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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2603749

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2603749

mercredi 25 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2603749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantWEISS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé, rejette la demande de suspension du refus de renouvellement d'une habilitation d'accès aux zones de sûreté aéroportuaire. Le juge estime que l'urgence n'est pas caractérisée et qu'aucun doute sérieux n'entache la légalité de la décision préfectorale, fondée sur des condamnations pénales de la requérante. La décision s'appuie sur les dispositions du code des transports relatives à la sécurité aéroportuaire et sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 février 2026 et 2 mars 2026, Mme C... B..., représentée par Me Weiss, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 17 novembre 2025 par laquelle le préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires de Paris a refusé le renouvellement de son habilitation d’accès aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires ;

2°) d’enjoindre au préfet délégué, de procéder au réexamen de sa demande d’habilitation et de lui accorder l’habilitation demandée ainsi que le badge correspondant, dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
la condition d’urgence est satisfaite dès lors que :
la décision contestée et l’absence d’habilitation depuis le 20 février 2026 ont pour effet de faire obstacle à la poursuite de son activité salariée en tant qu’hôtesse de l’air qui nécessite l’accès à l’enceinte de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, alors qu’elle y travaille depuis 1998, son employeur envisageant de suspendre ou de rompre son contrat de travail et non de la placer sur un nouveau poste « au sol » ;
cette situation conduira à des difficultés financières, alors qu’elle doit faire face à des charges importantes et qu’en tant que mère célibataire de deux enfants, elle ne peut compter que sur ses propres ressources pour subvenir aux besoins de son foyer, d’autant qu’elle ne reçoit aucune pension alimentaire ;
il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, dès lors que :
elle est entachée d’une insuffisance de motivation ;
elle est entachée d’une erreur d’appréciation en raison du caractère isolé des faits reprochés, de ce qu’elle ne peut être regardée comme ayant réitéré les mêmes faits que ceux mentionnés dans la précédente habilitation qui lui a été délivrée, de son comportement au cours de ses 25 ans de carrière et de l’absence du lien entre les exigences de son poste et les faits reprochés ;
elle est disproportionnée au regard des faits invoqués et des conséquences financières et professionnelles de la décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
l’urgence n’est pas établie, un intérêt public commandant au demeurant le maintien de l’exécution des décisions en litige ;
les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, en sollicitant une substituant de motifs dès lors que la décision litigieuse peut être fondée non seulement sur le fait de conduite d’un véhicule sous l’empire d’un état alcoolique, commis le 15 août 2025, mais également sur la mise en cause de la requérante, le 29 mars 2022, pour des faits de violence sans incapacité, commis en présence d’un mineur, par une personne étant ou ayant été liée à la victime par un pacte civile de solidarité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Breton, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 13 mars 2026 à 10h30, en présence de M. El Mamouni, greffier d’audience :
le rapport de M. Breton, juge des référés ;
les observations de Me Weiss, représentant Mme B..., présente, qui a repris ses écritures et insisté notamment :
d’une part, sur l’urgence à suspendre la décision contestée, la requérante étant convoquée, le 30 mars 2026, en vue de son licenciement, alors que son ancien conjoint ne lui verse aucune pension pour l’entretien de leurs deux enfants âgés de 12 et 13 ans ;
d’autre part, sur l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, en précisant, en particulier, que les faits commis le 29 mars 2022 s’inscrivent dans un contexte de séparation conflictuelle avec son ancien conjoint, elle-même ayant subi des violences conjugales, que les deux faits reprochés sont isolés et sans rapport avec l’exercice de ses fonctions, de sorte qu’elle ne représente aucun risque pour la sécurité aéroportuaire ;
les observations de M. A..., représentant le préfet de police, qui a repris ses écritures et qui a insisté notamment :
d’une part, sur l’absence d’urgence à suspendre la décision contestée, dès lors que la requérante s’est elle-même placée dans cette situation et que sa perte de rémunération ne sera pas totale, puisqu’elle ne concerne que ses primes ;
d’autre part, sur l’absence de doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, en rappelant, en particulier, que, par une décision du 17 février 2025, le préfet délégué a accordé à la requérante une habilitation exceptionnelle d’un an en mentionnant qu’elle était mise en cause pour des faits qui pourraient entraîner un rejet de sa demande et qu’en cas de réitération des faits, l’habilitation pourrait lui être retirée, que la consommation d’alcool présence un risque pour la sécurité aéroportuaire et que, dans ses écritures, le préfet délégué a sollicité une substitution de motifs, pour tenir compte à la fois du fait commis le 15 août 2025 et de ceux commis le 29 mars 2022.


