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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2412982

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2412982

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2412982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé, a rejeté la requête de M. C, ressortissant palestinien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 11 septembre 2024 l'assignent à résidence pour 45 jours. Le juge a écarté les moyens d'incompétence et de défaut de motivation, estimant que l'arrêté était suffisamment motivé au regard de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, confirmant ainsi la légalité de la mesure d'assignation à résidence prise pour permettre l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Djemaoun, demande au président du tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de deux semaines à compter du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Djemaoun renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une méconnaissance du champ d'application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une méconnaissance de l'autorité de la chose jugée, et d'une erreur de droit dès lors que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal administratif de Montreuil a délégué M. Iss, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Iss,

- les observations de Me Joory substituant Me Djemaoun, représentant M. A C ;

- les observations de Me Khan, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis.

Une note en délibéré, présentée par Me Djemaoun pour M. A C a été enregistrée le 25 septembre 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

1. Par un arrêté du 11 septembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a assigné à résidence M. A C, ressortissant palestinien né le 17 octobre 1988 à Gaza, pour une durée de 45 jours. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ". L'article 81 dudit décret dispose que "L'avocat ou l'officier public ou ministériel commis ou désigné d'office, en matière pénale ou en application des articles 1186,1209 et 1261 du code de procédure civile, des articles L. 222-1 à L. 222-6, L. 511-1, L. 511-3-1, L. 512-1 à L. 512-4, L. 552-1 à L. 552-10 et L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle si la personne pour le compte de laquelle il intervient bénéficie de l'aide juridictionnelle. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 2014-1329 du 3 mai 2024, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. B D, attaché d'administration de l'État, chef du pôle d'instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

5. L'arrêté attaqué vise les articles pertinents de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique notamment que M. A C a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français de trois ans prononcée par le tribunal correctionnel de Bobigny le 9 avril 2024, ainsi que d'une mesure d'éloignement prononcée le même jour, et que dans le cadre de l'exécution d'office de la mesure d'éloignement, M. A C est dépourvu de document de voyage en cours de validité, et qu'afin de permettre l'exécution de cette mesure d'éloignement, des démarches consulaires sont nécessaires dans le but d'obtenir un laissez-passer consulaire. Il suit de là et il ressort des pièces du dossier que le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen sérieux de sa situation doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

7. Le requérant soutient que par un jugement n°2411503 du 23 août 2024, le Tribunal administratif de céans a annulé l'arrêté du 9 avril 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qu'il n'exclut pas la Palestine comme pays de renvoi, que le préfet de la Seine-Saint-Denis a continué de saisir les autorités palestiniennes les 26 août et 2 septembre 2024, et qu'à cet égard l'arrêté attaqué est entaché d'une méconnaissance du champ d'application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une méconnaissance de l'autorité de la chose jugée, et d'une erreur de droit dès lors que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du jugement du Tribunal correctionnel de Bobigny prononçant une interdiction judiciaire de territoire français de trois ans pour M. A C, celui-ci a fait l'objet d'une mesure d'éloignement du 9 avril 2024. Dans le cadre de l'exécution de cette même mesure d'éloignement, le préfet de la Seine-Saint-Denis a sollicité les autorités palestiniennes au moins dès le 16 août 2024, en leur indiquant que M. A C étant dépourvu de document d'identité, ils interrogent celles-ci quant à la reconnaissance consulaire de M. A C notamment pour l'obtention d'un " document transfrontière ". Ce même préfet a ensuite relancé ces mêmes autorités les 19 août 2024, 26 août 2024, et 2 septembre 2024, sans réponse explicite de leur part à la date de la décision attaquée. En outre, des démarches ont aussi été effectuées auprès des autorités marocaines dès le 20 juin 2024, et dernièrement le 16 août 2024, nonobstant la circonstance que l'ordonnance du 11 septembre 2024 de la Cour d'appel de Paris indique que l'administration a été informée dès 2022 du refus de reconnaissance de M. A C par le Maroc. Par ailleurs, le centre de coopération policière et douanière de Tournai a été saisi le 4 septembre 2024 afin de connaître le statut administratif de M. A C en Belgique, M. A C ayant indiqué dans son audition du 6 août 2020 et dans la notice de renseignements de la maison d'arrêt de Villepinte du 24 novembre 2020 disposer d'un titre de séjour pluriannuel belge. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, que M. A C, a utilisé plus de 9 alias différents. A cet égard, la mission de Palestine en France a indiqué le 23 juin 2014 qu'un des alias de M. A C, à savoir Nourredine MERIMEZA n'était pas de nationalité Palestinienne. Ainsi, eu égard à ces éléments, la seule continuation des relances par le préfet de la Seine-Saint-Denis des autorités consulaires palestiniennes sollicitant sa reconnaissance et l'obtention d'un document de voyage pour le requérant n'établit pas que le préfet de la Seine-Saint-Denis entende reconduire M. A C dans ce pays en méconnaissance du jugement n°2411503 sus-cité et du champ d'application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le nombre et la durée des différentes démarches passées et en cours à la date de l'arrêté attaqué, pour obtenir une reconnaissance consulaire de M. A C ou pour constater son droit au séjour dans un autre pays de l'Union européenne, auprès des autorités palestiniennes, marocaines et belges, découlent notamment non seulement de l'utilisation par M. A C de plus de 9 alias, rendant plus difficile son identification effective, mais aussi de ses propres déclarations, tel qu'indiqué ci-dessus notamment. Ainsi, c'est à bon droit que le préfet a considéré que l'éloignement de M. A C demeurait une perspective raisonnable. Eu égard à ces éléments, les moyens sus-évoqués doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 7 que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions tendant au prononcé d'une injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de justice :

11. M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font dès lors obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A C est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. E A C, à Me Djemaoun et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

A. Iss La greffière,

C. Le Ber

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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