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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2523608

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2523608

mercredi 18 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2523608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème Chambre(JU)
Avocat requérantPIQUOIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant srilankais, visant à annuler un arrêté préfectoral lui interdisant le territoire français pour douze mois. Le tribunal a jugé que le préfet de la Seine-Saint-Denis était compétent et que la décision était suffisamment motivée, ayant examiné la situation personnelle du requérant au regard des critères légaux. La solution s'appuie sur les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui encadrent l'édiction et la durée des interdictions de retour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :



Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2025, M. D... C..., représenté par Me Piquois, demande au tribunal :

1°) de l’admettre à l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté en date du 12 décembre 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à son encontre une interdiction de retourner sur le territoire français de douze mois ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient :
- que le signataire est incompétent ;
- que cette décision est insuffisamment motivée ;
- que sa situation personnelle n’a pas été examinée ;
- que le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;



Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2026, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Vu l’arrêté attaqué ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
la loi du10 juillet 1991 ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative ;

Vu la décision de la présidente du tribunal désignant Mme Hnatkiw, en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience ;

A été entendu, au cours de l’audience publique du 9 mars 2026 :

- le rapport de Mme Hnatkiw ;


Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant srilankais, demande l’annulation de l’arrêté du 12 décembre 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé une interdiction de retour de douze mois.

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Mme A... B..., adjointe à la cheffe du bureau de l’éloignement, ayant reçu délégation de signature par un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis n° 2025-3506 du 29 août 2025 régulièrement publié, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte doit être écarté comme manifestement infondé.

Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (…) ».

5. Il résulte de ces dispositions que, lorsque l’étranger n’a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à l’obligation de quitter le territoire, il appartient au préfet d’assortir sa décision d’une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l’article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et, le cas échéant, la menace pour l’ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

6. Contrairement à ce que prétend M. C..., il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse, qui vise l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énumère les différents critères prévus à l’article L.612-10, que le préfet de la Seine-Saint-Denis a examiné sa situation personnelle au regard de l’ensemble desdits critères. Le préfet a ensuite indiqué que M. C... a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire en date du 29 août 2024, prise par le préfet de police de Paris, à laquelle il s’est soustrait, que l’intéressé allègue être entré sur le territoire en août 2022 mais ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant constaté que l’intéressé est célibataire et déclare être père de deux enfants ans établir qu’ils seraient à sa charge. Le préfet s’est fondé sur ces éléments pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français de douze mois à l’encontre de M. C.... Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi et comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Les moyens tirés de l’insuffisante motivation de cette décision et d’un défaut d’examen préalable de la situation de M. C... doivent dès lors être écartés.

7. Pour prononcer une interdiction de retour de douze mois sur le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris en compte la date d’entrée en France de M. C..., son absence de liens intenses sur le territoire et la soustraction à une précédente mesure d’éloignement. Le requérant n’établit pas être dépourvu d’attaches familiales au Sri Lanka. De plus, il est constant qu’il s’est soustrait à une précédente mesure d’éloignement prise à son encontre le 29 août 2024. L’intéressé, qui n’établit pas l’existence de circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour, n’est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a pris en considération l’ensemble des critères mentionnés à l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur d’appréciation en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de douze mois, ni que cette mesure présenterait un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée en toutes ses conclusions.



D E C I D E



Article 1er : M. C... est admis à l’aide juridictionnelle provisoire. Article 2 : Le surplus de la requête de M. C... est rejeté.




Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2026.



La magistrate désignée,





C. HnatkiwLa greffière,





S. Mohamed Ali






La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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