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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2509433

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2509433

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2509433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant tunisien, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'autorité préfectorale avait correctement apprécié que l'atteinte à sa vie familiale, au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'était pas disproportionnée, compte tenu notamment de l'absence de preuve d'une insertion professionnelle stable et de la présence de sa famille en Tunisie. Les conclusions aux fins d'injonction et de réexamen ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mai 2025, M. B... A... demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 12 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) à titre principal, d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 4 novembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 4 décembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Syndique, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant tunisien né le 13 avril 1995, est entré en France le 6 avril 2019 sous couvert d’un visa de long séjour. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour au titre de la vie privée et familiale en qualité de parent d’enfant français le 27 mars 2023. Par un arrêté du 12 juillet 2024, le préfet de la Seine‑Saint‑Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A... demande l’annulation des décisions du 12 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ». Il appartient à l’autorité administrative qui envisage de refuser un titre de séjour ou de procéder à l’éloignement d’un ressortissant étranger en situation irrégulière d’apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu’à la nature et à l’ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l’atteinte que ces décisions porteraient à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles seraient prises.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A... est père d’un enfant français né le 4 août 2019 et qu’il est séparé de la mère depuis 2021. Le jugement de divorce du 11 septembre 2023 constate que l’autorité parentale est exercée en commun par les parents, fixe la part contributive à l’entretien et à l’éducation de l’enfant à la somme de 100 euros par mois, maintient la résidence de l’enfant chez la mère et dit, que sauf meilleur accord, le droit de visite et d’hébergement du père s’exercera les fins de semaine paire et la moitié des vacances scolaires. Toutefois, l’intéressé ne produit aucune pièce de nature à établir la réalité de sa contribution à l’entretien et à l’éducation de son fils. En outre, il résulte des mentions non contestées de l’arrêté litigieux que ses parents et sa fratrie résident en Tunisie, où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans. Par les éléments qu’il produit, à savoir un bulletin de salaire pour la période du 1er novembre au 14 novembre 2024 en tant que technicien support informatique, indiquant une entrée le 17 avril 2024, un certificat de travail en tant que technicien pour la période du 17 octobre 2022 au 5 octobre 2023 et deux bulletins de salaire pour les mois de septembre 2021 et août 2022, il ne justifie pas d’une insertion professionnelle stable et pérenne en France à la date de l’arrêté en litige. Par ailleurs, il ne conteste pas le motif d’ordre public opposé par le préfet pour refuser le renouvellement de son titre de séjour, tenant à une condamnation le 6 décembre 2021 à six mois d’emprisonnement avec sursis et obligation d’accomplir un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple pour des faits de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet ainsi que des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Dans ces conditions, la décision attaquée n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

4. Aux termes des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant du 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. En l’absence de tout élément probant sur la réalité de la contribution de M. A... à l’entretien et à l’éducation de son fils et sur les liens affectifs qu’il entretient avec lui, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Délibéré après l'audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,
Mme Syndique, première conseillère,
M. Hégésippe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.


La rapporteure,





N. Syndique


La présidente,





A-S. Mach
Le greffier,




S. Werkling



La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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