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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2410256

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2410256

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2410256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 juillet et le 11 septembre 2024, Mme I F, épouse H, représentée par Me Pierre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire

2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à l'administration de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en cas d'admission définitive à cette aide, et à défaut à lui verser, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures :

- l'obligation de quitter le territoire français a été signé par une personne incompétente, est dépourvue de base légale dès lors qu'elle ne relevait pas de l'article L. 542-2 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel s'est fondé à tort le préfet, entachée d'une erreur de droit dans la mesure où elle a le droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification non établie par le préfet de la décision de la Cour nationale du droit d'asile sur sa demande de réexamen, méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans est insuffisamment motivée, méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baffray ;

- et les observations de Me Pierre, avocate de la requérante, indiquant que l'audience pouvait se dérouler sans renvoyer l'affaire malgré l'absence de l'interprète demandé par cette dernière et reprenant les moyens soutenus dans son mémoire complémentaire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, à 10h30.

Un mémoire présenté par le préfet de la Seine-Saint-Denis et devant être regardé comme une note en délibéré, a été enregistré le 12 septembre 2024 à 16h03.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante sri-lankaise née le 6 février 1965, déclare être entrée irrégulièrement en France le 3 juillet 2018. Elle a présenté plusieurs demandes d'asile qui ont été rejetées, à l'occasion de la présentation de la " cinquième " demande de réexamen de sa demande d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, par un arrêté du 12 juillet 2024, prononcé son obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Mme F demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, en application du premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 et eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme F, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, par un arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024, régulièrement publié, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme G E, directrice des étrangers et des naturalisations, ainsi qu'à Mme B D, cheffe du bureau de l'éloignement, et, en cas d'absence ou d'empêchement à M. C A, attaché stagiaire d'administration d'Etat, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement. Dès lors, le moyen tiré d l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français manque en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne de manière suffisamment précise les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale de la requérante, que la mesure d'interdiction de retour et sa durée a été effectué au regard de la situation d'ensemble de l'intéressée et rappelle la circonstance qu'elle s'est déjà soustraite à une précédente mesure d'éloignement prise par le préfet de police le 26 janvier 2022. Le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans serait insuffisamment motivée manque aussi en fait.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces jointes à la requête, notamment de l'arrêté contesté et de la notice de placement de sa demande d'asile du 12 juillet 2024 en procédure accélérée, que Mme F a présenté une première demande d'asile en 2019, rejetée par une décision du 2 juillet 2020 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), une première demande de réexamen en 2021, rejetée en dernier lieu par une décision du 13 septembre 2021 de la CNDA, une autre demande de réexamen le 4 décembre 2023, rejetée le 27 décembre suivant par l'Office de protection des réfugiés et apatrides et par une décision du 15 mars 2024 de la CNDA, enfin une nouvelle demande de réexamen le 12 juillet 2024, la cinquième selon l'arrêté attaqué. Dès lors, Mme F ne peut sérieusement soutenir qu'il n'est pas prouvé qu'elle aurait eu notification de la décision de la CNDA ayant rejeté sa première demande de réexamen et qu'elle ne rentrait pas dans le cas des demandeurs d'asile n'ayant plus le droit de se maintenir sur le territoire lorsqu'ils présentent une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen visé au c) du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, en admettant que Mme F réside habituellement en France depuis son entrée irrégulière le 3 juillet 2018 comme elle l'allègue, elle ne fournit aucun élément précis et tangible permettant d'apprécier les conditions de ce séjour et l'importance de ses attaches personnelles ou familiales en France tandis qu'elle ne démontre pas en être dépourvue dans son pays d'origine, où elle a vécu jusque l'âge de cinquante-trois ans. Enfin, si elle se prévaut de son état de santé, elle ne produit que deux certificats médicaux prescrivant un médicament et certifiant sans autre précision que son " état de santé justifie des examens complémentaires ". Dès lors, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée au droit de Mme F au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou qu'elle résulterait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encouru par Mme F en cas de retour au Sri Lanka n'est pas opérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et n'est au demeurant pas assorti d'élément permettant d'en apprécier le bien-fondé, alors que ses multiples demandes d'asile examinées par l'OFPRA et la CNDA ont été invariablement rejetées.

8. En dernier lieu, Mme F est en revanche fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français tout en lui accordant un délai de départ volontaire.

9. Par suite, Mme F est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il lui interdit de retourner sur le territoire français.

10. Cette annulation implique uniquement qu'il soit ordonné au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet compétent de mettre immédiatement fin au signalement de non admission de Mme F dans le système d'information Schengen.

11. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requête présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme F est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 12 juillet 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé en tant seulement qu'il fait interdiction à Mme F de retourner sur le territoire français.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis et à tout autre préfet compétent de mettre immédiatement fin au signalement de non-admission de Mme F dans le système d'information Schengen.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme F est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme I F, épouse H, à Me Pierre et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

J.-F. BaffrayD. Coulibaly

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet compétent en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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