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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2412442

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2412442

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2412442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé, a rejeté la requête de M. C. Ce dernier contestait un arrêté du préfet de l'Aveyron l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis l'assignant à résidence. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation et la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er et le 10 septembre 2024, M. C représenté par Me Fournier demande au président du tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 309/2024 du 26 août 2024, par lequel le préfet de l'Aveyron l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel cette mesure pourra être exécutée et l'arrêté du 26 août 2024, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence et l'a astreint à résider au 50 avenue Édouard Vaillant au Pré-Saint-Gervais pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de procéder à l'effacement du requérant du fichier SIS ;

5°) de mettre à la charge du préfet de l'Aveyron et du préfet de la Seine-Saint-Denis le versement de la somme de 1 500 euros hors taxes, chacun, à Me Hannah Fournier au titre des frais engagés pour l'instance en application des articles R. 761-1 et R. 776-20 du code de justice administrative sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans le cas contraire et en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, dire que ces sommes seront versées directement au requérant.

M. B soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et elle n'a pas été précédée par un examen personnel de la situation du requérant ;

- elle n'a pas été précédée d'une audition du requérant en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreur de droit pour l'application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé ;

- elle a été prise en méconnaissance de la portée du jugement d'annulation du 20 février 2024 ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions de retrait de l'attestation de demande d'asile et lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 33 de la convention de Genève et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et il n'a pas été précédé par un examen sérieux de la situation personnelle du requérant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- le jugement n° 2315198 du 20 février 2024 du tribunal administratif de Montreuil ;

- et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Silvy, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir, au cours de l'audience du 11 septembre 2024, tenue en présence de Mme Goossens, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu :

- les observations orales de Me Fournier, représentant M. B, qui reprend les conclusions et moyens de ses écritures et fait état du jugement d'annulation du 20 février 2024 et de l'injonction dont il était assorti.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant russe né le 19 février 1999, a présenté une demande d'admission au séjour au titre de l'asile 14 août 2017 rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 11 mars 2019 et sa demande de réexamen formée le 6 février 2023 a également été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 15 septembre 2023. Suite à une interpellation dans le département de l'Aveyron, le préfet de l'Aveyron l'a obligé à quitter le territoire français sans délai par un arrêté n° 304/2024 du 26 août 2024 qui lui a été notifié le même jour. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris, également en date du 26 août 2024, un arrêté l'astreignant à résider au 50, avenue Édouard Vaillant, au Pré-Saint-Gervais, pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois et a assorti cette assignation à résidence d'obligations complémentaires. Ce second arrêté a été notifié à M. B le 26 août 2024 à Rodez. Il demande à titre principal l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du préfet de l'Aveyron du 26 août 2024 portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes, d'une part, de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Et aux termes de l'article L. 614-16 de ce code : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance () et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

5. Il ressort des termes du jugement susvisé du tribunal administratif de Montreuil du 20 février 2024 que la décision de la préfète du Val-de-Marne portant obligation de quitter le territoire français visant M. B du 29 novembre 2023 a été annulée au motif qu'elle était entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de ce dernier et qu'une injonction a été adressée à la préfète du Val-de-Marne ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à celui-ci, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur sa situation. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un appel aurait été formé contre ce jugement, ni qu'une demande de suspension aurait été présentée et il en résulte que le dispositif de ce jugement avait conservé sa force exécutoire à la date du prononcé des décisions en litige. Toutefois il ressort également des pièces du dossier que ce jugement n'a pas reçu exécution et que M. B n'a pas été muni d'une autorisation provisoire de séjour au terme du délai de trois mois prescrit. Il ressort encore des pièces du dossier que le droit au séjour de M. B n'a pas plus fait l'objet du nouvel examen prescrit que ce soit par le préfet de la Seine-Saint-Denis, département dans lequel il déclare résider, ou par la préfète du Val-de-Marne.

6. Il résulte de ce qui vient d'être dit qu'en s'abstenant d'exécuter ce jugement exécutoire qui devait donner lieu à la délivrance d'un document de séjour provisoire et à un réexamen de sa situation au regard du séjour, l'autorité préfectorale a maintenu en situation irrégulière M. B. Elle n'a pu prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que parce qu'elle avait préalablement retenu l'irrégularité de sa situation administrative, laquelle résultait, à la date de cette décision, de sa seule abstention à exécuter le jugement précité et ce alors qu'il ne lui était loisible de prononcer, le cas échéant, une telle mesure d'éloignement que sur le fondement du 3° de cet article après avoir statué sur son droit au séjour, ce qu'elle n'a pas fait. Il résulte de ce qui précède que la décision du préfet de l'Aveyron portant obligation de quitter le territoire français du 26 août 2024 fondée sur le seul rejet des demandes de protection internationale de M. B révèle un détournement de pouvoir de la part de l'autorité préfectorale.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 du présent jugement, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions du 26 août 2024 par lesquelles le préfet de l'Aveyron l'a obligé à quitter le territoire français sans lui allouer de délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an et a fait procéder à son inscription dans le système d'information Schengen ainsi, par voie de conséquence, que l'annulation de l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence en exécution de cette mesure d'éloignement pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

9. Il incombe au préfet territorialement compétent, pour l'exécution du présent jugement qui prononce l'annulation pour excès de pouvoir d'un arrêté faisant obligation de quitter le territoire français à M. B, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non seulement de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour, mais aussi de se prononcer sur son droit à un titre de séjour. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que l'autorité préfectorale a déjà fait l'objet d'une injonction en ce sens, qui conserve son plein caractère exécutoire à la date du présent jugement. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que cette injonction n'a pas été exécutée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent, en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, de délivrer à M. A B une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

10. M. B a obtenu à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de ces dispositions il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de l'Aveyron) le versement d'une somme de 1 100 euros à Me Fournier, avocate de M. B, sous réserve pour celle-ci de renoncer à la part contributive de l'État. Dans le cas où M. B ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Aveyron du 26 août 2024 faisant obligation à M. B de quitter le territoire français est annulé.

Article 3 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 26 août 2024 assignant à résidence M. B au Pré-Saint-Gervais est annulé.

Article 4 : Dans l'hypothèse où M. B est admis à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, l'État (préfet de l'Aveyron) versera la somme de 1 100 euros à Me Fournier, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'État. Dans le cas où M. B ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Hannah Fournier, au préfet de l'Aveyron et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

J.-A. Silvy

La greffière,

Ch. Goossens

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2412442

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