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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2410318

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2410318

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2410318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, Mme D B, représentée par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, fixe le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de sa situation personnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à l'égard de ces stipulations ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant fixation du pays de destination a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baffray a été lu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Un mémoire, présenté par le préfet de la Seine-Saint-Denis et devant être regardé comme une note en délibéré, a été enregistré le 12 septembre 2024 à 16h03.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante mauritanienne née le 1er décembre 1967, demande l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, fixe le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le moyen commun soulevé à l'encontre des décisions contestées :

4. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Les décisions contestées ont été signées par Mme C A, cheffe du bureau de l'asile au sein de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, bénéficiant d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Saint-Denis en vertu d'un arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

Sur les moyens d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont il est fait application, notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier celles visées aux termes du 4° de l'article L. 611-1 du même code. Elle mentionne également de manière suffisamment précise les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale de la requérante, en rappelant notamment les éléments circonstanciés relatifs au rejet de sa demande d'asile, l'absence d'atteinte disproportionnée que la mesure d'éloignement en litige fait peser à sa vie privée et familiale et qu'elle n'établit pas qu'elle risquerait d'être soumise à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. La décision en litige, qui mentionne donc les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est, dès lors, suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni de tout autre élément versé au dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, un tel moyen ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, () et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". L'article L. 542-1 du même code dispose que : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".

8. Pour contester la légalité de la décision en litige au regard des dispositions précitées et au motif qu'elle aurait encore droit au maintien sur le territoire français, Mme B se borne à soutenir qu'elle a introduit une demande de réexamen de sa demande d'asile après son rejet par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 10 novembre 2023 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 15 mai 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'attestation de demande d'asile en procédure accélérée émise par la préfecture de la Seine-Saint-Denis, que la requérante a enregistré une telle demande le 10 juillet 2024, soit postérieurement à l'édiction de la décision litigieuse. Dès lors, Mme B ne disposait plus du droit au maintien sur le territoire à la date de la décision attaquée et pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle risquerait d'être soumise à de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine, un tel moyen est toutefois inopérant à l'égard de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, la requérante n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité des risques qu'elle allègue. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet à l'égard de ces stipulations.

10. En cinquième lieu, les éléments produits par la requérante à l'instance établissent que la requérante vit avec son petit-fils âgé de sept ans sur le territoire français et que celui-ci entend déposer une demande d'asile pour laquelle il a été convoqué à se présenter au guichet unique des demandeurs d'asile le 22 juillet 2024. Toutefois, il est constant que leur entrée sur le territoire français est récente et que son fils dispose également de la nationalité mauritanienne. Par suite, et alors que la requérante ne démontre en outre pas être dépourvue d'attache dans son pays d'origine où elle a majoritairement vécu, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect à la vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, et puisque le fils de Mme B n'avait pas déposé de demande d'asile à la date de l'arrêté en cause, l'obligation de quitter le territoire français pris à l'encontre de celle-ci ne méconnait pas l'intérêt supérieur de l'enfant tel que garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur le moyen d'illégalité de la décision fixant le pays de destination :

11. Même en regardant le moyen de Mme B tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au motif qu'elle risquerait d'être soumise à de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine, comme dirigé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, elle n'apporte, ainsi qu'il l'a été dit précédemment, aucun élément permettant d'établir la réalité des risques allégués. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet à l'égard de ces stipulations.

Sur les moyens propres à la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français.

13. En second lieu, il ressort des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, cette autorité ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

14. Il ressort des pièces du dossier que la requérante n'établit pas être entrée régulièrement sur le territoire français et qu'elle ne justifie pas, ainsi qu'il l'a été dit ci-dessus, de liens personnels et familiaux intenses et anciens en France. Dans ces conditions, eu égard aux conditions du séjour de la requérante en France, et en l'absence de circonstances humanitaires y faisant obstacle, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation, tant sur le principe que sur la durée de l'interdiction, que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'avait pas à se prononcer sur l'ensemble des critères exposés au terme de ces mêmes dispositions et notamment sur la circonstance qu'elle se soit ou non soustraite à une précédente mesure d'éloignement ou qu'elle constitue une menace à l'ordre public, a interdit à Mme B de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que de celles de son conseil tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Pafundi et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

J.-F. BaffrayD. Coulibaly

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet compétent en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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