vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2414709 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Pôle Urgences (J.U) |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 octobre 2024, M. B A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de lui accorder un délai de départ volontaire pour quitter le territoire.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;
- les mesures contenues dans cet arrêté portent une " atteinte lourde aux principes fondamentaux sur les libertés individuelles " et méconnaît notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué est irrégulier en ce qu'il se fonde sur une décision d'éloignement dont il n'avait pas connaissance ;
- l'interdiction de se déplacer hors du département sans autorisation du préfet ne lui permet pas de préparer son retour en Algérie.
La requête a été communiqué au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais qui a néanmoins produit des pièces, qui ont été enregistrées le 17 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Van Maele, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024 :
- le rapport de Mme Van Maele ;
- les observations de Me Khan, pour le préfet de la Seine-Saint-Denis.
M. A n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 28 mai 1986, entré en France le 4 septembre 2021 selon ses déclarations, a fait l'objet, le 19 juin 2024, d'une obligation de quitter le territoire français prise par la préfète du Val-de-Marne, qu'il n'a pas contesté. Par un arrêté du 5 octobre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, dans l'attente de l'exécution de cette décision d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 6 mai suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à Amélie Pauleau, cheffe du bureau de l'éloignement, signataire de la décision d'assignation à résidence litigieuse, délégation à l'effet de signer une telle décision en cas d'absence ou d'empêchement de personnes dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date à laquelle la décision attaquée a été prise. Par suite, et sans qu'il soit besoin que le préfet produise un justificatif de cette délégation qui est régulièrement publiée, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les moyens tirés par M. A de ce que la décision en litige porte une " atteinte lourde aux principes fondamentaux sur les libertés individuelles " et " méconnaît notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " ne sont assortis d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre le 19 juin 2024 par le préfet du Val-de-Marne. Si M. A soutient qu'il n'avait pas connaissance de cet arrêté, cette circonstance, même à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Par suite, M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'absence de notification de l'obligation de quitter le territoire, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence.
5. En dernier lieu, aux termes l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, qui est de s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
6. L'arrêté attaqué fait obligation au requérant de résider à son domicile, de se présenter une fois par jour, y compris les week-ends et jours fériés, à 10h, au commissariat des Lilas, et lui fait interdiction de sortir du territoire du département de la Seine-saint-Denis sans autorisation préalable du préfet. Cette mesure d'assignation vise à assurer l'exécution de la mesure d'éloignement dès lors que les conditions seront réunies. En se bornant à soutenir sans plus de précision que ces mesures ne lui permettent pas de " faire le nécessaire pour préparer son retour " et de " récupérer son investissement en France ", le requérant ne démontre pas que cette obligation d'assignation à résidence et les modalités d'application mises en œuvre pour en assurer le respect seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Les mesures prononcées par l'arrêté litigieux apparaissent ainsi nécessaires et adaptées et ne présentent pas un caractère disproportionné au regard de l'objectif poursuivi par la mesure ni une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 5 octobre 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. En dehors des hypothèses prévues par les articles L. 911-1 à L. 911-4 du code de justice administrative, il n'appartient au juge administratif ni d'adresser des injonctions à l'administration ni de faire lui-même œuvre d'administrateur en se substituant à celle-ci.
9. M. A, qui ne sollicite pas l'annulation de l'arrêté du 19 juin 2024 prise à son encontre par le préfet du Val-de-Marne, saisit le tribunal d'une demande tendant à ce qu'il lui soit accordé un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français. Or, en vertu des principes rappelés au point précédent, il n'appartient pas au juge administratif de connaître de telles conclusions qui constituent des conclusions tendant à ce qu'il fasse œuvre d'administrateur. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent en tout état de cause être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La magistrate désignée,
S. Van Maele La greffière,
T. Egata
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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