Considérant ce qui suit :

Mme B... exerce les fonctions d’hôtesse de l’air au sein d’une société de transport aérien. Elle bénéficie, à ce titre, d’une habilitation permettant l’accès aux zones de sûreté à accès réglementé, dont elle a demandé le renouvellement le 4 septembre 2025. Elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l’exécution de la décision du 17 novembre 2025 par laquelle le préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires de Paris a rejeté sa demande de renouvellement de son habilitation.

Sur les conclusions à fin de suspension :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».

En ce qui concerne l’urgence :

Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.

Il résulte de l’instruction que, contrairement à ce que fait valoir le préfet de police en défense, l’exécution de la décision contestée aura pour conséquence de faire obstacle à l’exercice de l’emploi que Mme B... exerce auprès de la même société de transport aérien depuis le 17 avril 1999. Dans ces conditions, et eu égard notamment aux charges financières qu’elle doit assumer, notamment dues à l’entretien et à l’éducation de ses deux enfants âgés de 12 et 13 ans, cette exécution préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation. Par ailleurs, l’exigence de la sécurité aéroportuaire invoquée en défense ne paraît pas suffisante, eu égard à la relative gravité et au contexte des faits reprochés, à commander le maintien de la décision contestée. Par suite, Mme B... est fondée à se prévaloir de l’urgence à suspendre les effets des décisions attaquées sans attendre le jugement au fond.

En ce qui concerne le doute sérieux :

Aux termes de l’article L. 6342-3 du code des transports : « Doivent être habilités par l'autorité administrative compétente : / 1° Les personnes ayant accès aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes (…) ». Aux termes de l’article R. 6342-19 du même code : « L'habilitation est délivrée ou refusée par le préfet exerçant les pouvoirs de police sur l'aérodrome lorsque l'entreprise ou l'organisme concerné est situé sur l'emprise de celui-ci, ou par le préfet territorialement compétent dans les autres cas. A Paris, la compétence appartient au préfet de police. L'habilitation est valable sur l'ensemble du territoire national pour une durée maximale de cinq ans. » Aux termes des dispositions de l’article R. 6342-20 du code des transports : « L'habilitation peut être retirée ou suspendue par le préfet territorialement compétent lorsque la moralité ou le comportement de la personne titulaire de cette habilitation ne présente pas les garanties requises au regard de la sûreté de l'Etat, de la sécurité publique, de la sécurité des personnes, de l'ordre public ou sont incompatibles avec l'exercice de son activité. »

Pour refuser à Mme B... le renouvellement de son habilitation, le préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires de Paris s’est fondé, dans sa décision contestée du 17 novembre 2025, sur un fait de conduite de véhicule sous l’emprise d’un état alcoolique commis le 15 août 2025 à Marlenheim (67). Au cours de l’audience publique du 13 mars 2026, le préfet délégué a sollicité une substituant de motifs en précisant que la décision litigieuse peut être fondée non seulement sur ce premier fait, mais également sur la mise en cause de la requérante, le 29 mars 2022, pour des faits de violence sans incapacité, commis en présence d’un mineur, par une personne étant ou ayant été liée à la victime par un pacte civile de solidarité.

En l’état de l’instruction, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation commise par le préfet délégué pour avoir estimé que Mme B... ne présentait pas les garanties requises pour obtenir le renouvellement de son habilitation paraît de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées, eu égard notamment, d’une part, à la relative gravité et au caractère isolé des faits reprochés, d’autre part, aux circonstances dans lesquels les faits commis le 29 mars 2022 se sont déroulés et, enfin, à l’ancienneté et aux conditions d’exercice de son activité professionnelle par Mme B....

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision du 17 novembre 2025 par laquelle le préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires de Paris a rejeté la demande de Mme B... tendant au renouvellement de son habilitation d’accès aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires.

Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :

Si Mme B... demande notamment que lui soient délivrés une habilitation aéroportuaire et le badge correspondant, il y a seulement lieu d’enjoindre à l’administration de procéder au réexamen de sa demande de renouvellement de son habilitation, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais d’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B....


O R D O N N E :


Article 1er : L’exécution de la décision du 17 novembre 2025 par laquelle le préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires de Paris a rejeté la demande de Mme B... tendant au renouvellement de son habilitation d’accès aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires de Paris de procéder au réexamen de la demande d’habilitation de Mme B..., dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir.

Article 3 : L’Etat versera à Mme B... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... B... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Montreuil, le 25 mars 2026.

Le juge des référés,




T. Breton

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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