Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé, rejette la demande d'une ressortissante tunisienne visant à enjoindre au préfet de lui délivrer une convocation pour déposer une demande de titre de séjour et un récépissé. La juridiction estime que la demande de convocation est dépourvue d'utilité, la requérante n'ayant pas justifié avoir sollicité un rendez-vous en préfecture. Concernant le récépissé, le juge considère que sa délivrance ferait obstacle à l'exécution d'une décision implicite de rejet née du silence de l'administration au terme du délai de quatre mois prévu par les articles R.*432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande de renouvellement ayant été présentée en septembre 2025.
Texte intégral
Par une requête, enregistrée le 18 février 2026, Mme C... A... B..., représentée par Me Decroix-Delondre, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une convocation afin qu’elle puisse déposer sa demande de titre de séjour et de lui remettre un récépissé dans un délai de huit jours ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat le somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie ;
- la condition d’utilité est remplie ;
- la mesure sollicité ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Deniel pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A... B..., ressortissante tunisienne née le 24 avril 1988, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une convocation afin qu’elle puisse déposer sa demande de titre de séjour et de lui remettre un récépissé dans un délai de huit jours.
2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». L’article L. 522-3 de ce code précise que : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».
Sur la demande de convocation pour le dépôt d’une demande de titre de séjour :
3. La requérante ne justifie pas qu’elle aurait sollicité en vain un rendez-vous en préfecture afin de déposer une demande de titre de séjour. Dans ces conditions, sa demande tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une convocation pour le dépôt d’une demande de titre de séjour est dépourvu d’utilité.
Sur la demande de document provisoire de séjour :
4. Aux termes de l’article R* 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. » Selon l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421 43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426 17. / Par dérogation au premier alinéa ce délai est de soixante jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article R. 421-26 ».
5. Il résulte des dispositions des articles R. 431-2 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la demande d’un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l’immigration s’effectue au moyen d’un téléservice et donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne, puis, le cas échéant, à la délivrance d’une attestation de prolongation de l'instruction de la demande.
6. La circonstance qu'un étranger se soit vu délivrer ou renouveler un récépissé ou une attestation de prolongation de l’instruction pour une durée supérieure au délai mentionné au point 4 ou postérieurement à l’expiration de ce délai ne fait pas obstacle à la naissance ou au maintien de la décision implicite de refus née du silence gardé par l'administration au terme de ce délai.
7. Mme A... B... soutient qu’elle était titulaire d’une carte de séjour valable jusqu’au 7 janvier 2026. Il résulte de l’instruction qu’elle a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour le 9 septembre 2025, ainsi qu’en attestent les mentions portées sur la confirmation de dépôt d’une demande de renouvellement de titre de séjour qui lui a été remise. En vertu des dispositions combinées des articles R*432-1 et R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et à défaut de décision explicite prise dans ce délai, cette demande doit être regardée comme ayant été implicitement rejetée par le préfet de la Seine-Saint-Denis à l’issue d’un délai de quatre mois courant du 9 septembre 2025. Dès lors, le juge des référés statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut, sans faire obstacle à l’exécution de cette décision implicite de rejet, enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction.
8. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la requête de Mme A... B..., en toutes ses conclusions selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A... B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... A... B....
Fait à Montreuil, le 12 mars 2026.
La juge des référés,
Signé
C. Deniel
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.