mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2410074 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 et 25 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Bellanger, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution des délibérations du conseil académique et du conseil d'administration, siégeant en formation restreinte, de l'université Paris 8, des 30 et 31 mai 2024 par lesquelles le concours de recrutement pour le poste de maitre de conférences " Théâtres et pratiques culturelles hybrides " a été interrompu ainsi que la décision par laquelle la présidente de l'université aurait confirmé l'interruption du concours ;
2°) d'enjoindre à l'université Paris 8 de reprendre la procédure de recrutement sur le poste de maître de conférences au stade de l'examen par le conseil académique de la liste de candidats établie par le comité de sélection, dans un délai de 10 jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Université Paris 8 la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que les délibérations litigieuses ont conduit à l'interruption de la procédure de recrutement sur le poste pour lequel il a été classé en première position, le privant de la possibilité d'intégrer le corps des maîtres de conférences, dès lors qu'il n'a pas été retenu sur ses autres candidatures, alors même que la rentrée universitaire de 2024 est proche et qu'il se retrouve dans une situation de précarité financière ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que les délibérations sont insuffisamment motivées, que le motif tiré de l'irrégularité de la procédure n'est pas fondé, qu'ainsi les délibérations sont entachées d'une erreur de droit ou d'appréciation, d'un détournement de pouvoir et d'un détournement de procédure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, l'université Paris 8 conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête en tant qu'elle est dirigée contre une décision inexistante de la présidente de l'Université Paris 8 est irrecevable ;
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite et les moyens soulevés sont, à titre principal, inopérants, dès lors que l'administration se trouvait en situation de compétence liée, à titre subsidiaire, ils ne sont pas fondés.
Vu :
- la requête enregistrée le 15 juillet 2024 sous le n° 2410066, tendant à l'annulation des décisions des 30 mai 2024 et 31 mai 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le décret n°84-431 du 6 juin 1984 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Caro, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juillet 2024, tenue en présence de Mme Amzal, greffière de l'instance :
- le rapport de Mme Caro, juge des référés,
- les observations de Me Bellanger, représentant M. B, qui reprend par les mêmes moyens ses conclusions écrites, et précise également, que contrairement à ce qui est soutenu par l'Université Paris 8, l'article 9-2 du décret n° 84-431 du 6 juin 1984, n'interdit pas d'effectuer plusieurs tours de vote avant d'aboutir au vote final,
- et les observations de Me Moreau représentant l'université Paris 8, qui précise notamment que la présidente de l'Université Paris 8 n'a pris aucune décision.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a présenté sa candidature à un poste de maître de conférences " théâtres et pratiques culturelles hybrides " ouvert à l'université Paris 8. Le comité de sélection, après s'être réuni le 15 mai 2024, a classé M. B en première position. Les 30 et 31 mai 2024, le conseil académique et le conseil d'administration de l'université Paris 8, siégeant tous deux en formation restreinte, ont décidé d'émettre un avis défavorable au classement proposé par le comité de sélection, interrompant ainsi la procédure de recrutement, en raison d'une irrégularité entachant cette dernière. Par la présente requête, le requérant demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de ces décisions ainsi que de la décision par laquelle la présidente de l'université Paris 8 aurait confirmé l'interruption du recrutement.
Sur la fin de non-recevoir partielle opposée en défense :
2. Il résulte de l'instruction, et notamment des déclarations du conseil de l'Université de Paris 8, lors de l'audience, qu'aucune décision de la présidente de l'université Paris 8 n'est intervenue. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre cette décision doivent être rejetées comme étant irrecevables.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
En ce qui concerne l'urgence :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision attaquée, le requérant soutient que les délibérations du conseil académique restreint et du conseil d'administration restreint de l'université Paris 8, préjudicient gravement et immédiatement à ses intérêts, dès lors qu'elles le privent d'une nomination qui paraissait acquise au vu de son classement et de l'évolution de carrière à laquelle il pourrait s'attendre. Il fait également valoir qu'aucune de ses candidatures dans d'autres universités n'a été retenue et qu'aucun autre poste de maître de conférences n'est ouvert pour la rentrée prochaine. En outre, il indique, sans être contredit, que l'Université Paris 8 a pris des dispositions pour que les cours soient assurés par le recrutement d'enseignants contractuels et que si la décision de nomination du candidat retenu devient définitive, cela fera définitivement obstacle au réexamen de sa candidature. Enfin, étant inscrit à Pôle emploi depuis le 8 septembre 2023, son allocation chômage prendra fin en janvier 2025. Dans ces conditions, eu égard à l'imminence de l'attribution du poste auquel le requérant a candidaté et eu égard à la précarité de sa situation financière, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme étant remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
