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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2523318

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2523318

mercredi 25 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2523318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantBEN GADI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil (11ème Chambre) a rejeté la requête de M. C... visant à annuler un arrêté préfectoral prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français à 36 mois. Le tribunal a jugé que la décision était régulière, notamment en écartant les moyens tirés de l'incompétence du signataire, du défaut de motivation et de l'absence d'examen de la situation personnelle. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (articles L. 612-6 et suivants, L. 613-2, L. 321-2) et a prononcé l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2025, M. B... C..., représenté par Me Ben Gadi, demande au tribunal :

1°) de l’admettre à l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté en date du 15 décembre 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a augmenté de douze mois supplémentaires l’interdiction de retourner sur le territoire français prise à son encontre, la portant à trente-six mois ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d’effacer son signalement dans le fichier d’information Schengen,

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui-même en cas de rejet de l’aide juridictionnelle.

Il soutient :
- que le signataire est incompétent ;
- que cette décision est insuffisamment motivée ;
- que sa situation personnelle n’a pas été examinée ;
- que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu les stipulations de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.



Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2026, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Vu l’arrêté attaqué ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

- l’accord franco-algérien du 27 septembre 1968 ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- la loi du10 juillet 1991 ;

- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

- le code de justice administrative ;

Vu la décision de la présidente du tribunal désignant Mme Hnatkiw, en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience ;

A été entendu, au cours de l’audience publique du 9 mars 2026 :



- le rapport de Mme Hnatkiw ;


Considérant ce qui suit :

1. M. C..., ressortissant algérien, demande l’annulation de l’arrêté du 15 décembre 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a augmenté de douze mois supplémentaires l’interdiction de retourner sur le territoire français prise à son encontre, la portant à trente-six mois.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. Par un arrêté n° 2025-0534 du 6 février 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 93-2025-02-06 du 6 février 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D... E..., adjointe à la cheffe du bureau du séjour, signataire de l’arrêté litigieux, à l’effet de signer les décisions relatives au refus de délivrance d’un titre de séjour et les mesures d’éloignement pris dans le cadre des arrêtés portant refus de séjour assortis ou non d’une obligation de quitter le territoire. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision refusant la délivrance d’un titre de séjour manque en fait et doit être écarté.

4. L’arrêté du 19 janvier 2025 faisant interdiction à M. C... de retourner sur le territoire français vise le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, notamment les articles L. 612-6 et suivants dont il fait application. Il mentionne que M. C... a fait l'objet d’une obligation de quitter le territoire français prise le 4 août 2024 par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Cet arrêté précise aussi l’ancienneté du séjour en France de M. C..., son absence de liens avec la France et le fait qu’il s’est soustrait à la mesure d’éloignement du 4 août 2024. Ainsi, cet arrêté satisfait l’exigence de motivation posée par l’article L. 613-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n’aurait pas procédé à un examen de la situation de M. C... avant de lui faire interdiction de retourner sur le territoire français et de fixer à trente-six mois la durée de cette interdiction.

6. Aux termes de l’article L. 321-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'interdiction administrative du territoire fait l'objet d'une décision écrite rendue après une procédure non contradictoire ». Il résulte de ces dispositions que la mesure d’interdiction administrative du territoire prise par le ministre de l’intérieur n’a pas à être précédée d’une procédure contradictoire. M. C... ne peut donc utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. En sa qualité de ressortissant d’un Etat tiers à l’Union européenne, il ne peut pas non plus utilement invoquer à l’encontre de l’interdiction administrative du territoire prise à son encontre la méconnaissance du droit d’être entendu, principe général du droit de l’Union européenne et principe garanti par l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. En tout état de cause, le droit d’être entendu n’est pas absolu et peut comporter des restrictions répondant aux objectifs d’intérêt général poursuivis par la mesure en cause. Il résulte de ce qui précède que M. C... ne peut utilement soutenir qu’il a été privé de la possibilité de faire valoir ses arguments dans la phase précédant l’édiction de la mesure d’interdiction administrative du territoire.

7. Il ressort de ces dispositions que l’autorité compétente, en l’absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l’interdiction de retour qu’elle entend prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. La décision d’interdiction de retour doit, d’une part, comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d’autre part, attester de la prise en compte par l’autorité compétente, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l’autorité compétente qui prend une décision d’interdiction de retour d’indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l’étranger et de faire état des éléments de la situation de l’intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d’éloignement dont il a fait l’objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

8. Il ressort des termes de la décision litigieuse, qui vise l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énumère les différents critères prévus à l’article L.612-10, que le préfet de la Seine-Saint-Denis a examiné la situation personnelle du requérant au regard de l’ensemble desdits critères. Le préfet a ainsi indiqué que le requérant est célibataire et sans enfant à charge et allègue être entré sur le territoire en 2022 et s’est soustrait à une décision portant obligation de quitter le territoire prise à son encontre par le préfet de police de Paris le 4 août 2024. Son comportement trouble l’ordre public puisqu’il a été signalé pour détention frauduleuse en vue de la vente de tabac manufacturé, importation en contrebande. Le préfet s’est fondé sur ces éléments pour prolonger de douze mois l’interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l’encontre du requérant. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi. Enfin, le requérant n’apporte aucune pièce démontrant une circonstance humanitaire particulière. Par suite, les moyens tirés de l’erreur manifeste d’appréciation des dispositions précitées et de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C... ne peut être que rejetée en toutes ses conclusions.




D E C I D E :



Article 1er : M. C... est admis à l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2026.



La magistrate désignée,





Mme HnatkiwLa greffière,





Mme A...






La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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