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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2504073

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2504073

mardi 20 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2504073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantKWAHOU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de Mme A, ressortissante bangladaise, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a estimé que l'information délivrée à la requérante était complète et que l'évaluation de sa vulnérabilité, réalisée lors d'un entretien, n'avait pas révélé d'éléments justifiant un réexamen. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 551-15 et L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la directive 2013/33/UE.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2025, et un mémoire complémentaire, présenté par Me Kwahou, enregistré le 7 mai 2025, Mme B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 3 mars 2025, par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé le refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative / et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'information reçue est incomplète ;

- elle dispose d'un moyen légitime justifiant le réexamen de sa demande d'asile ;

- l'évaluation de sa vulnérabilité est inexacte ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2025, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Hnatkiw en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hnatkiw

- les observations de Me Kwahou, représentant Mme A.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante bangladaise, a présenté le 27 février 2025 auprès du guichet unique des demandeurs d'asile de Bobigny, une demande de réexamen de sa demande d'asile. Pour ce motif, l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de la décision du 27 février 2025.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines". Enfin, aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".

5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des mentions portées sur le document relatif à l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil et de la fiche d'évaluation que la requérante a signés qu'elle a été informée des modalités de refus ou de cessation des conditions matérielles d'accueil, en bengali, langue dans laquelle s'est déroulé son entretien et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne la comprendrait pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été reçue par les services de l'OFII pour un entretien de vulnérabilité conduit le 27 février 2025. En l'espèce, si Mme A soutient qu'elle se trouve dans une situation d'extrême précarité, dépourvue d'hébergement alors qu'elle est mère isolée d'un enfant mineur, il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie à la suite de cet entretien qu'elle n'a pas mentionné, lors de cet entretien, de besoins particuliers ni fait état de problèmes de santé. Elle n'indique pas davantage avoir vainement fait appel aux dispositifs d'accueil prévus en droit interne et correspondant aux exigences de l'article 20-5 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013. Ainsi, la requérante ne peut être regardée comme justifiant d'une vulnérabilité que l'OFII n'aurait pas prise en considération. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce que le refus qui lui a été opposé est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur d'appréciation et de manière générale d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaîtrait le principe de dignité et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mai 2025

La magistrate désignée,

C. Hnatkiw

Le greffier,

S. Labart

La République mande et ordonne au Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2504073

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