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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2413772

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2413772

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2413772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantTROJMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire, enregistrés les 27 septembre 2024 et 22 janvier 2025, M. C B, représenté par Me Trojman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de trois mois suivant la notification du jugement, dans les mêmes conditions d'astreinte et de lui délivrer entretemps une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge du préfet de la Seine-Saint-Denis le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision implicite en litige est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire enregistré le 23 janvier 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Il fait valoir, en premier lieu, que la requête est tardive, en second lieu, que la décision attaquée ne constitue pas une décision faisant grief.

Par une ordonnance du 10 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Marias, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien né le 19 février 1989, est entré en France en 2012 et a sollicité le 21 janvier 2022 la délivrance de carte de séjour mention " vie privée et familiale sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande l'annulation de la décision implicite née du silence gardé sur sa demande.

Sur les fins de non-recevoir opposées par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de ce que le refus d'enregistrement attaqué ne constitue pas une décision faisant grief

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier, que M. B, qui a bien reçu, via l'application " demarches-simplifiees.fr " une notification faisant état de la bonne réception de sa demande de titre de séjour et lui indiquant son numéro de dossier, aurait obtenu un rendez-vous en préfecture. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour aurait été présentée par voie postale. Dans ces conditions, et alors en outre que le préfet ne précise pas quelles sont les pièces manquantes permettant de considérer que le dossier présenté par M. B était incomplet, le requérant est fondé à soutenir que le refus d'enregistrement constitue une décision faisant grief.

En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête

3. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En application des dispositions de l'article L. 232-4 du même code, l'étranger auquel est opposé tacitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour, peut demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

5. Enfin, aux termes de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ". Selon l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 122-3 () indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé le 21 janvier 2022 auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis une demande de titre de séjour. En vertu des dispositions précitées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet est née le 21 mai 2023. M. B a sollicité du préfet, par un courrier reçu le 27 septembre 2024, la communication des motifs de cette décision. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B se serait vu adresser un accusé de réception de la demande de titre de séjour comportant la mention des voies et délais de recours ouverts contre la décision implicite attaquée. Ainsi, le délai de recours contentieux mentionné à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas couru, de sorte que la demande de communication des motifs formée par l'intéressé n'était pas tardive. Il s'ensuit que la requête, enregistrée le 27 septembre 2024, n'est pas tardive.

Sur les conclusions de la requête :

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les motifs de la décision en litige ont été communiqués à M. B dans le délai d'un mois prévu par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la décision qui lui a été opposée refusant de lui délivrer un titre de séjour est, en l'absence de communication de ses motifs, entachée d'illégalité et à en demander l'annulation.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant implicitement de délivrer un titre de séjour à M. B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre à M. B le titre de séjour sollicité. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour sans qu'il y ait lieu, s'agissant d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, de l'assortir d'une autorisation de travail. Il n'y a pas lieu non plus d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à M. B d'une somme de 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant implicitement à M. B la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B dans le délai de quatre mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. B une somme de 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Israël, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- M. Dumas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

Le rapporteur,

M. Marias

Le président,

M. IsraëlLa greffière,

Mme A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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