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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2410863

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2410863

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2410863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantLEBOUL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, demandant l’annulation de l’arrêté préfectoral du 23 juillet 2024 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant la décision suffisamment motivée, prise par une autorité compétente, et sans méconnaissance du droit d’être entendu garanti par l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. La solution retenue s’appuie notamment sur les articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-3 et L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2024, M. A B, retenu au centre de rétention n°3 de Mesnil-Amelot et représenté par Me Leboul demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé sans délai à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- il n'est pas suffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- il a été prise en méconnaissance de l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entachée d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfète du Val-de-Marne a produit des pièces les 31 juillet et 7 août 2024 qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Therby-Vale, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique :

- le rapport de Mme Therby-Vale, magistrate désignée ;

- les observations de Me Leboul, représentant M. B et de ce dernier, qui concluent aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens

- et les observations de Me Barayoko, représentant la préfète du Val-de-Marne qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h39.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 juillet 2024 la préfète du Val-de-Marne a obligé M. B, ressortissant marocain né le 22 octobre 1999 à Hay El Mohammadi, à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. C, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement à de la préfecture du Val-de-Marne lequel avait reçu du préfet de ce département délégation à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français par arrêté n°2024-02023 du 27 juin 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application, notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article L. 612-2, -3 et -6 du même code et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, notamment que l'intéressé, de nationalité marocaine, ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire, n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour et a été interpellé puis placé en garde à vue le 22 juillet 2024 pour des faits d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique. Dès lors, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement et est ainsi suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B, de sorte que ce moyen sera également écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de même valeur juridique que le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et le Traité sur l'Union européenne, en vertu de l'article 6 de ce dernier : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Il ressort des pièces que M. B a été entendu suite à son interpellation le 22 juillet 2024 au cours duquel il a déclaré être entré sur le territoire français en 2004 accompagné de son père et avoir résidé depuis lors sur le territoire, sans titre de séjour. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant bénéficié du droit d'être entendu.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, dépourvu de précisions, ne peut être que rejeté.

7. En cinquième lieu, M. B fait valoir être entré sur le territoire français avec son père en 2004, suite au divorce de ses parents, et désormais accompagner sa grand-mère, dépendante, dans ses démarches et soins quotidiens. Néanmoins, d'une part, aucune de ces allégations n'est étayée de pièces et d'autre part, à supposer même que l'ancienneté du séjour de l'intéressé soit établie, il ressort des pièces que M. B, célibataire et sans charge de famille, n'est pas intégré professionnellement, n'a jamais entrepris d'études ou de formations, et est défavorablement connu des services de police pour des faits répétés de vol et transport non autorisé de stupéfiants, dont il ne conteste pas la matérialité, et les a même, et au demeurant, confirmé au cours de l'audience. Il ressort également des pièces qu'en dernier lieu M. B a été poursuivi pour des faits d'outrages à une personne dépositaire de l'autorité publique. A cet effet, il ressort du procès-verbal d'audition de l'intéressé effectué au cours de sa garde à vue, que M. B a tenu des propos dégradants à caractères sexistes et sexuels à l'égard de policières ainsi que des propos violents. Ces éléments ne sauraient caractériser une intégration de l'intéressé dans la société française. Dans ces conditions, et eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé, la préfète du Val-de-Marne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne en obligeant le requérant à quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Le moyen relatif à la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dépourvu de précisions, ne peut être que rejeté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Jugement rendu en audience publique le 7 août 2024.

La magistrate désignée,

Elisabeth THERBY-VALE

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.'

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