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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2409639

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2409639

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2409639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantRACCAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juillet 2024 et le 15 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Raccah, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de mettre fin à son inscription aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- le signataire de l'arrêté n'a pas justifié de sa compétence ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le principe du contradictoire, garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur de droit ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de ces décisions sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de l'acte n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- son droit d'être entendu, garanti par un principe général du droit de l'Union européenne, a été méconnu ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation et n'a pas vérifié son droit au séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il s'est cru en situation de compétence liée ;

- cette décision est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- le signataire de l'acte n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- cette décision est illégale par voie d'exception, en tant qu'elle se fonde sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale par voie d'exception, en tant qu'elle se fonde sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision ne mentionné pas les modalités ni l'auteur de la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale par voie d'exception, en tant qu'elle se fonde sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- en fixant la durée de l'interdiction de retour à trois ans, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Löns, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 juillet 2024 :

- le rapport de M. Löns ;

- et les observations de Me Raccah, représentant M. A, présent, l'avocate reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que les décisions contestées sont entachées d'un défaut d'examen particulier de la situation de son client, qui avait fait état, lors de son audition, des titres de séjour dont il avait été titulaire au cours de la période allant de 2016 à 2020, et que M. A a toujours besoin d'un suivi médical spécialisé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant serbe né le 16 décembre 1967, demande l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité (). " La délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade a pour effet de régulariser la situation d'un étranger quant aux conditions de son entrée en France.

5. Il ressort tant des visas que des considérants de l'arrêté en litige que pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet a également estimé que le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public, il ressort tant des termes mêmes de l'arrêté que du mémoire en défense produit le 16 juillet 2024 que la décision portant obligation de quitter le territoire français se fonde seulement sur ledit 1° de cet article, et ce, alors même que le préfet a reçu communication, le 12 juillet 2024, du mémoire complémentaire du requérant, accompagné des copies de deux titres de séjour mention " vie privée et familiale " dont le requérant était titulaire et qui étaient valables respectivement jusqu'au 17 février 2017 et jusqu'au 10 juillet 2019. Par ailleurs, le requérant justifie également de récépissés de demande de renouvellement de son dernier titre de séjour, valables jusqu'au 3 décembre 2020. Dans ces circonstances, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur une autre disposition de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, la délivrance des deux titres de séjour mentionnés a eu pour effet de régulariser la situation de M. A quant aux conditions de son entrée en France. Dès lors, cette situation n'entrait pas dans les prévisions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français alors qu'il avait été titulaire de titres de séjour, le préfet a commis une erreur de droit.

6. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet a omis de prendre en considération un élément pertinent pour la qualification de la situation de l'intéressé au regard des dispositions sur lesquelles il a fondé sa décision, et ce, alors même que M. A a indiqué, lors de son audition du 6 juillet 2024 à 10 h 20, s'être vu délivrer des titres de séjour postérieurement à son entrée en France. Dès lors, le requérant est également fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant refus d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, et ce, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

9. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique que le préfet délivre à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10. En second lieu, l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique que le signalement aux fins de non-admission de M. A soit effacé du système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder à cet effacement, dans le délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. A, qui, au demeurant, a bénéficié de l'assistance d'un avocat commis d'office.

D E C I D E

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 6 juillet 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen, dans le délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Raccah et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

A. Löns La greffière,

C. Goossens

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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