vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2410243 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BERNARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Bernard, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite du Préfet de Seine-Saint-Denis de refus d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui remettre une attestation de demande d'asile, dans un délai de trois jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Bernard, avocate de M. A, en cas d'admission à l'aide juridictionnelle sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, en cas de rejet de cette demande, la somme de 1 500 euros, à lui verser, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-la condition d'urgence est établie, dès lors qu'il se retrouve dépourvu de tout document lui permettant de justifier de sa qualité de demandeur d'asile et se trouve donc susceptible d'être éloigné à destination de son pays d'origine et qu'il ne peut bénéficier des conditions matérielles d'accueil allouées aux demandeurs d'asile, se retrouvant alors dans une situation de précarité extrême.
-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée en raison d'une erreur de droit, dès lors que la préfecture refuse de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, alors que la France est devenue responsable de sa demande d'asile à l'issue de l'expiration du délai d'exécution de transfert vers la Slovénie ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie.
Vu :
- la requête n° 2410246 enregistrée le 17 juillet 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le règlement CE n°1560/2003 modifié par le règlement UE n°118/2014 du 30 janvier 2014 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, Mme Jimenez,
vice-présidente, pour statuer en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue 7 août 2024 à -- :
- le rapport de Mme Jimenez, juge des référés ;
- et les observations de Me Bernard, avocate, représentant M. A, qui maintient ses écritures et souligne que le préfet se borne à invoquer l'absence d'urgence sans contester les moyens invoqués pour critiquer la légalité de la décision en litige.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
L'instruction a été clôturée par la juge des référés à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais né le 10 mai 1986 à Nandanagar (Bangladesh), a présenté une demande d'asile le 11 juillet 2022 et a été placé en procédure " Dublin ". Les autorités slovènes ont donné leur accord à sa reprise en charge le 25 août 2022. Le préfet du Rhône a pris le 16 décembre 2022 un arrêté de transfert vers la Slovénie, qui devait avoir lieu dans les six mois, soit jusqu'au 25 février 2023 et, en cas de fuite, dans un délai de dix-huit mois. M. A a par la suite été déclaré en fuite. À l'issue de l'expiration du délai de dix-huit mois, il a sollicité la préfecture de Seine-Saint-Denis par un courriel du 4 mars 2024 afin d'obtenir l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Il a reçu le même jour une réponse de la préfecture lui indiquant qu'il devait prendre contact avec une plateforme de l'OFII. M. A, qui a contacté un agent de l'OFII, a été informé que sa demande d'asile était déjà enregistrée, et qu'il devait contacter directement la préfecture pour être convoqué. Il a alors, par le biais d'une association, écrit à la préfecture le 4 mars 2024, pour solliciter à nouveau l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. La préfecture a été relancée à quatre reprises mais n'a pas répondu à ses demandes. M. A estime qu'une décision implicite de refus d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale est née le 4 mai 2024. Il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'une part, de suspendre l'exécution de la décision implicite du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et, d'autre part, qu'il soit enjoint à ce dernier de procéder à cet enregistrement et de lui remettre une attestation de demande d'asile.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
5. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. Le demandeur d'asile doit pouvoir disposer d'une voie de recours effective et rapide lui permettant de se prévaloir de l'expiration du délai de six mois prévu à l'article 29 du règlement UE du 26 juin 2013. Le refus illégal d'enregistrer une demande d'asile en procédure normale, qui fait obstacle à l'examen de cette dernière, prive l'étranger du droit d'être autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande ainsi que du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et l'expose également à une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la décision contestée porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de M. A pour que la condition d'urgence soit regardée comme satisfaite.
7. Aux termes de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) susvisé du 26 juin 2013, le transfert du demandeur vers l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile doit s'effectuer " dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de la prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 ". Aux termes du paragraphe 2 du même article : " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ".
8. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que les autorités slovènes ont accepté la prise en charge de M. A le 25 août 2022. Dès lors, ainsi que l'indique par ailleurs l'arrêté du 16 septembre 2022, l'administration devait procéder à son transfert dans un délai de six mois, soit jusqu'au 25 février 2023, ou dans un délai de dix-huit mois si l'intéressé est déclaré en état de fuite, avant que la responsabilité de l'examen de la demande d'asile de M. A ne soit transférée à la France. D'autre part, le préfet indique dans son mémoire en défense que M. A, qui a été déclaré en état de fuite, s'est présenté à la préfecture à la suite de l'expiration du délai de dix-huit mois. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la préfecture refuse d'enregistrer la demande d'asile de M. A, alors que cette responsabilité revient désormais à la France, apparaît de nature à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
9. Il y a lieu, dans ces conditions, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'exécution de la présente ordonnance implique que la préfecture de Seine-Saint-Denis procède au réexamen de la situation du requérant et lui délivre une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
11. M. A ayant été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bernard, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bernard de la somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande d'asile de M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Bernard et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Montreuil, le 9 août 2024.
La juge des référés,
J. Jimenez
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2410243
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026