Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 février 2025 et 22 mai 2025, M. C... A..., représenté par Me Abassade, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 27 janvier 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou d’une durée d’un an dans le délai d’un mois et, dans l’attente, de lui délivrer un récépissé ;
3°) à défaut, d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d’un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d'appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l'article L. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 mai 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 11 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Syndique, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant marocain né le 1er mai 1986, est entré en France le 4 octobre 2010 selon ses déclarations. Il a sollicité le 20 décembre 2023 le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle, délivrée au titre de sa vie privée et familiale, valable du 9 octobre 2021 au 8 octobre 2023. Par un arrêté du 27 janvier 2025, dont M. A... demande l’annulation, le préfet de la Seine‑Saint‑Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs au décision attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-4687 du 16 décembre 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme B..., sous-préfète de Saint-Denis, signataire de l’arrêté attaqué, à l’effet de signer tous arrêtés, décisions, acte et correspondances en toutes matières se rapportant à l’administration de l’arrondissement à l’exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives à la situation et au séjour des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.
3. En second lieu, l’arrêté du 27 janvier 2025 énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décision attaquées. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.
Sur la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, en application de l'article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » d'une durée d'un an lorsque plusieurs conditions sont réunies. Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ». Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (...) ». Il résulte de ces dernières dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions de délivrance des titres prévus à ces articles auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.
5. D'une part, il est constant que M. A... n’est pas marié avec une ressortissante française de sorte qu’il ne saurait remplir les conditions de l'article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. D'autre part, si M. A... réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et s’il a conclu un PACS avec une ressortissante française de 2013 à 2022, laquelle atteste avoir gardé de bonnes relations avec lui, il est désormais marié avec une ressortissante marocaine qui vit au Maroc avec leur enfant né en 2023. S’il se prévaut d’une expérience professionnelle ininterrompue depuis 2015 dans le domaine de la boucherie, secteur en tension en Ile-de-France, il n’en justifie pas pour la période de juin 2017 à septembre 2023. Dans ces conditions, il ne remplit pas les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il en résulte que le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ».
7. Il ressort de l’arrêté du 27 janvier 2025 que la décision portant refus de séjour a été prise au motif que M. A... avait fait l’objet le 13 mars 2023 d’une condamnation à dix-huit mois d’emprisonnement pour violence avec usage ou menace d’une arme suivie d’incapacité supérieure à huit jours et qu’en conséquence sa présence en France constituait une menace pour l’ordre public. Eu égard à la gravité des faits, à leur caractère récent à la date de l’arrêté en litige et au quantum de la condamnation, et alors même que M. A... a bénéficié, après six mois d’incarcération, d’une mesure de détention à domicile sous surveillance électronique puis d’une mesure de réduction de peine de six mois, le préfet était fondé à refuser le renouvellement de son titre de séjour au motif que sa présence en France constituait une menace pour l’ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A... n’a pas déposé de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dès lors que le préfet, qui n’y était pas tenu, n’a pas examiné d’office sa demande sur le fondement de l’admission exceptionnelle au séjour, le requérant n’est pas fondé à invoquer la méconnaissance des dispositions de cet article.
9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision contestée a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, le préfet de la Seine-Saint-Denis n’a pas entaché la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences sur la situation personnelle de M. A....
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. (...) ».
13. M. A... soutient que le préfet aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Toutefois, eu égard aux éléments exposés aux points 5 et 7, le requérant ne justifie pas de motifs exceptionnels justifiant qu’un délai de délai de départ volontaire de plus de trente jours lui soit accordé. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
Mme Syndique, première conseillère,
M. Hégésippe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.
La rapporteure,
N. Syndique
La présidente,
A-S. Mach
Le greffier,
S. Werkling
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.