jeudi 29 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2411333 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | Samy DJEMAOUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, M. A B, représenté par Me Djemaoun, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 juillet 2024, révélé par la lettre reçue le 15 juillet 2024 de son employeur, par lequel le préfet de police a suspendu, pour une durée de deux mois à compter du 11 juillet 2024, son habilitation à accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des plateformes aéroportuaires ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui restituer le titre de circulation matérialisant cette habilitation, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est constituée dès lors que l'arrêté contesté, qui a entraîné la suspension immédiate de son contrat de travail pour une durée de deux mois, l'empêche d'exercer son emploi et le prive de sa rémunération, qui constitue sa seule source de revenus ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté dès lors qu'il n'est pas établi que cet acte, dont le signataire ne peut être identifié, aurait été signé par une autorité compétente, qu'il méconnaît l'article R. 213-3-1 du code de l'aviation civile, qui fixe la durée maximale de suspension de l'habilitation à un mois, qu'il est entaché d'un défaut de motivation et d'erreurs de fait et d'appréciation, au regard des conditions auxquelles est subordonnée la suspension de l'habilitation prévue l'article R. 6342-20 du code des transports, qu'il est disproportionné par rapport à l'objectif poursuivi et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024 à 12h48, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors, d'une part, que le requérant n'établit pas le préjudice financier allégué, dans la mesure où la décision de suspension d'habilitation contestée ne peut justifier, selon son contrat de travail, ni la résiliation anticipée de celui-ci ni une suspension de sa rémunération, et où la gravité de ce préjudice n'est, en tout état de cause, pas démontrée, eu égard à la durée de suspension, de deux mois seulement, et à l'absence de preuve d'autres sources de revenus et des charges auxquelles il devrait faire face, et, d'autre part, qu'il y urgence à ne pas suspendre l'exécution de la décision de suspension d'habilitation contestée, compte tenu de l'impératif de sécurité publique ayant présidé à son édiction, dans un contexte de risque terroriste accru lieu au déroulement des jeux olympiques ;
- à titre subsidiaire, il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision contestée dès lors que le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque en fait, que le moyen tiré de la méconnaissance des anciennes dispositions de l'article R. 213-3-1 du code de l'aviation civile, abrogées depuis le 1er novembre 2023, est inopérant, étant précisé que celles de l'article R. 6342-20 du code des transports, désormais applicables, ne limitent plus à un mois la durée de la suspension, que le moyen tiré d'une insuffisance de motivation est irrecevable et, en tout état de cause, infondé, que la décision contestée, eu égard aux éléments exposés dans la note blanche des services de renseignement, qui est suffisamment précise, circonstanciée et à laquelle le requérant n'oppose aucune contestation sérieuse, n'est entachée d'aucune erreur de fait, ni d'aucune erreur d'appréciation, au regard des dispositions de l'article R. 6342-20 du code des transports régissant le retrait et la suspension de l'habilitation, et que cette décision n'est, enfin, pas disproportionnée par rapport à l'objectif poursuivi, ni davantage au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- la requête, enregistrée le 6 août 2024 sous le n° 2411322, par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté contesté ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'aviation civile ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Toutain, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 20 août 2024 à 14h30, en présence de Mme Le Ber, greffière :
- le rapport de M. Toutain,
