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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2411314

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2411314

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2411314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2415050 du 30 juillet 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête, enregistrée le 7 juin 2024, présentée par M. A E.

Par cette requête et un mémoire enregistré le 20 septembre 2024, M. E, représenté par Me Lumbroso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle ne désigne pas le pays de retour ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 août 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête présentée par M. E.

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024 à 14h30 :

- le rapport de M. Robbe, magistrat-désigné ;

- les observations de Me Molina se substituant à Me Lumbroso, représentant M. E.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant tunisien né le 6 mai 1999 à Mounsa (Tunisie), n'a pas été en mesure, lors de son interpellation le 6 juin 2024, de présenter des documents justifiant de son entrée régulière sur le territoire français ou l'autorisant à y résider. Ainsi, par un arrêté du 7 juin suivant, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme F B, attachée d'administration de l'Etat. Par un arrêté n° 2004-00349 du 18 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police de Paris, le préfet de police de Paris a donné délégation à Mme B, placée sous l'autorité de Mme C D, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence et d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. En outre, eu égard au caractère réglementaire de cet acte, régulièrement publié et librement accessible au juge comme aux parties, le préfet n'étant pas tenu de produire la décision de délégation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision d'éloignement litigieuse vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation de M. E. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent au requérant d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, il ressort de pièces du dossier, et contrairement à ce qu'indique les mentions de l'arrêté attaqué et les écritures du préfet en défense, que M. E est marié avec une ressortissante française depuis le 17 mai 2024. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a exercé des missions d'intérim entre les mois de décembre 2022 et février 2023. Toutefois, eu égard à la brièveté de son séjour sur le territoire français, à la relative fragilité de son insertion professionnelle, au caractère récent de son mariage et à l'absence d'éléments établissant l'ancienneté de la communauté de vie, le préfet de police de Paris ne peut être regardé, en édictant à l'encontre de l'intéressé une mesure d'éloignement, comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger ayant des liens personnels et familiaux en France, est inopérant à l'encontre de la décision en litige, qui fixe le pays à destination duquel l'intéressé pourra être éloigné.

8. En second lieu, la décision par laquelle le préfet fixe le pays à destination duquel sera éloigné l'étranger s'il ne satisfait pas à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français constitue une mesure de police qui doit, en principe, être motivée en fait comme en droit en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, si la motivation de fait de la décision fixant le pays de destination ne se confond pas nécessairement avec celle de la décision obligeant l'étranger à quitter le territoire français, la motivation en droit de ces deux décisions est identique et résulte des termes mêmes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, le préfet a suffisamment motivé en fait sa décision en mentionnant la nationalité de l'intéressé et en précisant que la décision ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, la décision fixant le pays de destination, qui désigne ce pays contrairement à ce que soutient le requérant, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

J. Robbe Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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