Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé, rejette la demande de suspension visant le refus implicite du recteur de l'académie de Créteil de mettre en œuvre une décision de la CDAPH octroyant un accompagnant individuel (AESH) à un enfant autiste. Le juge estime que la condition d'urgence, exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, n'est pas caractérisée, les requérants n'ayant pas démontré que l'absence de cet accompagnant individuel, depuis la nouvelle orientation de l'enfant en ULIS, portait une atteinte grave et immédiate à sa scolarité.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 décembre 2025, M. et Mme B..., agissant en qualité de représentants légaux de leur fils mineur A..., demande au juge des référés, statuant par application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le recteur de l’académie de Créteil a refusé de mettre en œuvre la décision du 28 janvier 2025 de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Seine-Saint-Denis, rappelant l’octroi à leur enfant d’un accompagnant d’élève en situation de handicap (AESH) individuel, pour une durée de trente heures par semaine ;
2°) d’enjoindre au recteur de l’académie de Créteil de lui accorder l’accompagnement sollicité, dans un délai de dix jours à compter de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que la condition d’urgence est remplie, dès lors que leur enfant a toujours bénéficié pour sa scolarité d’un accompagnant d’élève en situation de handicap (AESH) individuel et que le maintien de cette aide est indispensable, ainsi que l’indique les professionnels suivant l’enfant, pour lui permettre de poursuivre sa scolarité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme de Bouttemont, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce.
M. et Mme B... sont les parents du jeune A..., né le 9 janvier 2018, souffrant d’un trouble du spectre autistique. Par une décision en date du 9 février 2023, la commission départementale des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Seine-Saint-Denis a attribué à leur enfant une aide humaine individuelle, pour une durée de trente heures par semaine, pour la période du 1er octobre 2023 au 30 septembre 2026. A... a été scolarisé jusqu’à la grande section de maternelle à l’école Anne-Franck, bénéficiant d’une AESH individuelle. Par une nouvelle décision en date du 28 février 2025, la CDAPH de la Seine-Saint-Denis a orienté A... vers une unité localisée pour l’inclusion scolaire (ULIS), afin de lui permettre de bénéficier d’un soutien éducatif et pédagogique, adapté à ses besoins. Leur enfant a été ainsi scolarisé à compter du 1er septembre 2025 à l’école élémentaire Jules Ferry à Montreuil, en ULIS, avec un accompagnement d’une AESH collective pour une durée de six heures. M. et Mme B... demandent la suspension de la décision implicite par laquelle le recteur de l’académie de Créteil a rejeté leur demande tendant à la mise en place, pour l’année en cours, de l’accompagnement de leur enfant par une AESH individuelle, pour une durée de trente heures, tel que prévu par la décision de la CDAPH du 9 février 2023.
Pour justifier de l’existence d’une situation d’urgence, ils font valoir que leur enfant a toujours bénéficié durant ses années de scolarité, d’un accompagnant d’élève en situation de handicap (AESH) individuel d’une durée de trente heures et que le maintien de cette aide demeure indispensable, y compris en ULIS, pour lui permettre de poursuivre sa scolarité.
Toutefois, la décision du 28 février 2025 de la CDAPH décidant de l’orientation du jeune A... en ULIS précise « qu’un accompagnement humain individualisé a été notifié jusqu'en 2026 si besoin », du fait de l’entrée de l’enfant dans un nouveau dispositif de scolarisation, adapté à ses besoins. Les requérants n’apportent aucun élément postérieur au mois de novembre 2025 sur la situation scolaire et psychologique de leur enfant, désormais scolarisé depuis la rentrée en ULIS, en lien avec l’absence de l’AESH individuelle qu’ils invoquent, de nature à caractériser l’existence d’une situation d’urgence justifiant à bref délai la suspension de la décision contestée. Par suite, la condition d’urgence ne peut être regardée, en l’état de l’instruction, comme remplie.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative
.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme B....
Copie en sera adressée pour information au recteur de l’académie de Créteil.
Fait à Montreuil, le 16 mars 2026.
La juge des référés,
M. de Bouttemont
La République mande et ordonne à la ministre de l’éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.