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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2413726

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2413726

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2413726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantESTEVENY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2024 à 16h26, et un mémoire enregistré le 15 octobre 2024, M. F, actuellement retenu au centre de rétention n°3 du Mesnil Amelot, représenté par Me Esteveny, demande à la présidente du tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a maintenu en rétention ;

3°) d'enjoindre à l'autorité administrative à procéder sans délai et sous astreinte à la délivrance d'une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile et de lui fournir les droits prévus par la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et un lieu susceptible de l'accueillir ainsi qu'une allocation journalière.

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Esteveny renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'arrêté attaqué :

- l'auteur de cet arrêté n'a pas justifié de sa compétence ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ont été méconnues ;

- il méconnaît le droit au recours effectif ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur de droit à cet égard ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Iss, premier conseiller, en application des articles L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Iss,

- les observations de Me Esteveny, représentant M. F,

- les observations de M. F,

- la préfète de l'Essonne, représentée par Me Dumont.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

1. M. F, ressortissant congolais, né le 12 juillet 1996 à Kinshasa (République démocratique du Congo), actuellement retenu au centre de rétention du Mesnil Amelot 3, à la suite d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans prononcée le

24 août 2024 par la préfète de l'Essonne et d'un arrêté de placement en rétention du même jour par cette même préfète, a formulé le 25 septembre 2024 une demande de réexamen de sa demande d'asile qui avait été rejetée le 31 mai 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par décision du 19 décembre 2018 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). A la suite de cette demande de réexamen,

M. F a fait l'objet d'un arrêté du 26 septembre 2024 par lequel cette même préfète l'a maintenu en rétention. Le requérant demande au tribunal l'annulation de ce dernier arrêté du 26 septembre 2024.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ". L'article 81 dudit décret dispose que "L'avocat ou l'officier public ou ministériel commis ou désigné d'office, en matière pénale ou en application des articles 1186,1209 et 1261 du code de procédure civile, des articles L. 222-1 à L. 222-6, L. 511-1, L. 511-3-1, L. 512-1 à L. 512-4, L. 552-1 à L. 552-10 et L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle si la personne pour le compte de laquelle il intervient bénéficie de l'aide juridictionnelle. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire,

M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté du 26 juin 2024 a été signé par

Mme D E, chef du bureau de l'éloignement du territoire, qui bénéficie par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCS-143 de la préfète de l'Essonne du

2 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs

n° 91-2024-076, d'une délégation à cet effet, en cas d'absence ou d'empêchement de

M. B A, pour signer les décisions portant confirmation du placement en rétention administrative en cas de demande d'asile en rétention administrative. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 754-1 à

L. 754-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose avec une précision suffisante les motifs pour lesquels la mesure en litige a été prononcée, en mentionnant notamment que le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le

24 août 2024 et que sa demande d'asile présentée après son placement en rétention doit être regardée comme ayant été introduite en vue de faire échec à cette mesure d'éloignement.

Le préfet indique aussi que M. F a vu sa première demande d'asile rejetée en 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 mai 2018, et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 décembre 2018. Le préfet ajoute de même que M. F a fait l'objet antérieurement d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet du Val-de-Marne le 28 janvier 2019. Par suite, la décision attaquée qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivée. Eu égard à ces éléments, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit donc être écarté, de même que le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de

l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () "

6. Si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que cette décision ne soit prise et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ainsi que du droit à une procédure contradictoire et, en tout état de cause, de l'article 41 de la charte précitée, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, le requérant soutient que la décision méconnaît son droit au recours effectif dès lors que, dans l'hypothèse où l'OFPRA rejetterait sa demande d'asile, le recours qu'il déposerait devant la Cour nationale du droit d'asile CNDA n'est pas suspensif. Cependant, et alors que la décision de maintien en rétention ne fait pas obstacle à la saisine de la CNDA, la circonstance qu'en pareil cas le recours exercé devant la Cour à l'encontre de la décision de l'OFPRA lorsqu'il rejette la demande d'asile présentée devant lui, ne présente pas un caractère suspensif, ne porte pas en elle-même atteinte au droit au recours des demandeurs d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à un recours effectif doit être écarté.

8. En cinquième lieu, les dispositions de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers relatives à l'information et à la remise de documents au demandeur d'asile sont sans influence sur la légalité de la décision de maintien en rétention. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, étant inopérant ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable si elle est formulée plus de cinq jours après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile dans les conditions prévues à l'article L. 744-6. Toutefois, cette irrecevabilité n'est pas opposable à l'étranger qui invoque, au soutien de sa demande, des faits survenus après l'expiration de ce délai. () ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son interpellation par les services de police le 24 août 2024, dans le cadre de son audition du même jour le requérant n'a pas fait état d'une demande d'asile ni de risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, sa demande d'asile du 26 septembre 2024 a été présentée plus de trois années après le rejet de sa première demande d'asile par la CNDA en 2018, alors qu'en outre il ne pouvait ignorer qu'il devait retourner dans ce pays compte tenu de la décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 28 janvier 2019 dont il faisait l'objet.

Le requérant n'apporte aucun élément concret et sérieux de nature à justifier qu'il ait attendu un tel délai pour présenter sa demande d'asile, notamment l'existence d'éléments nouveaux depuis le rejet de sa première demande d'asile en 2018. Au regard de ces circonstances, la préfète de l'Essonne a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que la demande d'asile de M. F a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement du 24 août 2024. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas eu pour effet de méconnaître les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit doit donc être écartée. Pour les mêmes motifs la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à

Me Esteveny et à la préfète de l'Essonne.

Lu en audience publique le 16 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

A. Iss La greffière,

C. Le Ber

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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