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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2417135

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2417135

vendredi 11 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2417135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGEISSMANN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné la requête de Mme A, auxiliaire de puériculture, contestant sa radiation des cadres prononcée le 8 octobre 2024 par le directeur du centre hospitalier de Saint-Denis pour avoir exercé une activité salariée non autorisée durant un congé maladie. Le tribunal a jugé que, bien que les faits constituent une faute disciplinaire, la sanction de révocation était disproportionnée au regard du faible nombre de missions d'intérim (environ 60 heures), du montant modeste des revenus perçus (665,95 euros), et de l'absence de réitération des faits depuis novembre 2023. En application des articles L. 532-5, L. 533-1, L. 121-3 et L. 123-1 du code général de la fonction publique, la décision de radiation des cadres a été annulée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 29 novembre 2024 et 27 mars 2025, Mme B A, représentée par Me Geissmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Saint-Denis a prononcé sa radiation des cadres à compter du 1er novembre 2024 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Saint-Denis de la réintégrer dans ses effectifs ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Denis la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure dès lors que le conseil de discipline n'a pas été consulté préalablement à l'adoption de la sanction ;

- la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée à la faute commise ;

- le litige conserve un objet, l'ordonnance n° 2417188 du 19 décembre 2024 ayant un caractère provisoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2025, le centre hospitalier de Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que Mme A ayant été réintégrée à son poste à compter du 9 janvier 2025, ses demandes de suspension de la décision attaquée, de réintégration ainsi que celles relatives aux frais de procès sont caduques.

La clôture de l'instruction a été fixée au 25 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 89-922 du 7 novembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jimenez, présidente-rapporteure ;

- et les conclusions de M. Silvy, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, auxiliaire de puériculture titulaire au sein du centre hospitalier de Saint-Denis depuis le 12 octobre 2018, demande l'annulation de la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le directeur de ce centre hospitalier a prononcé à sa révocation à compter du 1er novembre 2024 au motif qu'elle avait exercé, sans y être autorisée par cet établissement, une activité salariée auprès d'un autre employeur alors qu'elle était placée en congé de maladie.

Sur l'étendue du litige :

2. La circonstance que Mme A ait été réintégrée à son poste à compter du 9 janvier 2025 en exécution de l'ordonnance n° 2417188 du 19 décembre 2024 du juge des référés du tribunal administration de Montreuil ne prive pas d'objet le présent litige. Par suite, et contrairement à ce que soutient le centre hospitalier de Saint-Denis, il y a lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique : " Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe de l'échelle des sanctions de l'article L. 533-1 ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire sans consultation préalable de l'organisme siégeant en conseil de discipline au sein duquel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ". Aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : () / 4° Quatrième groupe : / () b) La révocation. ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-3 du code général de la fonction publique : " L'agent public consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. " Aux termes de l'article L. 123-1 du même code : " L'agent public ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit sous réserve des dispositions des articles L. 123-2 à L. 123-8. () " Aux termes de l'article L. 123-7 du même code : " L'agent public peut être autorisé par l'autorité hiérarchique dont il relève à exercer une activité à titre accessoire, lucrative ou non, auprès d'une personne ou d'un organisme public ou privé. / Cette activité doit être compatible avec les fonctions confiées à l'agent public, ne pas affecter leur exercice et figurer sur la liste des activités susceptibles d'être exercées à titre accessoire. () "

5. Il ressort des pièces du dossier qu'alors qu'elle était recrutée en tant qu'aide-soignante auxiliaire de puériculture au centre hospitalier de Saint-Denis, Mme A a exercé une activité salariée non déclarée au sein d'un établissement privé en tant qu'employée polyvalente de restauration, à savoir quatre missions d'intérim entre les mois d'août et de novembre 2023, correspondant à une durée de travail d'environ soixante heures, alors qu'elle était placée en position de congé maladie depuis le 30 juillet 2022. Mme A, qui ne conteste pas la matérialité de ces faits, a ainsi commis une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire. Toutefois, compte tenu du faible nombre de missions d'intérim effectuées par Mme A, de la circonstance que depuis la dernière mission d'intérim effectuée en novembre 2023, soit un an avant la décision litigieuse, il n'est fait état d'aucune autre activité salariée, du faible montant de rémunération provenant de cette activité s'élevant à 665,95 euros et enfin, de son niveau de responsabilité, le directeur du centre hospitalier de Saint-Denis, en lui infligeant la sanction de radiation des cadres, soit une sanction du quatrième groupe, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Par suite, la décision du 8 octobre 2024 doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés par Mme A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution de la présente décision implique pour le directeur du centre hospitalier de Saint-Denis de réintégrer Mme A dans ses effectifs avec effet rétroactif au 1er novembre 2024, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Denis la somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 octobre 2024 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Saint-Denis a prononcé la radiation des cadres de Mme A à compter du 1er novembre 2024 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Saint-Denis de réintégrer Mme A dans ses effectifs à compter du 1er novembre 2024 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Saint-Denis versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

Mme Biscarel, première conseillère,

Mme Chaillou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2025.

La présidente-rapporteure,

J. Jimenez L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

B. Biscarel

La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2417135

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