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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2411805

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2411805

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2411805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantCAOUDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2327474/12-3 du 16 août 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis le dossier de la requête de M. B A au tribunal administratif de Montreuil.

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris, et un mémoire, enregistré le 23 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Delacarte, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner à la préfecture de produire l'arrêté contesté ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour longue durée ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire garanti par les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est contraire à sa stabilité familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mach, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Mach, magistrate désignée, qui a informé les parties en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision du 15 novembre 2023 du préfet de police portant refus de séjour, qui sont dirigées contre une décision inexistante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né en 2001, déclare être entré en France le 3 août 2020 et a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision du 13 avril 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 octobre 2022. Par un arrêté du 15 novembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. Il ne résulte pas des termes de l'arrêté contesté du 15 novembre 2023 du préfet de police que ce dernier aurait refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 15 novembre 2023 portant refus de séjour sont dirigées contre une décision inexistante et sont irrecevables. Elles ne peuvent par suite qu'être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs n° 75-2023-511 de la préfecture de police du même jour, le préfet de police a donné à M. C D, attaché d'administration de l'Etat directement placé sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions, dans la limite de ses attributions, au nombre desquels figure la décision contestée, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier que ces dernières n'ont pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire français. Dès lors, les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre de telles décisions. Par suite, le moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire prévu par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige, des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une telle mesure à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention internationale prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

7. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1o La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2o Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3o Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui n'a pas sollicité de titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français, s'est marié en France le 6 mai 2023 à une ressortissante française. Toutefois, et ainsi que le fait valoir le préfet de police en défense, M. A n'est pas entré en France de manière régulière. Par suite, il ne remplit ni la condition de détention d'un visa de long séjour exigée par les dispositions combinées des articles L. 412-1 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni la condition d'entrée régulière prévue par les dispositions de l'article L. 423-2 du même code. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile faisant obstacle à la mesure d'éloignement prise à son encontre.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A, qui déclare être entré en France le 3 août 2020, se prévaut de sa relation avec une ressortissante française depuis mai 2022, avec laquelle il s'est marié le 6 mai 2023, soit depuis six mois à la date de la décision attaquée. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à justifier la réalité et l'ancienneté de la communauté de vie avec cette dernière, notamment antérieurement au mariage. Si l'intéressé est membre du Club de France cricket, il est sans enfant à charge et n'exerce aucune activité professionnelle. Il n'allègue ni n'établit être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision litigieuse n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En l'absence de décision de refus de séjour prise à son encontre, M. A ne peut utilement invoquer son illégalité, par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. M. A allègue que son retour au Pakistan porterait une atteinte disproportionnée à sa vie familiale. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. ll résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de police du 15 novembre 2023 présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La magistrate désignée,

A.-S. Mach

La greffière,

C. Denis

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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