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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2411549

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2411549

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2411549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantKWAHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 août 2024 et 7 septembre 2024 , Mme C B, représentée par Me Kwahou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 2 août 2024, par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre, à titre principale, à l'OFII de lui attribuer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile non versées en raison de l'exécution de la décision attaquée, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dû à l'absence d'évaluation de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 septembre 2024, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Israël, vice-président, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Israël ;

- les observations de Me Kwahou, représentant Mme B, présente, assistée de Mme A, interprète assermentée en langue malinke, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

L'OFII n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissant guinéenne, née le 26 février 2003, a déposé une demande d'asile en France pour elle et son fils le 2 août 2024. Par décision du 2 août 2024, remise en main propre le même jour, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Bobigny lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que l'intéressée n'a pas sollicité l'asile dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France. Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Mme B a bénéficié à l'audience de l'assistance d'un avocat commis d'office. Il n'y a donc pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai [de quatre-vingt-dix jours] prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Dans le cas où il envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

4. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, et indique le motif du rejet des conditions matérielles d'accueil, à savoir que la requérante n'a pas sollicité l'asile sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France. Elle contient ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme B, en tenant compte, notamment, des informations dont il disposait, issues de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité de l'intéressée établie le 2 août 2024, mentionnant la présence d'un enfant mineur. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen fait doit être écarté.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que si Mme B est entrée sur le territoire français au mois de septembre 2023, elle n'a déposé sa demande d'asile que le 2 août 2024. Lors de l'entretien de vulnérabilité intervenue le même jour, Mme B s'est bornée à indiquer qu'elle était logée avec son compagnon et son enfant par le 115. En revanche, elle n'a fait état aucune difficultés particulières, qui l'aurait empêchée de déposer sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours après son arrivée en France. La requérante n'est ainsi pas fondée à soutenir que l'OFII, qui a pris en compte la présence de son enfant, et par ailleurs procédé à un examen de sa vulnérabilité et dans une langue qu'elle comprend, aurait méconnu les dispositions citées au point précédent ou commis une erreur d'appréciation de son état de vulnérabilité. Ce dernier n'a pas davantage commis d'erreur d'appréciation du caractère non légitime du motif pour lequel Mme B n'a déposé sa demande d'asile que le 2 août 2024.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. Israël

La greffière,

Mme D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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