Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I) Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, Mme E... G... A..., représentée par Me Menage, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans ;
2° ) d’enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » , ou, à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l’attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
elle a été prise par une autorité incompétente ;
elle n’est pas motivée ;
elle méconnaît l’article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ainsi que son droit à être entendue ;
la commission du titre de séjour n’a pas été saisie ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
elle a été prise en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
elle est insuffisamment motivée ;
elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :
elle n’est pas motivée ;
elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle est disproportionnée ;
elle est entachée d’erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 31 mars 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 22 avril suivant.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu’aucun des moyens invoqués par la requérante n’est fondé.
II) Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 25 octobre 2024, 12 novembre et 21 décembre 2024, M. F... G... A..., représenté par Me Menage, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans ;
2° ) d’enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » , ou, à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l’attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
elle a été prise par une autorité incompétente ;
elle n’est pas motivée ;
elle méconnaît l’article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ainsi que son droit à être entendu ;
elle est entachée d’un vice de procédure au regard des dispositions de l’article 40-29, I du code de procédure pénale ;
la commission du titre de séjour n’a pas été saisie ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
il ne représente pas une menace pour l’ordre public ;
elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
elle a été prise en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
elle est insuffisamment motivée ;
elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :
elle n’est pas motivée ;
elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle est disproportionnée ;
elle est entachée d’erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 1er avril 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 22 avril suivant.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu’aucun des moyens invoqués par le requérante n’est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. L’hôte, rapporteur ;
et les observations de Mme et M. G... A....
Considérant ce qui suit :
Mme et M. G... A..., ressortissants indiens nés respectivement le 6 janvier 1973 et le 18 mars 1972, ont sollicité respectivement le 6 septembre 2022 et le 28 juin 2023, leur admission exceptionnelle au séjour. Par deux arrêtés en date du 20 septembre 2024, dont les requérants demandent l’annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis leur a refusé la délivrance des titres de séjour sollicités, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans chacun.
Sur la jonction des requêtes :
Les requêtes susvisées, qui concernent deux ressortissants étrangers mariés, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a, dès lors, lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
II.A- En ce qui concerne les décisions de refus de séjour :
En premier lieu, par un arrêté n° 2023-2662 du 11 septembre 2023, régulièrement publié, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme C... D..., sous-préfète du Raincy, à l’effet de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire des décisions en litige, qui manque en fait, doit être écarté.
En deuxième lieu, les décisions attaquées, après avoir visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 435-1, mentionnent que les requérants demandent leur admission exceptionnelle au séjour, qu’aucun obstacle ne s’oppose à ce qu’ils poursuivent ensemble leur vie privée et familiale dans leur pays d’origine où demeurent leurs trois enfants majeurs et que si M. G... A... présente une promesse d’embauche, il ne justifie pas d’une intégration professionnelle d’une intensité et d’une qualité telle qu’il puisse prétendre à une admission exceptionnelle au séjour, enfin qu’il représente une menace pour l’ordre publique dès lors qu’il a été condamné le 11 mars 2022 à un an d’emprisonnement avec sursis pour aide à l’entrée, à la circulation ou au séjours irrégulier d’étrangers. Ces décisions comportent ainsi l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont, par suite, suffisamment motivées.
En troisième lieu, si l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, invoqué par Mme et M. G... A..., ne concerne pas les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l’Union, le droit d’être entendu, également invoqué par les requérants, fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union. Toutefois, lorsqu’il sollicite la délivrance ou le renouvellement d’un titre de séjour, l’étranger appelé à préciser les motifs qui, selon lui, sont susceptibles de justifier que lui soit accordé un droit au séjour en France doit produire, à l’appui de sa demande, tous éléments susceptibles de venir à son soutien. Il lui est également possible, lors du dépôt de cette demande, lequel doit, en principe, faire l’objet d’une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d’apporter toutes les précisions qu’il juge utiles à l’agent de préfecture chargé d’enregistrer sa demande. Enfin, il lui est loisible, tant que sa demande est en cours d’instruction, de faire valoir des observations écrites complémentaires, au besoin en faisant état de nouveaux éléments, ou de solliciter, auprès de l’autorité préfectorale, un entretien afin d’apporter oralement les précisions et compléments qu’il juge utiles. Dans ces conditions, Mme et M. G... A... ont été mis à même, pendant la procédure d’instruction de leurs demandes de titre de séjour, de présenter, s’ils l’estimaient utile, tous éléments d’information ou arguments de nature à influer sur le contenu de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu doit, en tout état de cause, être écarté comme manquant en fait.