- les observations de Me Djemaoun, pour M. B, qui persiste dans les conclusions de sa requête, par les mêmes moyens, et soutient, en outre, que, compte tenu de la production très tardive du mémoire en défense, il demande que la clôture soit différée afin qu'il puisse produire un mémoire en réplique ; que la note blanche produite en défense, qui ne comporte ni photographie ni aucune information nominative, est insuffisamment précise et circonstanciée et se trouve, par suite, dépourvue de valeur probante ; qu'exerçant son emploi depuis 2015 et disposant de l'habilitation requise pour ce faire, laquelle a été régulièrement renouvelée depuis lors et, en dernier lieu, en 2021, il ne lui a, d'ailleurs, jamais été opposé qu'il représenterait une menace pour l'ordre public ; que tous les éléments énumérés dans cette note blanche sont, en outre, fermement contestés ; qu'à ce titre, le signalement dont il avait fait l'objet, en octobre 2018, procédait d'une dénonciation calomnieuse, ce qu'a permis de révéler l'enquête interne alors diligentée ; que les griefs relatifs à ses attributs physiques et vestimentaires sont dépourvus de toute matérialité et procèdent, en outre, d'un " délit de faciès " ; que s'il fréquente une mosquée à Sarcelles, celle-ci n'est pas celle de " La Muette ", pourtant mentionnée dans la note, et n'a fait l'objet d'aucune fermeture administrative, ses dirigeants et imam, qui ne diffusent aucun élément relatif à l'islam rigoriste, étant également en liaison régulière avec le préfet ; qu'il n'est, par ailleurs, nullement en " contact régulier avec les individus rigoristes " comme l'indique cette même note, laquelle ne lui permet pas d'identifier les individus concernés, à défaut de les nommer, et est ainsi dépourvue de toute valeur probante ; que s'il lui est également reproché de se rendre régulièrement dans des commerces communautaires à Fontenay-sous-Bois, il s'agit tout simplement de la boucherie hallal voisine du domicile de ses parents, chez lesquels il se rend régulièrement, et sans qu'il ne fréquente aucunement l'association prétendument voisine de ce commerce, dont la note indique qu'elle serait proche des frères musulmans, ce dont il ignore tout ; que le grief concernant ses liens, sur le réseau social X/twitter, avec des individus problématiques sont faux, étant précisé que ses liens peuvent être vérifiés dès lors que son compte est public et qu'il ne connaît pas les deux personnes nommées dans cette note blanche ; qu'enfin, les développements de cette note sur " son profil à la lumière du contexte national et international ", simple copier-coller de circonstances générales sans aucun rapport avec sa propre situation, sont dépourvus de toute pertinence et révèlent le manque de sérieux de la décision contestée, alors surtout que son habilitation a toujours été renouvelée depuis 2015, qu'il n'a jamais eu aucun problème avec son employeur, la police et la justice et n'a jamais, non plus, été visé par une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (MICAS) ; qu'en conclusion sur ce point, les faits qui lui sont reprochés sont dépourvus de toute matérialité, de sorte de la suspension d'habilitation dont il a fait l'objet, sur leur fondement, est manifestement infondée ; qu'enfin, l'urgence, contrairement à ce que soutient l'administration en défense, doit être présumée et est, en tout état de cause, clairement démontrée en l'espèce dès lors que la décision contestée a pour effet de le priver de toute rémunération, qu'il ne dispose d'aucune autre ressource et doit pourtant se charger de sa famille ;
- les observations de M. B, qui précise que l'incident sur son lieu de travail qu'on lui reproche d'avoir commis, en octobre 2018, procédait en réalité d'une dénonciation calomnieuse à la suite d'un malentendu, qu'il avait alors porté plainte et que son accusateur, à la suite d'une enquête, s'en est excusé ; qu'il ne comprend pas et ne souscrit en rien aux faits qui lui sont reprochés, qui sont infondés, d'autant qu'il serait le premier, vu l'emploi qu'il exerce, à dénoncer toute menace terroriste ; que la direction de sa société a également fourni une attestation à son soutien, qu'il produit à l'instance ;
- les observations du représentant du préfet de police, qui persiste dans ses précédentes conclusions, par les mêmes moyens, et soutient, en outre, qu'il s'en rapporte, pour l'essentiel, à ses écritures mais répondra aux observations orales présentées pour le requérant ; qu'à cet égard, il n'y a d'enquête préalable aux habilitations que tous les trois ans, seule la plus récente, plus étoffée que les précédentes à l'approche des Jeux olympiques, ayant fait apparaître le requérant sous un nouveau jour ; que n'est pas ici en cause une MICAS édictée par le ministre de l'intérieur mais une suspension d'habilitation aéroportuaire, prise par le préfet de police et pour deux mois seulement ; que, dans ce contexte, l'existence d'une urgence est