mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2409651 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET LFMA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 8 juillet 2024 et le
25 octobre 2024, Mme B D épouse A C, représentée par Me Lerein, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une incompétence de son signataire ;
- elle méconnait l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception ;
- elle est entachée d'une incompétence de son signataire ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lamlih ;
- les observations de Me Lerein représentant Mme A C.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas présent ni représenté.
Une note en délibéré, présentée pour Mme A C, a été enregistrée le
12 décembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante tunisienne né le 15 juin 1987, soutient être entrée en France le 4 mai 2022 et y résider depuis lors. Elle a sollicité le 8 novembre 2023 son admission au séjour en se prévalant de sa qualité de parent d'un enfant malade. Par un arrêté du 1er juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office.
2. En premier lieu, pas un arrêté du 11 septembre 2023 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. E F, sous-préfet de Saint-Denis, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait placé en situation de compétence liée ni qu'il n'aurait pas procédé à un examen de la situation de Mme A C avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.
4. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".
5. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
6. En l'espèce, l'enfant de Mme A C, Amine, souffre d'une maladie neurologique chronique (épilepsie). Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 16 février 2024 qui a estimé que l'état de santé de l'enfant de Mme A C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Pour contester cet avis, la requérante soutient que l'état de santé de son fils nécessite un traitement médicamenteux, par Mikropakine qui n'est pas disponible en Tunisie. Toutefois, en tout état de cause, les trois articles de presse dont elle se prévaut ne font pas état de cette indisponibilité. Mme A C n'établit donc pas que le Mikropakine est indisponible en Tunisie. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A C, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. " et selon l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Mme A C soutient que ses deux enfants sont épileptiques et qu'ils sont pris médicalement en charge en France. Toutefois, elle n'établit pas l'indisponibilité d'une prise en charge médicale en Tunisie. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme A C, qui réside en France avec son époux dont la régularité du séjour n'est pas établie, n'est présente sur le territoire que depuis deux ans à la date de la décision attaquée. Si l'intéressée se prévaut de la scolarité en France de ses deux enfants, elle n'établit pas l'impossibilité pour eux de poursuivre une scolarité en Tunisie. Mme A C ne démontre pas non plus la nécessité de rester auprès de sa tante qui réside régulièrement en France ni l'absence d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de Mme A C en France, la décision qui lui refuse la délivrance d'un titre de séjour attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. En sixième lieu, Mme A C, ressortissante tunisienne, ne peut utilement se prévaloir du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus qui s'applique exclusivement aux ressortissants algériens.
10. En dernier lieu, il résulte de tout ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A C doivent être rejetées. Par voir de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en va de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D épouse A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 11 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
M. Guiral, premier conseiller,
Mme Lamlih, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
La rapporteure,
D. Lamlih
Le président,
L. Gauchard La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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