En quatrième lieu, dès lors que les dispositions de l’article 40-29 du code de procédure pénale prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l’enquête conduite par l’administration dans le cadre de ses pouvoirs de police administrative, préalablement à la délivrance ou au refus de délivrance d’un titre de séjour, les circonstances, à les supposer établies, que l’agent ayant procédé à cette consultation n’aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin et que l’autorité administrative n’aurait pas préalablement saisi les services du procureur de la République compétents ou les services de police ou de gendarmerie pour complément d’informations, si elles sont susceptibles de donner lieu aux procédures de contrôle de l’accès à ces traitements, ne sont pas, par elles-mêmes, de nature à entacher d’illégalité la décision prise. Par conséquent, le moyen soulevé par M. G... A... doit être écarté.
En cinquième lieu, si Mme et M. G... A... soutiennent que les décisions attaquées sont entachées d’un vice de procédure au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la commission du titre de séjour n’a pas été saisie alors qu’ils justifient tous deux d’une présence habituelle et continue de plus de dix années en France, il ressort des pièces du dossier, notamment des procès-verbaux de la séance du 21 mai 2024, au demeurant signés par les intéressés, que la commission du titre de séjour a été saisie dans les deux cas. Il s’ensuit que le moyen doit être écarté comme manquant en fait.
En sixième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la lecture des décisions attaquées, lesquelles comportent des éléments précis sur la situation des requérants, qu’elles seraient entachées d’un défaut d’examen de leur situation personnelle.
En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. G... A... a fait l’objet le 11 mars 2022 d’une condamnation par le tribunal correctionnel de Créteil à un an d’emprisonnement avec sursis pour des faits d’aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d’étrangers commis entre le 1er janvier 2016 et le 15 septembre 2017. Dans ces conditions, eu égard au caractère répété des faits et en dépit de leur caractère ancien, ainsi qu’à la nature de la condamnation, l’intéressé n’est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d’erreur d’appréciation en considérant que sa présence en France constitue une menace à l’ordre public.
En huitième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».
Ces dispositions permettent la délivrance d’une part, de la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » et, d’autre part, de la carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire ». En présence d’une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l’article L. 435-1, par un étranger qui n’est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présente pas une menace pour l’ordre public, il appartient à l’autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l’admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d’une carte portant la mention « vie privée et familiale » répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s’il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire ». Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d’une promesse d’embauche ou d’un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des « motifs exceptionnels » exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l’autorité administrative, sous le contrôle du juge, d’examiner, notamment, si la qualification, l’expérience et les diplômes de l’étranger ainsi que les caractéristiques de l’emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l’étranger fait état à l’appui de sa demande, tel que par exemple, l’ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l’espèce, des motifs exceptionnels d’admission au séjour.
D’une part, s’agissant de leur situation privée et familiale, Mme et M. G... A... font valoir qu’ils résident de façon habituelle et continue sur le territoire français depuis 2008, que Mme G... A... souffre d’hypertension artérielle, est suivie pour une insuffisance rénale chronique de stade terminal pour laquelle elle est inscrite sur la liste nationale de transplantation rénale depuis 2023. Toutefois les requérants ont fait tous les deux l’objet d’un refus de titre de séjour assorti d’une obligation de quitter le territoire français, respectivement le 22 décembre 2020 pour M. G... A... et le 7 janvier 2021 pour son épouse. Les deux arrêtés ont été confirmés par des jugements du tribunal administratif de Montreuil en date du 30 novembre 2021, devenus définitifs faute d’appel et les requérants se sont par conséquent soustraits aux mesures d’éloignement prononcées à leur encontre. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que leurs trois enfants sont majeurs, l’un résidant en Inde et les deux autres résidant en Pologne. Enfin, s’agissant des pathologies dont souffre Mme G... A..., laquelle n’a pas au demeurant déposé de demande en tant qu’étranger malade, aucun des certificats médicaux qu’elle produit ne mentionne que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qu’eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle ne pourrait pas y bénéficier effectivement d’un traitement approprié. Au surplus, il ressort d’un certificat médical en date du 7 mars 2023 que sa mère vivant en Inde est candidate pour un don vivant apparenté. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’en refusant leur admission exceptionnelle au titre de leur vie privée et familiale, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché ses décisions d’erreur manifeste d'appréciation.
