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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2513310

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2513310

lundi 9 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2513310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSAMBA

Résumé IA

Sujet principal : Demande d'injonction au préfet pour obtenir un rendez-vous en préfecture afin de déposer une demande de changement de statut de séjour (d'« étudiant » à « salarié »). Juridiction : Tribunal Administratif de Montreuil (juge des référés). Solution retenue : Le juge rejette la demande. Il estime que la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-3 du code de justice administrative n'est pas remplie, car la requérante n'apporte pas d'éléments précis sur l'atteinte concrète à sa situation personnelle et familiale justifiant une intervention urgente, ni sur un dysfonctionnement avéré de la plateforme en ligne. Textes appliqués : Article L. 521-3 du code de justice administrative (référé mesures utiles).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2025, Mme A... C... B..., représentée par Me Samba, doit être regardée comme demandant au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre, sous astreinte, au préfet de la convoquer à un rendez-vous afin qu’elle puisse déposer sa demande de changement de statut, en vue d’obtenir un titre de séjour portant la mention « salarié », dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle se trouve dans une situation précaire anormalement longue et risque de faire l’objet d’une mesure d’éloignement ;
- la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Toutain, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A... C... B..., ressortissante brésilienne née le 22 octobre 2001, était titulaire d’une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » et valable jusqu’au 9 mai 2025. Ayant vainement tenté, depuis lors, d’obtenir un rendez-vous afin de présenter sa demande de changement de statut, en vue d’obtenir un titre de séjour portant la mention « salarié », Mme B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de la convoquer à un rendez-vous en vue de déposer sa demande de changement du statut.

2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».

3. Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.

4. Eu égard aux conséquences qu’a sur la situation d’un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l’enregistrement de sa demande et au droit qu’il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l’autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l’enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu’après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d’être dit que si l’étranger établit n’avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l’occasion de plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.



6. Pour justifier du respect de la condition d’urgence prévue par les dispositions précitées de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, Mme B..., qui ne peut être regardée comme sollicitant le renouvellement de son titre de séjour compte tenu de sa demande de changement du statut, se borne à soutenir que l’absence prolongée d’enregistrement en préfecture de sa demande de changement de statut la place dans une situation précaire, que cette situation viole son droit élémentaire d’obtenir un rendez-vous afin de déposer son dossier de demande de changement de statut. Toutefois, la requérante n’apporte, à l’appui de ses allégations, aucune précision sur l’atteinte qui serait ainsi portée à sa situation personnelle et familiale. Par ailleurs, Mme B..., qui est employée en qualité d’esthéticienne conseillère dans un établissement à Paris depuis le 1er février 2025, n’apporte pas davantage d’éléments sur l’atteinte ainsi alléguée à sa situation professionnelle. Dans ces conditions, la requérante ne peut être regardée comme justifiant, ainsi qu’il lui incombe, de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d’obtenir rapidement un rendez-vous en préfecture. A défaut, la condition d’urgence ne peut donc être regardée comme étant remplie.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



O R D O N N E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B..., au ministre de l’intérieur et au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Fait à Montreuil, le 9 mars 2026.


Le juge des référés,





E. Toutain


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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