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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2410070

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2410070

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2410070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. C, ressortissant marocain, contestant l'arrêté préfectoral du 14 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour pour deux ans. Le tribunal a jugé que la décision était signée par une autorité compétente et que les moyens soulevés, notamment la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation et d'injonction, sur la base du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 juillet et 11 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Pierre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner la communication de son entier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à l'administration de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en cas d'admission définitive à cette aide, et à défaut à lui verser, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit d'être entendu a été méconnu ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit et méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il résulte d'une erreur manifeste d'appréciation de l'existence d'une menace à l'ordre public et des conséquences des mesures prononcées sur sa situation personnelle

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, procède d'une erreur manifeste d'appréciation de l'existence d'une menace à l'ordre public ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public et justifie de garantie de représentation, méconnait les stipulations de l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision précédente, procède d'un défaut d'examen individuel et global de la proportionnalité de cette mesure, méconnait les stipulations de l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baffray ;

- et les observations de Me Pierre, avocate de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Un mémoire, présenté par le préfet de la Saine-Saint-Denis et devant être regardé comme une note en délibéré, a été enregistré le 12 septembre 2024 à 16h03.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain, demande l'annulation de l'arrêté du 14 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, en application du premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 et eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, d'admettre ce dernier au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la production de l'entier dossier :

3. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

4. L'arrêté contesté ayant été produit, l'affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant.

Sur les moyens d'annulation :

5. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 6 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à Mme A D, attachée d'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait et ne peut dès lors qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier celles visées aux termes des articles L. 611-1, L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-12 de ce même code. Il mentionne également de manière suffisamment précise les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale du requérant, en rappelant notamment qu'il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour qui a expiré le 11 mars 2023, que son comportement constitue une menace à l'ordre public, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il est dépourvu d'un document de voyage en cours de validité et que, s'il a déclaré un lieu de résidence, il n'apporte pas la preuve d'y demeurer de manière stable et effective, que la mesure d'éloignement en litige ne porte pas d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'il ne démontre pas qu'il risquerait d'être personnellement soumis à des risques de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté en litige mentionne donc les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il comporte, et est donc, dès lors, suffisamment motivé.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni de tout autre élément versé au dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre à son encontre les décisions contenues dans l'arrêté contesté.

8. En quatrième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. M. C ne fait état d'aucune information pertinente tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris l'arrêté attaqué et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cet arrêté. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière pour non-respect du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, M. C n'apporte aucun élément permettant d'établir et d'apprécier à la fois la durée de sa résidence habituelle en France et l'importance de ses attaches personnelles et familiales sur le territoire français, se bornant à affirmer résider en France depuis quarante-deux ans sans l'établir. En outre, il ne fournit pas davantage d'élément pour contester qu'il a été interpellé pour des faits de violences sur ascendant, qu'il est connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de vols simples avec préjudice particuliers dans locaux ou lieux publics et de vol en bande organisée avec usage d'une arme et qu'il a été condamné à douze ans de réclusion criminelle pour des faits de vol avec armes et à huit mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve de deux ans pour des faits de transports, de détention, d'offre ou de cession et d'acquisition non autorisés de stupéfiants. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels il a été pris. Enfin, il ne justifie d'aucune garantie concrète de représentation. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la violation des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'erreurs manifestes d'appréciation des risques pour l'ordre public et des conséquences des mesures prononcées à son encontre sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

10. En septième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il risquerait d'être personnellement soumis à des risques de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, ce moyen, qui n'est d'ailleurs opérant qu'à l'encontre de la décision portant fixation du pays de renvoi, doit aussi être écarté.

11. En dernier lieu, M. C ne démontrant pas que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégal, il ne peut utilement soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de ce refus.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. C ne sont pas fondées et doivent être rejetées, ainsi, par conséquent, que celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Pierre et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

J.-F. BaffrayD. Coulibaly

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet compétent en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N° 2410070

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