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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2414334

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2414334

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2414334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé, a annulé l'arrêté du 5 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis avait obligé M. B, ressortissant algérien, à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de douze mois. La décision préfectorale a été jugée entachée d’une erreur de fait et d’un défaut d’examen sérieux, car elle affirmait à tort que l’intéressé n’avait effectué aucune démarche administrative, alors qu’il avait déposé une demande d’admission exceptionnelle au séjour le 11 juillet 2024. Le tribunal a ainsi censuré la décision pour erreur manifeste d’appréciation, sans se prononcer sur les autres moyens soulevés. La solution s’appuie sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 octobre 2024 et le 21 octobre 2024, M. A B représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, l'a interdit de retour pour une durée de douze mois et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que les décisions litigieuses :

- sont entachées d'incompétence ;

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- sont entachées d'une erreur de droit ;

- méconnaissent l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaissent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le préfet de la

Seine-Saint-Denis, représenté par le cabinet centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Morisset, première conseillère, en application des dispositions de l'article R. 776-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Morisset ;

- et les observations de Me Belaref substituant Me Giudicelli-Jahn, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre que s'il a été reçu en audition libre par les services de police, il ne s'agit pas de mesures coercitives, et que la décision qui se fonde sur le risque pour l'ordre public alors que le trouble public n'est pas établi, est illégale ; la décision du préfet est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car son affaire a été classée sans suite, il n' a jamais fait l'objet de condamnation judiciaire, que le préfet qui savait que M. B avait déposé une demande de régularisation sur laquelle il n'était pas encore statué a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a avait déposé une demande le 11 juillet 2024 dont il justifie ; qu'aucune décision de refus implicite n'était née, et que le préfet n'a pas examiné sérieusement sa situation .

- M. B, qui indique qu'il est marié religieusement avec sa femme, de nationalité française, qu'il ne vit avec sa compagne que depuis deux semaines, et que ces faits sont relatés dans le procès-verbal d'audition produit à l'instance par le préfet.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né en 1991 à Alger, est entré en France en 2020 selon ses déclarations. L'intéressé a été interpellé le 5 octobre 2024 lors d'un signalement de sa femme pour avoir voulu la contraindre à une relation sexuelle et a été placé le jour même en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par arrêté du 5 octobre 2024, le Préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de douze mois. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 5 octobre 2024.

2. En premier lieu, la décision querellée du 5 octobre 2024 du Préfet de la

Seine-Saint-Denis mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de M. B et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, cette décision édictée par le préfet de la Seine-Saint-Denis se fonde sur ce que " les vérifications effectuées sur les bases de données du fichier national des étrangers ne font apparaître aucun dossier sous l'identité de Monsieur B A né le 16 octobre 1991 à Alger ; qu'ainsi il convient de considérer que ce dernier n'a effectué aucune démarche administrative et n'a donc pas démontré la volonté de régulariser sa situation au regard du droit au séjour ".

3. Il ressort au contraire des pièces du dossier que M. A B a déposé le 11 juillet 2024 une demande d'admission exceptionnelle au séjour par l'intermédiaire de son conseil dont il a produit l'attestation de dépôt et que cette demande a été déposée auprès du bureau des étrangers de la sous-préfecture du Raincy, en Seine-Saint-Denis, cette circonstance n'étant pas utilement contestée par le préfet en défense. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. B.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 octobre 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, l'a interdit de retour pour une durée de douze mois et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

6. Eu égard au motif du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de la Seine-Saint-Denis ou tout autre préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. B et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, l'a interdit de retour pour une durée de douze mois et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. B une somme de 800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La magistrate désignée,

A. MORISSET

La greffière,

C. LE BER

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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