D’autre part, s’agissant de sa situation professionnelle, M. G... A... se borne à faire valoir qu’il est titulaire d’une promesse d’embauche. Dès lors, en refusant de régulariser la situation administrative du requérant au titre de l'admission exceptionnelle au séjour par le travail, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas davantage entaché sa décision d’erreur manifeste d'appréciation.
En neuvième et dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».
A l’appui de leurs moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales les requérants font valoir les mêmes arguments que ceux exposés au soutien de leurs moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, pour les mêmes raisons qu’exposées au point 12, les décisions contestées n’ont pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Elles n’ont donc pas méconnu les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
II.B- En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, les obligations de quitter le territoire français ayant été prononcées suite à un refus de délivrance de titre de séjour, elles n’avaient pas à faire l’objet d’une motivation distincte de celle des décisions relatives au séjour, lesquelles comportent l’énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent et sont suffisamment motivées. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation doiventt être écartés.
En deuxième lieu, les décisions attaquées ne révèlent pas que le préfet se serait abstenu de se livrer à un examen de la situation particulière des requérants.
En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens soulevés à l’encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et tirés, par voie d’exception, de l’illégalité des décisions de refus de titre de séjour, ne peuvent qu’être écartés.
En quatrième lieu, le moyen tiré par un ressortissant étranger de la violation des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l’encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français qui ne fixe pas le pays de destination.
En cinquième et dernier lieu, pour les motifs exposés ci-dessus, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les mesures d’éloignement prises à leur encontre seraient entachées d’erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle.
II. C- En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
Il résulte de ce qui précède que les moyens soulevés à l’encontre des décisions fixant le pays de destination et tirés, par voie d’exception, de l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, ne peuvent qu’être écartés.
II.D-En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :
Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en va de même pour l’édiction et la durée de l’interdiction de retour mentionnée à l’article L. 612-8 (…) ».
En premier lieu, il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d’interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
Les arrêtés attaqués, qui visent les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, mentionnent des éléments de faits relatifs à la durée de présence des requérants sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de leurs liens avec la France. Ils précisent également que les intéressés se sont déjà soustraits à l’exécution d’une mesure d’éloignement, enfin que M. G... A... représente une menace pour l’ordre public. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation doivent être écartés.
En deuxième lieu, les décisions attaquées ne révèlent pas que le préfet se serait abstenu de se livrer à un examen de la situation particulière des requérants.
En troisième lieu, pour les motifs exposés ci-dessus, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision fixant l’interdiction de retour sur le territoire français aurait méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En quatrième et dernier lieu, eu égard à la situation personnelle et familiale des requérants telle qu’exposée ci-dessus, à la circonstance qu’ils se sont déjà soustraits à une précédente mesure d’éloignement et à celle que M. G... A... représente une menace pour l’ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’en prononçant à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans chacun, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris des décisions disproportionnées et entachées d’erreur d’appréciation au regard des critères posés par l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, voire, en admettant que les requérants aient entendu se prévaloir de circonstances étrangères à ces critères, d’erreur manifeste d'appréciation.
Il résulte de tout ce qui précède que Mme et M. G... A... ne sont pas fondés à demander l’annulation des arrêtés en date du 20 septembre 2024, par lesquels le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés, enfin a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans chacun.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. ». Aux termes de son article L. 911-2 : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ». Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : « Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l’injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d’une astreinte qu’elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d’effet. ».
Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d’annulation, n’implique aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige:
Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation. ».
Les dispositions précitées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative s’opposent à ce qu’il soit mis à la charge de l’État, qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, le remboursement aux requérants des frais liés au litige. Les conclusions susvisées doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme G... A... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E... G... A..., à M. F... G... A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l’audience du 13 juin 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Romnicianu, président,
- M. L’hôte, premier conseiller,
- Mme Boucetta, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2025.
Le rapporteur,Le président,F. L’hôteM. RomnicianuLe greffier,Y. El Mamouni
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.