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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2416821

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2416821

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2416821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantHASSAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 novembre 2024 et 6 janvier 2025 , Mme C A, représentée par Me Hassaïne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2024, par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) de rétablir rétroactivement dans leur droit sa famille concernant les conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à titre principal, à l'OFII de lui attribuer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui verser rétroactivement et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la situation de sa famille.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 744-6 et L. 744 7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît son droit à l'information.

Par un mémoire enregistré le 6 janvier 2025, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est assortie d'aucun moyen permettant au tribunal d'en apprécier la portée et le bien-fondé ; en tout état de cause, les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Israël, vice-président, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Israël ;

- les observations de Me Hassaïne, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en insistant toutefois sur la méconnaissance du droit à l'information régi par les articles L. 551-10 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante afghane, née le 26 décembre 1993, est entrée en France le 1er juillet 2024. Elle a déposé une demande d'asile le 18 novembre 2024. Par décision remise en main propre le même jour, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Bobigny lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les fins de non-recevoir opposées par le directeur général de l'OFII :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. () Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ". Aux termes de l'article R. 922-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le second alinéa de l'article R. 411-1 du code de justice administrative n'est pas applicable et l'expiration du délai de recours n'interdit pas au requérant de soulever des moyens nouveaux, quelle que soit la cause juridique à laquelle ils se rattachent. / () ".

3. L'OFII fait valoir que la requête de Mme A est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte l'exposé d'aucun moyen venant au soutien de ses conclusions à fin d'annulation. Toutefois, il est constant que les dispositions citées au point précédent, applicables à la procédure de juge unique prévue pour la contestation des décisions qui refusent totalement ou partiellement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au demandeur d'asile, permettent la régularisation de la requête par tous moyens nouveaux soulevés jusqu'à la clôture de l'instruction prononcée à l'issue de l'audience, ainsi que l'a fait Mme A dans son second mémoire enregistré le 6 janvier 2025, avant la clôture de cette instruction. Dans ces conditions, la première fin de non-recevoir opposée par l'OFII doit être écartée.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 555-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qui y mettent fin, totalement ou partiellement, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 ", et aux termes dudit article L. 921-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours ".

5. Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires, telles que les dispositions relatives à la contestation des élections politiques ou celles prévoyant des délais exprimés en heures ou expirant à un horaire qu'elles précisent, la date à prendre en considération pour apprécier si un recours contentieux adressé à une juridiction administrative par voie postale a été formé dans le délai de recours contentieux est celle de l'expédition du recours, le cachet de la poste faisant foi.

6. Le directeur général de l'OFII oppose la tardiveté aux conclusions à fin d'annulation de la décision refusant à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il est constant que l'intéressée a eu connaissance de cette décision le 18 novembre 2024, celle-ci comportant la mention des voies et délais de recours. La requête de Mme A ayant été expédiée le 22 novembre 2024, elle a bien été déposée dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A ne sont pas tardives et la seconde fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai [de quatre-vingt-dix jours] prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article () prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ". Et enfin aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

8. En l'espèce, Mme A soutient qu'elle n'a pas été informée des modalités de refus des conditions matérielles d'accueil comme l'exigent pourtant les dispositions précitées de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'OFII produit l'attestation de demande d'asile délivrée à la requérante le 18 novembre 2024, la fiche d'évaluation de vulnérabilité signée par cette dernière à cette même date, la notice d'information et la notification à se présenter au service d'accompagnement des demandeurs d'asile, il ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier que Mme A aurait été informée des conditions et des modalités de refus des conditions matérielles d'accueil, et notamment de la circonstance que le dépôt d'une demande d'asile quatre-vingt-dix jours après son entrée en France pouvait entraîner, sans motif légitime, une telle décision. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir qu'elle a été effectivement privée de la garantie que constitue une telle information, qui aurait pu la conduire à faire valoir, le cas échéant, tout motif justifiant du caractère tardif de sa demande d'asile au regard des dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 18 novembre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Bobigny lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique seulement que l'OFII procède à un nouvel examen de la situation de Mme A, laquelle doit être regardée comme étant désormais régulièrement informé de ce que le dépôt d'une demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France, sans motif légitime, pouvait entraîner un refus des conditions matérielles d'accueil. Il lui appartient donc, si elle s'y croit fondée, de faire valoir un tel motif auprès de l'OFII. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à l'OFII de procéder à un réexamen de la situation de Mme A, après l'avoir invitée à présenter ses observations, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Bobigny en date du 18 novembre 2024, portant refus d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le magistrat désigné,

M. Israël

La greffière,

Mme B

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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