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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2414445

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2414445

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2414445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantSILVA MACHADO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2413522 du 2 octobre 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis la requête de M. A, enregistrée le 19 septembre 2024, au tribunal administratif de Montreuil territorialement compétent.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 septembre 2024 et le 17 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Silva Machado, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de circulation pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

M. A soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ;

- elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'est pas une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de circulation pendant une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le Préfet des Hauts-de-Seine, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Morisset, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Morisset

- et les observations de Me Silva Machado, représentant M. A non présent en raison de l'exécution de son éloignement, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que M. A a fait l'objet d'un éloignement le 5 octobre 2024, ce dernier ayant a d'abord été placé en centre de rétention à Nanterre, et ayant fait un recours devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. A avait déjà fait l'objet d'une prolongation de rétention mais a été éloigné à destination de l'Italie le 5 octobre, M. A a toujours été pizzaiolo, il a beaucoup parcouru la France, tous les justificatifs sont à son domicile, personne ne peut y accéder. Il fait également valoir que M. A a un emploi, que son éloignement est illégal il n'a pas eu droit à un recours effectif, ayant été reconduit avant même que le juge ne statue, les ressortissants européens n'ont pas besoin d'un titre de séjour, en matière d'éloignement de ces ressortissants. Il soutient en outre s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français que le législateur a décidé qu'en cas de menace à l'ordre public par des ressortissants européens, il est nécessaire que " leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société " ; si le procès-verbal de placement de M. A ainsi que son " FAED " on était produits, ce n'est pas le cas du PV d'interpellation, ni du procès-verbal de fin de garde à vue, le préfet n'ayant presque rien produit, en l'espèce, il ne porte pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, les faits pour lesquels il aurait été interpellé ne sont pas des violences volontaires avec armes, et il n'a menacé personne avec son couteau, il a contesté les faits dans le cadre de l'audition, si les faits n'ont pas donné lieu à des poursuites, il a même voulu déposer plainte pour les faits dont il se dit victime, il y a eu une soirée entre collègues, le patron a-t-il confirmé la version de M. A, à la lecture de l'audition, il n'y a pas eu de poursuites contre M. A. Il soutient en ce qui concerne le délai de départ volontaire que M. A est un ressortissant européen, et que le délai de départ volontaire ne peut être refusé que lorsque le ressortissant apparaît comme une menace fondamentale ce qui n'est pas le cas en l'espèce, en principe le délai de départ volontaire est de trente jours et que ce délai n'est dérogeable que s'il y a une urgence fondamentale alors qu'en l'espèce le préfet ne démontre d'aucune urgence, pas plus qu'il n'y a de risque de réitération du comportement de M.A, si le préfet a refusé le délai de départ volontaire, il l'a fondé sur la circonstance de ce que M. A aurait été interpellé à plusieurs reprises alors que ce n'est pas le cas tel que cela ressort de la pièce n°3 ; M. A est inconnu des services de police, il n'a rien fait, la garde à vue n'a donné lieu à aucune poursuite. Il soutient en ce qui concerne l'interdiction de circulation que toutes ses affaires sont restées en France, ainsi que sa voiture

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant italien, né le 6 septembre 1986, est entré en France en 2019 selon ses déclarations. L'intéressé a été interpelé pour des faits de violences volontaires réciproques en état d'ivresse et port d'armes de catégorie D, a été placé le jour même en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par arrêté du 17 septembre 2024, le Préfet des Hauts-de-Seine a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions contenues dans cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. ()". En application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne autre que la France sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

3. Pour prononcer la décision en litige, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a relevé que M. A avait été interpellé à plusieurs reprises pour des faits de violences volontaires réciproques en état d'ivresse et port d'arme de catégorie D.

4. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A n'a fait l'objet que d'une interpellation le 17 septembre 2024 alors qu'il était alcoolisé, qu'il s'était disputé avec son collègue, et qu'il portait sur lui un couteau de catégorie D. Dans ces conditions, le caractère répété des interpellations retenu par le préfet n'est pas établi, pas plus qu'une menace réelle, et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. M. A exerce la profession de pizzaiolo à raison d'un contrat à durée indéterminée avec la société Koraci et Dalloshi du 26 avril 2024 et de la production de ses bulletins depuis lors. Dès lors, c'est à bon droit que le requérant soutient que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'erreur de fait et a méconnu les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 17 septembre 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : L'État (le préfet des Hauts-de-Seine ) versera à M. A une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine .

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La magistrate désignée,

A. MORISSET

La greffière,

C. LE BER

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout autre préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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