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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2411528

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2411528

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2411528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantMAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 août 2024 et 19 septembre 2024, Mme A D, représentée par Me Maillard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 1er août 2024, par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui attribuer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; d'examiner sa demande d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile, dans un délai de trois jours à compter de ce jugement, et de lui indiquer un lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir compte tenu de sa situation de vulnérabilité, dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, sous les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée relevant un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, l'OFII s'étant cru en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît son droit à bénéficier de conditions matérielles d'accueil décentes jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande d'asile, corolaire du droit d'asile et du droit à la dignité ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 522-1, L. 522-3 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de sa situation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute de comporter des moyens ;

- qu'en tout état de cause sa décision est fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Israël, vice-président, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Israël ;

- les observations de Me Maillard, représentant Mme D, présente, assistée de Mme B, interprète assermentée en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante turque, née le 21 décembre 1989, a déposé une demande d'asile en France le 1er aout 2024. Par décision du même jour, remise en main propre le jour même, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Bobigny lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme D demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme D de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur le fond :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (). / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée vise l'article L. 551-15 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique explicitement que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est refusé à la requérante au motif qu'elle présente une demande de réexamen de sa demande d'asile. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les moyens tirés du défaut d'examen de la situation personnelle, qui résulterait de l'insuffisance de motivation, doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, l'article 22 de la directive 2013/33/UE, tel que rectifié le 17 avril 2015, dispose : " 1. Aux fins de la mise en œuvre effective de l'article 21, les États membres évaluent si le demandeur est un demandeur qui a des besoins particuliers en matière d'accueil. Ils précisent en outre la nature de ces besoins. Cette évaluation est initiée dans un délai raisonnable après la présentation de la demande de protection internationale et peut être intégrée aux procédures nationales existantes. () / L'évaluation visée au paragraphe 1 ne doit pas nécessairement revêtir la forme d'une procédure administrative. " Aux termes des dispositions respectives des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant ces dispositions : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

6. Il ressort des pièces du dossier, que contrairement à ce que soutient la requérante, l'OFII ne s'est pas borné à procéder à une simple évaluation administrative de sa situation, mais a diligenté un entretien avec elle avant l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le vice de procédure doit être écarté comme manquant en fait.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni de la décision contestée ni des pièces du dossier, notamment de la fiche d'évaluation de sa vulnérabilité, que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé, avant d'édicter la décision attaquée, à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de Mme D et qu'il se serait cru en situation de compétence liée.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L.551-15 et L.551-16. ". Enfin, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 () ".

9. Mme D a bénéficié le 1er aout 2024 d'un entretien au cours duquel sa situation personnelle a été évaluée. Il ressort de la fiche d'évaluation de sa vulnérabilité que l'intéressée a signée et au bas de laquelle elle a certifié sur l'honneur l'exactitude des informations fournies, que l'entretien a été réalisé en langue turque, avec le concours d'un interprète. Lors de cet entretien, Mme D s'est bornée à indiquer qu'elle était hébergée chez un tiers et a déclaré qu'elle n'avait aucun problème de santé. La requérante n'est ainsi pas fondée à soutenir que l'OFII, qui a procédé à un examen de sa vulnérabilité dans une langue qu'elle comprend, et alors même, à supposer le moyen opérant, qu'aucun élément du dossier n'est de nature à faire douter de la qualification de l'agent ayant procédé à cet entretien, aurait méconnu les dispositions citées au point précédent ou commis une erreur d'appréciation de son état de vulnérabilité.

10. En dernier lieu, en vertu des dispositions de l'alinéa 4 du préambule de la constitution du 27 octobre 1946 : " Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République ".

11. Si Mme D soutient que la décision attaquée méconnaît les exigences découlant du droit d'asile consacré par les dispositions constitutionnelles précitées, qui impliquent qu'il puisse bénéficier, jusqu'à ce qu'il ait été statué définitivement sur sa demande d'asile, de conditions matérielles d'accueil décentes, un tel droit s'exerce dans le cadre des dispositions législatives et réglementaires qui le mettent en œuvre. Aussi, Mme D n'apportant aucun élément à l'appui de la situation de vulnérabilité dont elle se prévaut, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'asile doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le directeur général de l'OFII en défense, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Maillard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. Israël

La greffière,

Mme C

La greffière,

Mme C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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