et qui ne disposait pas ou plus d'un délai de départ volontaire remplissait les conditions énoncées au 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aucune disposition ni aucun principe ne permettait au requérant de croire légitimement, à la date d'entrée en vigueur de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration et améliorer l'intégration, qu'il n'était plus obligé de quitter le territoire français. Il ne peut pas davantage se plaindre d'une perte de chance de se soustraire à une obligation légale. Dès lors, l'arrêté contesté trouve sa base légale dans les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'interdiction de se déplacer en dehors du territoire de la Seine-Saint-Denis sans autorisation écrite préalable empêcherait M. B d'accueillir sa fille née en 2023, alors que la mère et la grand-mère de l'enfant, qui résident dans les Hauts-de-Seine, peuvent se déplacer sans restriction. Le requérant ne justifie pas avoir accompli des diligences en vue d'obtenir l'autorisation de se rendre à la mission locale de Clichy-la-Garenne, où il est suivi pour sa recherche d'emploi, ni qu'une telle autorisation lui aurait été refusée. Dans ces circonstances, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence, l'a obligé à se présenter tous les jours, y compris les week-ends et jours fériés, à 10 heures au commissariat de Montreuil et lui a interdit de se déplacer en dehors du territoire de la Seine-Saint-Denis sans autorisation écrite préalable.

Sur les frais de l'instance :

7. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Casagrande et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

A. Löns Le greffier,

C. Goossens

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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