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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2412549

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2412549

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2412549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantBIROLINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 et 15 septembre 2024, M. E D, actuellement retenu au centre de rétention administrative n° 3 du Mesnil-Amelot, représenté par Me Birolini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2024, par lequel la préfète du Val de Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de territoire d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative d'examiner la demande de renouvellement de carte de résident dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'annuler le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des arrêtés litigieux :

- la compétence du signataire n'est pas établie ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait le principe général du droit de l'union européenne du droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision de refus de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces complémentaires ont été produites par la préfète du Val de Marne les 4 et 13 septembre 2024.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

La présidente du Tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Caro, pour statuer sur les requêtes tendant à l'annulation des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'un placement en rétention et des décisions accompagnant ces mesures.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 septembre 2024:

- le rapport de Mme Caro,

- les observations de Me Me Birolini, représentant M. D, présent à l'audience, reprenant les conclusions et moyens de la requête ;

- et les observations de Me El Assaad, représentant la préfète du Val de Marne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né le 26 avril 1976, est entré en France en 1978 selon ses déclarations et a été mis en possession d'une carte de résident expirant le 27 octobre 2023. Par un arrêté du 3 septembre 2024, la préfète du Val de Marne a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de territoire d'une durée de trois ans, aux motifs de l'absence de demande de renouvellement de son titre de séjour et de la menace à l'ordre public qu'il représente. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024/02023 du 26 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne du 27 juin 2024, Mme F A, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

4. Si M. D soutient dans sa requête que l'arrêté litigieux méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne produit au soutien de sa requête aucun élément de nature à circonstancier ses allégations et ne reprend d'ailleurs pas ce moyen dans son mémoire.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle du requérant, dont les éléments sur lesquels la préfète du Val-de-Marne s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Droit à une bonne administration - Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, M. D a été entendu le 26 mai 2023, lors de son incarcération au centre pénitentiaire du Havre, sur sa situation personnelle, familiale et professionnelle et n'établit pas avoir été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que l'intéressé n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de son droit d'être entendu. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

9. Il ressort des termes de la décision attaquée que la mesure d'éloignement est fondée sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que M. D n'a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour, ainsi que sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la menace à l'ordre public que représente le comportement du requérant. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été écroué à la maison d'arrêt d'Evreux le 7 octobre 2022, avant d'être transféré au centre pénitentiaire du Havre le 30 mars 2023 puis transféré au centre pénitentiaire de Fresnes le 25 juillet 2024, consécutivement à sa condamnation par le jugement du Tribunal correctionnel d'Evreux du 2 septembre 2022, à trois mois d'emprisonnement pour des faits de dégradation ou détérioration involontaire du bien d'autrui par explosion ou incendie dû au manquement à une obligation de sécurité ou de prudence et usage illicite de stupéfiants en récidive, et à deux ans d'emprisonnement par un jugement rendu par le Tribunal correctionnel d'Evreux le 4 novembre 2022 pour des faits de destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux par personne en récidive. En outre, il avait déjà été condamné à un an d'emprisonnement pour destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D le 31 août 2018, et à un an d'emprisonnement pour destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes en récidive et usage illicite de stupéfiants le 25 juillet 2019. De surcroît, le requérant est défavorablement connu des services de police dès lors que de 1994 à 2001, il a fait l'objet de cinq condamnations à des peines d'emprisonnement de six mois, quatre mois, deux ans, dix mois et un an, pour des faits notamment de vols avec violences ayant entraîné des incapacités temporaires totales (ITT), dégradation du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes en récidive, vol aggravé par deux circonstances, vol avec violence ayant entraîné une ITT de plus de huit jours en récidive et arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivie d'une libération avant le 7ème jour le 8 octobre 2001. Dans ces conditions, compte tenu de la réitération et de la gravité des faits pour lesquels il a été récemment condamné, et malgré l'ancienneté de certaines condamnations, le comportement du requérant représente une menace à l'ordre public. Il s'ensuit la préfète du Val de Marne n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit en se fondant sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni méconnu cet article et en caractérisant le comportement de M. D de menace pour l'ordre public.

10. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le comportement de M. D représente une menace à l'ordre public. Pour ce seul motif, qui est notamment retenu par la préfète du Val de Marne, celle-ci pouvait l'obliger à quitter le territoire français, quand bien même il aurait sollicité le renouvellement de son titre de séjour, par courrier du 22 septembre 2023, alors qu'il était incarcéré au centre pénitentiaire du Havre.

