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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2409732

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2409732

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2409732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantTHOMINETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Thominette, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- son droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- cette décision est illégale faute de perspective raisonnable d'éloignement ;

- sa demande d'asile est toujours pendante devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Löns, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 juillet 2024 :

- le rapport de M. Löns ;

- et les observations de Me Thominette, représentant M. C, présent, l'avocat reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir qu'un précédent arrêté d'assignation à résidence en date du 17 mai 2024 a été annulé par un jugement n° 2407107 du tribunal administratif de Montreuil, que son client n'a pas reçu notification de l'ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 2 juillet 2024 figurant sur la fiche TelemOfpra produite en défense et que l'absence de production, par le préfet, de la décision contestée constitue un vice de procédure.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant haïtien né le 1er septembre 1998, demande l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence en vue de l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 25 février 2024.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise.

5. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

6. Pour soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, M. C affirme que s'il avait été informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'un arrêté d'assignation à résidence, il aurait fait valoir qu'il est arrivé en France à l'âge de six ans, que toute sa famille se trouve sur le territoire français et qu'il ne connaît personne en Haïti. Or, de tels éléments sont sans incidence sur la qualification de la situation de M. C au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Alors que M. C faisait déjà l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, ces éléments n'étaient pas de nature à conduire le préfet à retenir d'autres modalités d'exécution de cette mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). " D'une part, en se bornant à produire une capture d'écran du site internet du ministère des affaires étrangères, un article du journal Le Monde et des jugements des tribunaux judiciaires de Cayenne, Pointe à Pitre et Toulouse, datant tous du mois de mars 2024, le requérant n'apporte pas d'éléments suffisants pour étayer l'allégation selon laquelle son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable du fait de la situation sécuritaire en Haïti. D'autre part, il ressort de la fiche extraite de l'application TelemOfpra produite en défense que le recours du requérant contre la décision du 8 mars 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de protection internationale a été rejeté par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 2 juillet 2024. La seule circonstance que cette ordonnance n'a pas été notifiée à M. C n'est pas de nature à faire disparaître toute perspective raisonnable d'éloignement, alors qu'une telle notification est susceptible d'être faite à brève échéance. Par suite, le moyen tiré de l'absence de perspective raisonnable d'éloignement doit être écarté en toutes ses branches.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. C se prévaut d'une arrivée en France en 2007, à l'âge de six ans, de la présence de sa famille sur le territoire français et de l'absence de liens en Haïti. Toutefois, il n'expose pas en quoi le fait d'être assigné à résidence le priverait de la faculté d'entretenir des liens avec des membres de sa famille en France. Dans ces circonstances, la décision portant assignation à résidence n'a porté aucune atteinte au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Une arrivée en France en 2007 ou la présence sur le territoire français de l'ensemble des membres de sa famille sont insusceptibles de conférer à l'assignation à résidence de M. C le caractère d'une peine ou d'un traitement inhumain ou dégradant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur les frais de l'instance :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Thominette et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

A. Löns La greffière,

C. Goossens

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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