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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2501726

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2501726

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2501726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGROUPEMENT TOMASI-DUMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Boudjellal, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la

Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle est présumée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour ; qu'en outre, il ne peut plus poursuivre son activité professionnelle en l'absence de titre de séjour ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ; qu'il a entaché sa décision d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ; qu'il a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ; qu'il a méconnu l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, dès qu'il justifie de la régularité de son séjour depuis plus de dix ans.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2025, le préfet de la

Seine-Saint-Denis, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en l'absence de décision faisant grief, la demande du requérant étant toujours en cours d'instruction ;

- à titre subsidiaire, la condition d'urgence n'est pas remplie et que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme de Bouttemont, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 février 2025 à 10 h 30 :

- le rapport de Mme de Bouttemont, juge des référés ;

- les observations de Me Boudjellal, représentant le requérant, présent, qui fait valoir que ce dernier a sollicité le renouvellement de son titre de séjour dont il était bénéficiaire en qualité de " commerçant ", voire la délivrance d'une carte de séjour de dix ans ; qu'il exerce exerçant une activité de chauffeur sur la plate-forme Uber sous le régime autoentrepreneur ; qu'il justifie remplir les conditions prévues par l'article 7 c de l'accord franco-algérien pour le renouvellement de cette carte de séjour ;

- les observations de Me Floret, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 22 janvier 1973, a déclaré être entré sur le territoire français le 2 décembre 2010 et s'y maintenir depuis cette date. Il est titulaire, en dernier lieu, d'un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant ", valable du 9 mai 2022 au 8 mai 2023, dont il a sollicité le renouvellement. Il s'est vu remettre depuis le 16 mai 2023, dans l'attente de l'instruction de sa demande, un récépissé de renouvellement de titre de séjour régulièrement renouvelé, jusqu'au 23 avril 2025. Par une requête enregistrée le 31 janvier 2025, il demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet a rejeté la demande de renouvellement de son titre de séjour ainsi que celle tendant à la délivrance de plein droit d'une carte de résident.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La circonstance que M. B soit bénéficiaire d'un récépissé de renouvellement de titre de séjour valable du 24 janvier au 23 avril 2025 n'est pas de nature, dans les circonstances de l'espèce et eu égard au délai d'instruction de sa demande pendant plus d'un an et demie, à faire obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet de sa demande, le préfet ne faisant au demeurant pas état du caractère incomplet du dossier. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête en l'absence de décision faisant grief doit être écartée.

Sur la demande présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

5. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B demande la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet a refusé de lui renouveler son titre de séjour. Par suite, et en l'absence de circonstances particulières de nature à lever la présomption d'urgence, cette condition doit être regardée comme remplie.

6. D'autre part, le moyen tiré de ce que le préfet a méconnu les stipulations des articles 7 et 7 bis l'accord franco-algérien, en l'absence notamment de motif permettant légalement de fonder un refus de renouvellement, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B doit être suspendue.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B est bénéficiaire d'un récépissé de renouvellement de titre de séjour valable du 24 janvier au 23 avril 2025. Il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder, au plus tard avant l'expiration de ce dernier récépissé, au réexamen de la demande du requérant.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à l'annulation de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou tout autre préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de M. B dans les conditions prévues au point 8 de la présente ordonnance.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 18 février 2025.

La juge des référés,

M. de Bouttemont

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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