11. En sixième lieu, aux termes aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Le requérant soutient, qu'arrivé sur le territoire à l'âge de deux ans, il a vécu l'essentiel de sa vie sur le territoire français, s'est vu délivrer une carte de résident, malgré ses condamnations pénales, et se prévaut également de la présence de ses parents et d'une fratrie, pour la plupart de nationalité française, de son ancienne compagne et de ses deux enfants, également de nationalité française. Toutefois, l'intéressé déclare être séparé de Mme B C, depuis 2005 et ses deux enfants de 24 ans et 22 ans ne sont plus à sa charge. De plus, l'insertion professionnelle du requérant est demeurée précaire et n'offre pas de garantie de stabilité suffisante, ce dernier se prévalant essentiellement de missions en qualité notamment de manutentionnaire, de serveur, d'agriculteur entre 1997 et 2005 et d'employé de magasin de distribution en 2022. En outre, ainsi qu'il l'a été dit au point 9, eu égard à la gravité des faits pour lesquels l'intéressé a été pénalement condamné, de leur récidive, de leur nombre et de la fin de son incarcération qui ne date que de septembre 2023, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ni comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par le requérant à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

14. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de la reconduite vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait également état d'éléments concernant la situation personnelle du requérant, notamment du fait qu'il est de nationalité marocaine. En outre, la décision litigieuse précise que l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine, ni qu'il risquerait d'y être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

15. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen.

16. En quatrième lieu, l'illégalité de la décision fixant le pays de destination aux motifs de la méconnaissance l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écartée pour les mêmes motifs que ceux cités au point 12.

17. En dernier lieu, le requérant ne fait valoir aucune menace personnelle dont il pourrait être l'objet en cas de retour dans son pays d'origine susceptible de faire obstacle à sa reconduite à destination de ce pays. Dans ces conditions, le préfet ne peut être considéré comme ayant, à cet égard, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par le requérant à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

19. En deuxième lieu, la décision litigieuse vise les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour prendre la décision litigieuse, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le fait que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public et qu'il existait un risque qu'il se soustrait à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il faisait l'objet. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être rejeté.

20. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen.

21. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612 1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

22. Compte tenu de son parcours délinquant tel que rappelé au point 9, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation en considérant que le comportement du requérant représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la situation du requérant relevait du champ d'application du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour ce seul motif, la préfète du Val de Marne pouvait refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, sans que l'intéressé puisse, à cet égard, se prévaloir de circonstances exceptionnelles qu'il estime constituées par sa longue durée de présence en France. Il s'ensuit que l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant l'octroi d'un tel délai méconnaîtrait cet article ou l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

23. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

24. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par le requérant à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ()". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

26. La décision portant interdiction de retour se réfère aux articles cités au point 25 dont elle fait application. Elle fait également état de la durée de la présence du requérant sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, du fait qu'il soit séparé de sa compagne, que ses deux enfants soient majeurs et de la menace à l'ordre public qu'il représente. La décision attaquée est, par suite, suffisamment motivée, dès lors qu'elle énonce les considérations de droit et de fait qui la fondent.

27. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen.

28. En quatrième lieu, la préfète a décidé du principe de l'interdiction de retour sur le territoire français à raison de l'absence de délai de départ volontaire conformément à ce que prévoit l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

29. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

30. En l'espèce, le préfet a pris en compte la menace pour l'ordre public que la présence du requérant en France représente, la date d'entrée en France de l'intéressé et la nature de ses liens sur le territoire. Si le requérant soutient que son comportement ne représente plus une menace pour l'ordre public, il ressort en particulier des pièces du dossier, ainsi qu'il l'a été dit au point 9, qu'il a été condamné pénalement à de nombreuses reprises pour des faits d'une particulière gravité. Enfin, le requérant ne justifie pas de circonstances humanitaires qui pourraient faire obstacle à l'édiction de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnaître l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

31. En quatrième et dernier lieu, les moyens tirés la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 12.

32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté litigieux présentés par le requérant, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et les demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la préfète du Val de Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La magistrate désignée,

N. Caro La greffière,

C. Le Ber

La République mande et ordonne à la préfète du Val de Marne en ce qui la concerne ou à tout préfet territorialement compétent, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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