contestée, en l'absence de preuve de la suspension de la rémunération du requérant par son employeur, suspension qui serait d'ailleurs contraire aux stipulations de son contrat de travail, et de toute pièce justificative concernant, d'un côté, les autres revenus pouvant être perçus par l'intéressé et, de l'autre, les charges qu'il prétend supporter, étant relevé, au surplus, que la suspension contestée prendra fin le 11 septembre prochain, ce qui lui permettra donc de reprendre bientôt son activité professionnelle ; que, sur l'existence d'un doute sérieux, la jurisprudence a admis la valeur probante des notes blanches, dès lors qu'elles sont précises et circonstanciées, qu'elles sont versées au débat contradictoire et que les éléments y étant mentionnés ne sont pas sérieusement contestés ; qu'en l'occurrence, la note blanche en cause mentionne, non pas un incident isolé en octobre 2018, mais des incidents multiples ; que, par ailleurs, la tenue et la barbe du requérant s'ajoutent à un faisceau d'indices ; que l'intéressé ne conteste pas fréquenter une mosquée à Sarcelles, mais seulement le radicalisme des prêches ; que si, par ailleurs, l'indication de contacts réguliers avec des individus prosélytes n'est certes pas assez précise, il reste toutefois les autres éléments rapportés par cette note blanche ; que, s'agissant de la fréquentation de commerces communautaires, qui n'est pas contestée en tant que telle, la position du requérant est compréhensible mais tout autant que les doutes émis par les services de renseignement ; enfin, concernant les liens relevés sur son compte Twitter/X, ils ne font certes pas du requérant un terroriste, auquel cas une procédure pénale serait diligentée, mais suffisent à susciter un doute sérieux au regard de l'ordre public à l'approche des Jeux olympiques ;
- la parole ayant, de nouveau, été donnée à Me Djemaoun, qui ajoute que la suspension de la rémunération du requérant étant démontrée par la lettre que lui a adressée son employeur en ce sens, l'urgence est avérée ; que, sur les griefs lui étant reprochés, il n'a jamais reconnu plusieurs incidents avec des femmes sur son lieu de travail, en octobre 2018, mais un seul qui lui a été imputé à tort et sur lequel il s'est déjà expliqué ; que le port de la barbe, d'ailleurs usuel y compris dans les juridictions, n'apporte aucun indice en matière d'ordre public ; que la mosquée visée dans la note n'a fait l'objet d'aucune fermeture administrative, tandis que cette note ne dit rien de précis sur les prêches en cause ; que l'imprécision de la note blanche sur les liens prétendument entretenus par le requérant sur les réseaux sociaux vient ainsi d'être explicitement reconnue en défense ; que, sur l'association voisine de la boucherie, seule cette dernière étant fréquentée par le requérant, l'administration se borne à suggérer un doute, pourtant injustifié ; qu'en somme, le préfet de police doit être regardé comme reconnaissant avoir, par un arrêté farfelu édicté dans la seule perspective des Jeux Olympiques, suspendu à tort l'habilitation d'une personne qui pourra bientôt reprendre son travail en septembre, puisque les motifs lui étant ici reprochés, s'ils avaient été fondés, auraient dû justifier le retrait définitif de son habilitation ;
- la parole ayant, de nouveau, été donnée au représentant du préfet de police, qui ajoute que l'avocat du requérant déforme ses propos, notamment sur le contenu de la note blanche, dont certaines au moins des mentions demeurent non sérieusement contestées et permettent de constituer un faisceau d'indices suffisant pour justifier la mesure contestée au regard de la nécessité de protection de l'ordre public.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été différée au jeudi 22 août 2024 à 13h00.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 21 août 2024 à 12h35, M. B persiste dans les conclusions de sa requête, par les mêmes moyens, et précise les arguments développés oralement lors de l'audience.
Par un nouveau mémoire, enregistré le 22 août 2024 à 12h46, le préfet de police persiste dans ses précédentes conclusions, par les mêmes moyens, et précise les arguments développés oralement lors de l'audience.
Par ordonnance du 22 août 2024, la clôture de l'instruction a été, de nouveau, différée jusqu'au vendredi 23 août 2024 à 16h00.
Par un nouveau mémoire, enregistré le 22 août 2024 à 23h23, M. B persiste dans les conclusions de sa requête, par les mêmes moyens, et précise les arguments développés oralement lors de l'audience.
