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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2413532

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2413532

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2413532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantERDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le 23 septembre 2024 et le 7 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Erdogan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Il soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est père de trois enfants qu'il ne peut plus voir que du seul fait de l'opposition de son ex-épouse à l'exercice de son droit à des visites médiatisées qui lui a été garanti par l'ordonnance de non-conciliation du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Bobigny, en date du 29 avril 2021, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il est atteint d'une grave pathologie nécessitant une prise en charge dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il peut être hébergé par sa sœur et qu'il dispose d'une promesse d'embauche.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Renault, première conseillère, dans les fonctions de magistrate désignée chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Renault, magistrate désignée ;

- les observations de Me Erdogan, représentant M. B, qui maintient ses écritures,

- les observations de M. B.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 9 juin 1979, fait valoir être entré en France le 1er janvier 2001et avoir été titulaire de titres de séjour entre 2006 et 2020. Par arrêté du 9 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour. Par décision du 27 février 2018, le tribunal correctionnel l'a condamné à une peine d'emprisonnement de 6 mois pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en état de récidive. Il a en outre été condamné le 6 mai 2020, par le même tribunal, à une peine d'un an d'emprisonnement dont 6 mois avec sursis probatoire pendant trois ans pour des faits de menace de mort réitérée sur son ancienne conjointe, et, le 20 octobre 2020, à une peine d'un an d'emprisonnement pour non-respect d'obligation ou interdiction dans une ordonnance de protection d'une victime de violences familiales. Enfin, la cour d'appel de Paris l'a condamné le 21 avril 2023 à une peine de 18 mois d'emprisonnement pour des faits de même nature, en récidive. N'ayant pas été en mesure de présenter un document transfrontière au moment de sa détention et ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français ou être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, il a fait l'objet, par arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 21 septembre 2024, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une décision fixant le pays de destination de sa reconduite et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, qui fait état de nombreux éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé, qu'il n'aurait pas été précédé d'un examen sérieux de la situation de M. B.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. B soutient que la décision en litige méconnaît les stipulations précitées et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, en se prévalant de la durée de sa présence en France, ainsi que de la présence en France de ses trois enfants, et enfin des risques sur son état de santé.

5. Il ressort des pièces du dossier que de son union le 23 septembre 2016 en Tunisie avec une ressortissante tunisienne, sont nés, les 16 février 2009, 27 janvier 2013 et 22 mai 2015, trois enfants. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce versée au dossier que la mère des enfants de l'intéressé séjournerait régulièrement sur le territoire français. En outre, par une ordonnance de protection du 8 avril 2020, le juge aux affaires familiales (JAF) du tribunal judiciaire (TJ) de Bobigny lui a fait interdiction d'entrer en contact avec la mère, attribuant à celle-ci la jouissance du domicile conjugal, fixant la résidence des enfants au domicile de celle-ci, confiant l'exercice de l'autorité parentale exclusive à la mère, et fixant une pension alimentaire à la charge du requérant d'un montant de 300 euros en suspendant ses droits de visite et d'hébergement. L'ordonnance de non-conciliation du 29 avril 2021 du JAF du TJ de Bobigny, motivée notamment par les violences exercées par M. B sur son épouse, a par la suite maintenu l'autorité parentale exclusive de la mère, ainsi que la résidence des enfants chez celle-ci, en accordant au requérant un seul droit de visite en espace rencontre deux fois par mois, et en constatant l'état d'impécuniosité du requérant, alors en détention. Dans ces conditions, il n'est pas établi que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à la vie familiale de l'intéressé.

6. Le requérant se prévaut ensuite de son état de santé, et il ressort à cet égard des pièces du dossier qu'il souffre d'une " artérite de Takayasu ", mais il ne produit aucune pièce permettant de témoigner de l'évolution défavorable de son état de santé depuis le compte rendu médical du 25 janvier 2021 indiquant que le requérant suit un traitement médicamenteux lourd, mais sans retenir de " signes biologiques en faveur d'une activité de la maladie " tandis qu'il relève une " stabilité des lésions artérielles ". Il ne ressort pas de ces éléments que la présence en France du requérant serait contrainte par son état de santé, notamment qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ou qu'il ne pourrait pas voyager sans risque vers celui-ci.

7. Il résulte des points 5 et 6 qu'eu égard à la menace à l'ordre public que représente le requérant, du fait des multiples condamnations dont il a fait l'objet et qui sont rappelées au point 1., et alors qu'au demeurant il ne justifie pas, outre une promesse d'embauche du 12 septembre 2023 et d'une attestation d'hébergement promise par sa sœur, d'une quelconque insertion professionnelle ou sociale en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 21 septembre 2024 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Jugement rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Th. Renault La greffière,

C. Le Ber

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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