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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2410279

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2410279

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2410279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et mémoire enregistrés les 17 juillet et 12 septembre (9h27) 2024, M. B A, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la communication de son entier dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français ;

4°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de réexaminer sa situation personnelle, sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, sour astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au même préfet de mettre en œuvre la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit d'être entendu a été méconnu ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant fixation du pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure résultant de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 511-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baffray,

- et les observations de Me Namigohar, avocat de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les surplus des conclusions de la requête :

3. Le préfet du Pas-de-Calais n'ayant pas produit l'arrêté attaqué du 13 mars 2024, bien qu'il lui appartenait de le faire en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne met pas le tribunal en mesure de vérifier que cet arrêté a été signé par un agent ayant compétence pour cela et qu'il est suffisamment motivée en fait et en droit, bien que cela soit contesté par le requérant. Dans ces circonstances, M. A est fondé à en demander l'annulation pour ces motifs d'incompétence et de défaut de motivation.

4. Une telle annulation implique que le préfet territorialement compétent, d'une part, réexamine la situation de M. A dans un délai de quatre mois suivant la notification du présent jugement, d'autre part, le munisse dans un délai de quinze jours d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen, enfin, mette fin au signalement de non-admission de l'intéressé dans le système d'information Schengen. Il n'apparaît pas nécessaire, en l'espèce, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

5. Il n'y a pas lieu, dans la mesure où M. A n'établit que l'administration ait pris et conservé son passeport, qu'il soit enjoint à celle-ci de le lui restituer.

6. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à Me Namigohar au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 13 mars 2024 du préfet du Pas-de-Calais Calais obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de son renvoi d'office et lui interdisant de retourner sur le territoire français est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais ou à tout autre préfet compétent de réexaminer la situation de M. A dans un délai de quatre mois et, dans l'attente de ce réexamen, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours.

Article 4 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais ou à tout autre préfet compétent de mettre fin au signalement de non-admission de M. A dans le système d'information Schengen.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Namigohar et au préfet du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

J.-F. BaffrayD. Coulibaly

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais ou à tout autre préfet compétent, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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