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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2416580

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2416580

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2416580
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantMAÎTRE EVA HAYOUN

Résumé IA

Sujet principal : Recours contre l'invalidation d'un permis de conduire pour solde de points nul et demande de reconstitution du capital points. Juridiction : Tribunal Administratif de Montreuil (10ème Chambre). Solution retenue : Le tribunal examine la recevabilité du recours, en soulignant que le délai de recours n'est opposable que si la décision d'invalidation a été régulièrement notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception, conformément à l'article R. 223-3 du code de la route. La charge de la preuve d'une notification régulière incombe à l'administration. Textes appliqués : Articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative (délais de recours) et article R. 223-3 du code de la route (notification de l'invalidation du permis).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2430417/3-1 du 20 novembre 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente de la 3ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme B... A....

Par cette requête, enregistrée le 8 novembre 2024 au greffe du tribunal administratif de Paris, Mme B... A..., représenté par Me Hayoun, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision référencée 48SI du 9 mars 2012 par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté l’invalidité de son permis de conduire en raison d’un solde de points nul et lui a interdit de conduire, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de reconstituer le capital de points du permis de conduire dans le délai d’un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- le délai de recours ne lui est pas opposable de sorte que la requête est recevable ;
- elle n’a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion du retrait de points à la suite de l'infraction commise le du 29 mai 2011 ;
- elle a droit à la reconstitution du capital de points de son permis de conduire dès lors qu’elle n’a pas commis d’infraction du 26 juin 2019 au 26 juin 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif a désigné Mme Syndique pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Syndique, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.





Considérant ce qui suit :

1. Mme A... demande au tribunal d’annuler la décision référencée la décision référencée 48SI du 9 mars 2012 par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté l’invalidité de son permis de conduire en raison d’un solde de points nul et lui a interdit de conduire, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur :

2. D'une part, aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. (...) ». Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ». Pour l’application de ces dispositions, les décisions référencées 48SI, constatant la perte de validité du permis de conduire pour solde de points nul, doivent être regardées, sauf preuve contraire, comme conformes au modèle qui sert de base à leur édition automatisée par l’Imprimerie nationale, lequel comporte la mention des voies et délais de recours.

3. D'autre part, aux termes de l’article R. 223-3 du code de la route : « (...) Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception. (...) ». Il résulte de ces dispositions que les décisions constatant l’invalidité du permis de conduire pour solde de points nul doivent être notifiées au titulaire du permis de conduire par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. En cas de contestation sur ce point, il incombe à l’administration d’établir qu’une telle notification a été régulièrement adressée au titulaire du permis de conduire et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l’adresse du destinataire. La preuve qui incombe ainsi à l’administration peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l’expéditeur conformément à la réglementation postale soit, à défaut, d’une attestation de l’administration postale ou d’autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d’un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d’une notification régulière le pli recommandé retourné à l’administration auquel est rattaché un volet « avis de réception » sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l’enveloppe ou l’avis de réception, l’indication du motif pour lequel il n’a pu être remis.

4. En l'espèce, il résulte des pièces produites par l’administration que la décision référencée 48SI en litige a été expédiée par l’administration par lettre recommandée avec accusé de réception n° 2C 040 482 7558 1 à une adresse au Blanc-Mesnil. Cette lettre a été retournée comme « Pli avisé et non réclamé » et porte la mention de la date de présentation, à savoir le 14 mars 2012. Toutefois, la requérante fait valoir qu’à cette date elle ne résidait plus à cette adresse mais à une autre adresse à Noisy-le-Sec. Elle produit à l’appui un courrier du 9 janvier 2003 relatif à l’attribution d’un logement à Noisy-le-Sec à compter du 16 janvier 2003, adressée à son adresse au Blanc-Mesnil. Elle produit également un avis d’amendes et condamnations pécuniaires en date du 7 janvier 2010 relatif à une infraction du 29 juillet 2009 et un avis d’opposition administrative du 5 juillet 2012 relatif à une infraction du 29 mai 2011, tous deux adressés à son adresse à Noisy-le-Sec, la date du premier avis étant antérieure à la date de présentation du pli de notification de la décision 48SI et la date du second lui étant postérieure. Au regard de l’ensemble des ces éléments et malgré la mention « Pli avisé et non réclamé » sur le pli adressé au Blanc-Mesnil, l’administration n’établit pas la notification régulière de la décision attaquée à la date du 14 mars 2012. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

5. Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. (…) ». Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.

6. Il résulte du relevé d’information intégral que l’infraction relevée par radar automatique le 29 mai 2011 a donné lieu à l’émission d’un titre exécutoire pour le recouvrement d’une amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur ne produit en défense aucune copie d’un document attestant du paiement spontané de cette amende ou copie de l’avis de contravention adressé à l’intéressée, de nature à établir que Mme A... aurait nécessairement reçu l’information prévue par les dispositions de l’article L. 223-3 du code de la route. Ce vice de procédure est de nature à entacher d'illégalité la décision contestée dès lors qu’en l'espèce, il a privé l’intéressée de la garantie d’information prévue par cet article, notamment en ce qui concerne la qualification de l’infraction constatée, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu. Il suit de là que la décision de retrait de point correspondant à l’infraction commise le 29 mai 2011 doit être regardée comme étant intervenue au terme d’une procédure irrégulière.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision 48SI en litige ainsi que de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur l’injonction :


8. L’exécution du présent jugement implique nécessairement que l’administration reconnaisse à Mme A... le bénéfice des points restant affectés à son permis de conduire. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au ministre de l’intérieur de restituer, à la date de la décision de retrait de points consécutive à l’infraction constatée le 29 mai 2011, dans le traitement automatisé mentionné à l’article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice des quatre points illégalement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l’intéressée, et, en reconstituant le cas échéant, en fonction des infractions portées dans le relevé d'information intégral à cette date, le capital de points de permis de conduire sur le fondement des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route.


Sur les frais de l’instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme réclamée par Mme A... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.




D E C I D E :



Article 1er : La décision du ministre de l’intérieur référencée 48SI du 9 mars 2012 et la décision de rejet du recours gracieux de Mme A... sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de restituer à Mme A..., dans le traitement automatisé mentionné à l’article L. 225-1 du code de la route, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice des quatre points relatifs à l’infraction du 29 mai 2011, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l’intéressée dans les conditions précisées au point 8 du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au ministre de l’intérieur.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2026.




La magistrate désignée,





N. Syndique
Le greffier,





S. Werkling




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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