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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2410998

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2410998

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2410998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantHASSAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 juillet 2024 et 9 septembre 2024 , Mme A B, représentée par Me Hassaïne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2024, par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) de rétablir rétroactivement dans leur droit sa famille concernant les conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à titre principal, à l'OFII de lui attribuer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir et de leur verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile non versées en raison de l'exécution de la décision attaquée ; à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la situation de la famille.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît des articles L. 744-6 et L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Israël, vice-président, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Israël ;

- les observations de Me Hassaïne, représentant Mme B, présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

L'OFII n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne, née le 30 juillet 1994, a déposé une demande d'asile en France le 22 juillet 2024. Par décision du 22 juillet 2024, remise en main propre le même jour, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Bobigny lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai [de quatre-vingt-dix jours] prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article () prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique de la personne vulnérable. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L.522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladie graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la famille de Mme B, en tenant compte, notamment, des informations dont il disposait issues de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité établie le 22 juillet 2024, d'où il ne ressort aucune vulnérabilité particulière. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient la requérante, l'OFII a évalué sa vulnérabilité lors d'un entretien intervenu le même jour que la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été prise en méconnaissance des dispositions précitées et des articles L. 522-1, L. 522-3 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par Mme B a été enregistrée le 22 juillet 2024, soit plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français, le 27 juin 2023. Lors de l'entretien de vulnérabilité intervenu le jour même, Mme B s'est bornée à indiquer qu'elle était logée chez son concubin de manière stable. Elle n'a fait état d'aucune difficultés particulières, qui l'aurait empêchée de déposer sa demande d'asile dans les délais. Par conséquent, en l'absence de motif légitime, Mme B se trouvait dans un des cas où, en application des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. Israël

La greffière,

Mme C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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