Considérant ce qui suit :
M. A B, ressortissant français né le 18 juin 1989, est employé, depuis 2015, par la société Airlines Ground Services, en qualité d'agent de chargement à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, emploi pour l'exercice duquel il a, en dernier lieu par décision du 26 novembre 2021, été habilité pour une durée de trois ans à accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires. Par un arrêté du 11 juillet 2024, l'habilitation de M. B a été suspendue, à compter du même jour, pour une durée de deux mois, en application de l'article R. 6342-20 du code des transports. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de ce dernier arrêté et, en conséquence, d'enjoindre au préfet de police de lui restituer le titre de circulation matérialisant cette habilitation.
Sur les conclusions à fin de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
3. D'une part, M. B établit, par les pièces versées aux débats, que la suspension de son habilitation, par l'arrêté contesté du 11 juillet 2024, a emporté la suspension immédiate de son contrat de travail et de sa rémunération, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé disposerait d'autres sources de revenus que ceux tirés de son emploi d'agent de chargement aéroportuaire, qu'il exerce depuis huit ans. Dans ces conditions, le requérant justifie que l'exécution de l'arrêté contesté porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation. D'autre part, eu égard aux motifs exposés aux points 4 et 5 de la présente ordonnance, le préfet de police n'est, en l'espèce, pas fondé à soutenir qu'eu égard aux exigences de la sécurité aéroportuaire, la condition d'urgence ne pourrait être regardée comme remplie. Par conséquent, M. B justifie remplir la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté :
4. Aux termes de l'article L. 6342-3 du code des transports : " Doivent être habilités par l'autorité administrative compétente : / 1° Les personnes ayant accès aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes (). / La délivrance de cette habilitation est précédée d'une enquête administrative donnant lieu, le cas échéant, à consultation du bulletin n° 2 du casier judiciaire et des traitements automatisés de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales () ". Aux termes de l'article R. 6342-19 du même code : " L'habilitation est délivrée ou refusée par le préfet exerçant les pouvoirs de police sur l'aérodrome lorsque l'entreprise ou l'organisme concerné est situé sur l'emprise de celui-ci, ou par le préfet territorialement compétent dans les autres cas. A Paris, la compétence appartient au préfet de police. / L'habilitation est valable sur l'ensemble du territoire national pour une durée maximale de cinq ans ". Et aux termes de l'article R. 6342-20 du même code : " L'habilitation peut être retirée ou suspendue par le préfet territorialement compétent lorsque la moralité ou le comportement de la personne titulaire de cette habilitation ne présente pas les garanties requises au regard de la sûreté de l'Etat, de la sécurité publique, de la sécurité des personnes, de l'ordre public ou sont incompatibles avec l'exercice de son activité ".
5. Il résulte de l'instruction que, pour prononcer, par l'arrêté contesté du 11 juillet 2024, la suspension pour une durée de deux mois, en application des dispositions précitées de l'article R. 6342-20 du code des transports, de l'habilitation préalablement délivrée à M. B dans les conditions rappelées au point 1, le préfet de police s'est fondé sur plusieurs griefs relevés, quant au comportement de l'intéressé, dans une note des services de renseignement, laquelle a été versée au contradictoire. En l'occurrence, cette note indique, tout d'abord, que M. B aurait fait l'objet, en octobre 2018, d'un signalement pour radicalisation après avoir refusé de saluer et de s'adresser aux personnels féminins sur son lieu de travail. Toutefois, il résulte de l'instruction et, en particulier, de l'attestation circonstanciée établie le 21 août 2024 par le directeur la société Airlines Ground Services, reproduite dans le mémoire en réplique, ainsi que des explications précises et concordantes fournies lors de l'audience, que ce signalement procédait, en réalité, d'un fait unique, M. B n'ayant pas entendu une collègue le saluer alors qu'il travaillait, muni d'un casque anti-bruit, aux abords d'un avion dont les réacteurs étaient en marche, que ce malentendu a été rapidement dissipé après enquête de l'employeur auprès des compagnies aériennes concernées, lesquelles se sont excusées pour ce signalement erroné, qui n'a d'ailleurs donné lieu à aucune suite en défaveur du requérant, ce dernier ayant toujours donné pleine