6. Aux termes de l'article 9-2 du décret du 6 juin 1984 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut particulier du corps des professeurs des universités et du corps des maîtres de conférences : " Le comité de sélection examine les dossiers des candidats postulant à la nomination dans l'emploi de maître de conférences ou de professeur des universités soit par mutation, soit par détachement. [] L'avis du comité de sélection est transmis au conseil académique ou à l'organe compétent pour exercer les attributions mentionnées au IV de l'article L. 712-6-1 du code de l'éducation. Au vu de l'avis motivé émis par le comité de sélection, le conseil académique ou l'organe compétent pour exercer les attributions mentionnées au IV de l'article L. 712-6-1 du code de l'éducation, siégeant en formation restreinte aux enseignants-chercheurs et personnels assimilés de rang au moins égal à celui postulé, propose le nom du candidat sélectionné ou, le cas échéant, une liste de candidats classés par ordre de préférence. Il ne peut proposer que les candidats retenus par le comité de sélection. En aucun cas, il ne peut modifier l'ordre de la liste de classement. Le conseil d'administration, siégeant en formation restreinte aux enseignants-chercheurs et personnels assimilés de rang au moins égal à celui postulé, prend connaissance du nom du candidat sélectionné ou, le cas échéant, de la liste des candidats proposée par le conseil académique ou l'organe compétent pour exercer les attributions mentionnées au IV de l'article L. 712-6-1 du code de l'éducation. Sauf dans le cas où le conseil d'administration émet un avis défavorable motivé, le président ou directeur de l'établissement communique au ministre chargé de l'enseignement supérieur le nom du candidat sélectionné ou, le cas échéant, une liste de candidats classés par ordre de préférence. En aucun cas, il ne peut modifier l'ordre de la liste de classement. "
7. Il est loisible au conseil académique, s'il relève l'existence d'une irrégularité de nature à entacher la délibération par laquelle le comité de sélection arrête la liste, classée par ordre de préférence, des candidats qu'il retient, le plaçant ainsi dans l'impossibilité de proposer le nom du candidat sélectionné ou, le cas échéant, une liste de candidats classés par ordre de préférence, de décider de ne pas donner suite à une procédure de recrutement d'un enseignant-chercheur.
8. Il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal des délibérations des 30 et 31 mai 2024 du conseil académique restreint et du conseil d'administration restreint de l'université Paris 8, que ceux-ci ont émis un avis défavorable dès lors que le conseil académique restreint, saisi des témoignages de la présidente du comité de sélection et d'un membre externe a émis des doutes sur la régularité de la procédure. Toutefois, d'une part, le procès-verbal du 15 mai 2024 du comité de sélection ne mentionne aucune irrégularité. Celui-ci indique que sur les douze suffrages exprimés, huit sont en faveur du classement proposé, un contre, et trois votes sont blancs ou nuls et fait état d'une abstention ou d'un refus de vote. En outre, l'avis du comité de sélection du 15 mai 2024 soulignait l'intérêt de la candidature, qui " correspond au profil du poste, avec une ouverture sur un champ de recherche et de compétences qui n'est pas présent au sein de l'équipe. "
9. D'autre part, si l'Université Paris 8 oppose l'inopérance des moyens soulevés compte tenu de la compétence liée dans laquelle se trouvaient le conseil académique et le conseil d'administration d'interrompre la procédure de recrutement, compte tenu de son irrégularité, le simple fait qu'il y ait plusieurs tours de vote, et qu'il y ait eu de fortes tensions lors de ceux-ci ne saurait caractérisée une méconnaissance de l'article 9-2 du décret du 6 juin 1984 précité. Il résulte de l'instruction, et notamment des deux témoignages versés au dossier, dont celui de la présidente du comité de sélection, que ce dernier s'était accordé sur un scrutin à deux tours pour classer les personnes. Ainsi, la seule circonstance qu'un autre candidat que le requérant ait été classé premier à la majorité absolue des voix, lors du premier tour de vote ne saurait vicier la procédure. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ou de droit est, propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des délibérations contestées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 subordonne la suspension d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution des délibérations des 30 et 31 mai 2021 par lesquelles le conseil académique et le conseil d'administration de l'université Paris 8, siégeant en formation restreinte, avaient émis un avis défavorable à la liste des candidats sélectionnés par ordre de préférence par le comité de sélection pour le poste de maître de conférence mis au recrutement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'exécution de la présente décision implique, si le recrutement est maintenu, de reprendre la procédure de recrutement sur le poste de professeur des universités " théâtres et pratiques culturelles hybrides ", n°U1800MCF1087, au stade de l'examen, par le conseil académique, de la liste de candidats établie le 15 mai 2024 par le comité de sélection. Il y a lieu d'enjoindre à l'université de Paris 8 de reprendre la procédure à ce stade dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'université Paris 8 la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution des délibérations des 30 et 31 mai 2021 du conseil académique restreint et du conseil d'administration restreint de l'université Paris 8 sont suspendues.
Article 2 : Il est enjoint à l'université Paris 8, si le recrutement est maintenu, de réunir son conseil académique afin qu'il délibère à nouveau sur la liste proposée par le comité de sélection en vue du recrutement sur le poste de professeur des universités, " théâtres et pratiques culturelles hybrides ", n°U1800MCF1087, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'université Paris 8 versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à l'université Paris 8.
Copie en sera adressée à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Fait à Montreuil, le 7 août 2024,
La juge des référés,
Mme Caro
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026