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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2506368

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2506368

mercredi 11 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2506368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantFALLOURD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil rejette la requête en excès de pouvoir visant à annuler un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal écarte le moyen d'incompétence de l'autorité signataire, fondé sur une délégation régulière, et celui d'erreur manifeste d'appréciation, estimant que le requérant ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. La décision s'appuie sur les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui encadrent le refus de délai de départ volontaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2025, M. A... D..., représenté par Me Fallourd, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 19 mars 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l’octroi d’un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre, au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat les entiers dépens.

Il soutient que :
l’arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
il est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il présente des garanties de représentation.

Par un mémoire enregistré le 19 août 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.

La clôture de l’instruction a été fixée au 5 septembre 2025.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu, au cours de l’audience publique, le rapport de Mme C....

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. A... D... ressortissant tunisien né le 30 juin 1994 à Sfax (Tunisie), a fait l’objet d’un arrêté du 19 mars 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l’octroi d’un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d’un an. Par la présente requête, M. D... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En premier lieu, par un arrêté n° 2025-0534 du 6 février 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme B... E..., adjointe à la cheffe du bureau de l’éloignement, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers, en cas d’absence ou d’empêchement des autres délégataires, sans qu’il ne ressorte des pièces du dossier que ces derniers n’aient pas été absents ou empêchés lors de la signature de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté contesté doit être écarté.

En deuxième lieu, M. D... ne peut utilement soutenir, à l’appui de ses conclusions dirigées contre la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français, que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d’erreur manifeste d’appréciation au motif qu’il produit un document de voyage en cours de validité, ainsi qu’une attestation d’hébergement dès lors que le préfet de la Seine-Saint-Denis n’a entendu lui opposer les circonstances qu’il ne présente pas de garanties de représentation que pour refuser, en application des dispositions des articles L. 612-2 et L.612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, un délai de départ volontaire. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de son insertion professionnelle et produit à cet égard un contrat à durée indéterminé et deux bulletins de salaire pour une activité de menuisier exercée entre juin et juillet 2023 ainsi qu’une promesse d’embauche datée du 14 avril 2025, postérieure à la décision attaquée, pour une activité de livreur de pizza, ces éléments sont insuffisants pour le faire regarder comme ayant fixé le centre de ses activités privées et professionnelles en France. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation ne peut qu’être écarté.

En dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ».

Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (...) / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (…), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (…) ».

Pour refuser un délai de départ volontaire à M. D..., le préfet de la
Seine-Saint-Denis a relevé que l’intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité et qu’il ne présente pas de garanties de représentation dès lors qu’il est dépourvu d’un document de voyage en cours de validité et n’établit pas demeurer de manière stable et effective dans un local affecté à son habitation principale.

Si M. D... produit, dans le cadre de la présente instance, un document de voyage en cours de validité, il est cependant constant qu’il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité. Par ailleurs, le requérant ne démontre pas, par la seule attestation d’hébergement postérieure à la décision attaquée qu’il produit, qu’il résidait habituellement, à la date de la décision attaquée dans un local affecté à son habitation principale. Par suite, le moyen tirés de l’erreur d’appréciation au regard des dispositions citées aux points 4 et 5 ne peut qu’être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. D... doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées en application des dispositions de l’article R. 761-1 du code de justice administrative.
.
















D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... D... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 13 février 2026, à laquelle siégeaient :

-Mme Jimenez, présidente,
-Mme Van Maele, première conseillère,
-Mme C..., conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2026.


La rapporteure,

A. C...

La présidente,

J. Jimenez


La greffière,





P. Demol


La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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