satisfaction à son employeur et ayant reçu habilitation du préfet, en dernier lieu, par la décision 26 novembre 2021 mentionnée au point 1. Par ailleurs, si la note des services de renseignement mentionne également, d'une part, que M. B serait " en contact régulier avec des individus prosélytes pratiquant un islam rigoriste " et, d'autre part, que " les dirigeants et l'imam " de la mosquée que fréquente l'intéressé à Sarcelles diffuseraient " un discours favorable à la pratique d'un islam rigoriste et sont en lien avec la mouvance radicale ", cette note n'apporte cependant aucune indication complémentaire, notamment quant à l'identification des personnes concernées, à leur comportement ou propos et aux relations qu'elles entretiendraient prétendument avec le requérant, qui conteste expressément les griefs lui étant ainsi adressés. A défaut d'être suffisamment précise et circonstanciée, et en l'absence d'éléments complémentaires apportés à ce titre par l'administration, ladite note ne peut donc être regardée comme probante. La même note relève, en outre, que M. B serait abonné, sur le réseau social Twitter/X, au compte d'un prêcheur salafiste basé à Montréal, ici nommément désigné et interdit de séjour en France depuis 2013. Néanmoins, alors que le requérant conteste expressément être abonné à un tel compte, indique ne pas connaître cet individu et précise que son propre compte Twitter/X étant ouvert au public, l'administration peut aisément vérifier ses abonnements, cette dernière ne produit, à l'occasion de la présente instance, aucune pièce justificative, telle qu'une capture d'écran, permettant de corroborer les faits ainsi reprochés au requérant, lesquels ne peuvent donc être tenus pour établis. En outre, la note susmentionnée indique que M. B fréquente régulièrement un " commerce communautaire " à Fontenay-sous-Bois, situé " à la même adresse que l'antenne locale de la confédération islamique Millî Görüs, proche des Frères Musulmans turcs () qui promeut un islam anti-occidental " et que l'intéressé " a d'ailleurs récemment voyagé en Turquie entre mars et avril 2024 ". Toutefois, le requérant justifie par l'ensemble des pièces et explications fournies, d'une part, que le commerce concerné est, en fait, une boucherie hallal proche du domicile de ses parents et dont il reconnaît être régulièrement client lorsqu'il leur rend visite, alors que l'administration n'apporte, de son côté, aucun élément sur l'existence supposée de liens entre ce commerce et l'association ainsi visée qui occupe des locaux mitoyens, d'autre part, qu'il a uniquement fait escale, durant quelques heures, à l'aéroport d'Istamboul, en Turquie, lors de voyages effectués durant la période considérée. Enfin, si la note des services de renseignement ajoute que M. B " présente les attributs physiques et vestimentaires d'une pratique religieuse salafiste ", étant " porteur d'une barbe fournie non entretenue " et d'une tenue traditionnelle religieuse dans la vie quotidienne pour se rendre à la mosquée, de tels attributs ne sauraient, en l'absence de force probante suffisante des autres éléments avancés par l'administration et précédemment exposés, caractériser à eux seuls l'existence d'une menace pour la sécurité et l'ordre publics. Dans ces conditions, et eu égard à l'ensemble des explications et pièces fournies par les parties à l'occasion de la présente instance, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté du 11 juillet 2024 est entaché d'une erreur d'appréciation, au regard des conditions auxquelles les dispositions précitées de l'article R. 6342-20 du code des transports subordonnent une suspension d'habilitation, est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté du 11 juillet 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que M. B se voit restituer le titre de circulation matérialisant l'habilitation qui lui avait été délivrée pour une durée de trois ans par la décision du 26 novembre 2021 mentionnée au point 1. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de faire procéder à la restitution au requérant de ce titre de circulation, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté contesté du 11 juillet 2024, par lequel a été suspendue pour une durée de deux mois la décision du 26 novembre 2021 ayant habilité M. B à accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de faire procéder à la restitution à M. B du titre de circulation matérialisant son habilitation mentionnée à l'article 1er, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. B est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de police.
Fait à Montreuil, le 29 août 2024.
Le juge des référés,
E. Toutain
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026