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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2413218

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2413218

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2413218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantDEBAZAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. - Par une requête n° 2413218 enregistrée le 17 septembre 2024, Mme E B, représentée par Me Debazac, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 septembre 2024, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Bobigny a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif à compter du 10 septembre 2024, date d'enregistrement de sa demande d'asile, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa demande d'admission au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros à verser à Me Debazac en application des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 515-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'ils présentent un état de vulnérabilité établi, notamment en raison de leur état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. - Par une requête n° 2413259 enregistrée le 17 septembre 2024, M. D, représenté par Me Debazac, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 septembre 2024, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Bobigny a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif à compter du 10 septembre 2024, date d'enregistrement de sa demande d'asile, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa demande d'admission au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros à verser à Me Debazac en application des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 515-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il présente un état de vulnérabilité établi, notamment en raison de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Israël, vice-président, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, aux demandeurs d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Israël ;

- les observations de Me Debazac, représentant Mme B et M. C, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B et M. C, ressortissants sri-lankais, nés respectivement les 29 juillet 1964 et 14 novembre 1961, ont déposé des demandes d'asile le 10 septembre 2024 et ont été munis le même jour d'une attestation de demande d'asile. Par des courriers du 10 septembre 2024, remis en main propre le même jour, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Bobigny leur a notifié des refus des conditions matérielles d'accueil. Mme B et M. C demandent l'annulation de ces décisions.

2. Les requêtes nos 2413218 et 2413259 sont relatives à la situation des membres d'une même famille, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de Mme B et M. C de prononcer l'admission provisoire des intéressés à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L.551-15 et L.551-16 ". Enfin, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 () ".

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier des mentions portées sur les fiches d'évaluation que les requérants ont signées, qu'ils ont été informés, en langue tamoul, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil et qu'une proposition d'orientation en région leur a été faite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'avant de prendre les décisions attaquées, l'OFII a procédé à un examen de la vulnérabilité des requérants, durant lequel ils ont notamment précisé les conditions de leur hébergement et n'ont déclaré aucun problème de santé. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure en l'absence d'entretien de vulnérabilité doit être écarté.

7. En dernier lieu, il ressort des déclarations consignées dans les formulaires d'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil signés par Mme B et M. C que ceux-ci ont expressément refusé de bénéficier de l'orientation en région (Rennes) proposée par l'OFII. S'ils motivent ce refus par la nécessité de demeurer près de leurs deux enfants domiciliés en Île-de-France afin que ces derniers puissent prendre soin d'eux, ils ne fournissent toutefois aucun document attestant de la stabilité d'un éventuel hébergement ou justifiant d'un besoin particulier de rester dans cette région pour des raisons de santé. Dès lors, les intéressés ne présentent aucun motif légitime pour justifier ce refus. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B et M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B et M. C sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, M. D, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Debazac.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. Israël

La greffière,

Mme A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2413218-2413259

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