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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2411611

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2411611

vendredi 13 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2411611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre (J.U)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a annulé la décision de la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis qui avait rejeté la demande de reconnaissance du caractère prioritaire et urgent d'une demande de logement social. Le tribunal a jugé que la commission avait commis une erreur de droit en exigeant des justificatifs de séjour régulier pour l'épouse du requérant, alors que celui-ci avait clairement indiqué qu'il formulait sa demande à titre personnel uniquement et que son épouse ne résidait pas en France. La solution s'appuie sur les articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, qui régissent les conditions d'accès au logement social et le rôle des commissions de médiation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2024, M. B... A..., doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis sur son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, ensemble la décision par laquelle la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté son recours gracieux.

Il soutient que l’absence de justificatif de la régularité du séjour de son épouse ne peut pas lui être opposé dès lors qu’il a réalisé sa demande de logement uniquement en son nom et que son épouse n’est pas présente sur le territoire français ; au demeurant, son épouse a obtenu une carte de résident valable jusqu’en 2025.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jimenez, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Mme Jimenez a lu son rapport au cours de l’audience publique et a relevé, en application des dispositions de l’article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d’impliquer le prononcé d’office d’une injonction.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l’affaire à l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... a saisi la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis d’un recours amiable le 18 mars 2024 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente en application du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. Par une décision du 18 décembre 2024, la commission de médiation a rejeté sa demande. Les conclusions de la requête de M. A..., dirigées contre la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis sur son recours amiable, doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 18 décembre 2024, qui s’y est substituée, par laquelle elle a expressément rejeté cette demande.
Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. D’une part, aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir (…) ». L’article R. 300-2 du même code dispose : « Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 les étrangers autres que ceux visés à l'article R. 300-1 titulaires :/ 1° Soit d'un titre de séjour d'une durée égale ou supérieure à un an, sous réserve que celui-ci ne soit pas périmé ; / (…). / Un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre en charge du logement fixe la liste des titres de séjour concernés. »

3. D’autre part, aux termes du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation : « La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d’accès à un logement locatif social ».

4. Enfin, aux termes de l’article R. 441-14-1 du même code : « La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social ».

5. Il résulte de ces dispositions que pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

6. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par la décision attaquée, rejeté la demande de M. A... au motif que les justificatifs de la régularité du séjour en France de son épouse font défaut et que l’ensemble des personnes majeures figurant sur la demande doivent justifier de la régularité de leur séjour. Elle lui a également conseillé de se rapprocher de son travailleur social référent et de son employeur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A... avait mentionné une seule personne à loger dans sa demande de logement social du 5 mai 2021, qu’il a indiqué « zéro » autre personne que lui à loger dans son recours amiable et qu’il a répondu à la demande d’explication sur sa situation matrimoniale du 28 novembre 2024, qu’il ne souhaitait pas inclure son épouse dans sa demande de logement social, notamment au regard de sa résidence actuelle au Bangladesh. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que le requérant souhaite être logé seul, malgré la circonstance qu’il a indiqué être marié dans son recours amiable. Dès lors, la commission de médiation ne pouvait pas opposer à M. A... la situation de son épouse sur le territoire français. Dans ces conditions, M. A... est fondé à soutenir que c’est à tort que la commission de médiation a refusé de le reconnaître comme étant prioritaire et devant être relogé en urgence et à demander l’annulation de la décision de la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis du 18 décembre 2024 et de la décision par laquelle cette dernière a rejeté son recours gracieux.

Sur l’injonction d’office :

7. Compte tenu de ce qui précède, il est enjoint à la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la demande de M. A... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.




D E C I D E :


Article 1er : La décision du 18 décembre 2024 de la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis et la décision par laquelle la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la demande de M. A... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de la ville et du logement.
Une copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2026.



La magistrate désignée,




J. Jimenez
La greffière,




P. Demol




La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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