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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2604916

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2604916

mercredi 11 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2604916
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantYOUNESS

Résumé IA

**Sujet principal** : Demande d'injonction au préfet pour convoquer la requérante à un rendez-vous et lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour autorisant le travail. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Montreuil (formation de référé). **Solution retenue** : Le juge des référés rejette la demande comme étant manifestement mal fondée. **Textes appliqués et raisonnement** : La requérante, ayant déposé sa première demande de titre de séjour il y a plus de treize mois, se voit opposer une décision implicite de rejet née du silence de l'administration au terme du délai de quatre mois prévu par les articles R.* 432-1 et R. 432-2 du CESEDA. En application de l'article L. 521-3 du CJA, le juge estime qu'ordonner la mesure sollicitée reviendrait à faire obstacle à l'exécution de cette décision administrative, ce que la procédure de référé ne permet pas.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2026, Mme C... B... épouse A..., représentée par Me Youness, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de la convoquer à un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui remettre un récépissé de cette demande l’autorisant à travailler ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 400 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’en l’absence de document provisoire attestant du dépôt de sa demande de titre de séjour elle est contrainte de travailler de manière irrégulière et que le délai de traitement de sa demande est déraisonnable ;
- la mesure sollicitée présente un caractère utile dès lors que la carence de l’administration porte une atteinte grave et répétée à sa vie privée et familiale.

La présidente du tribunal a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code de justice administrative.



Considérant ce qui suit :

1. Mme B... épouse A..., ressortissante marocaine, a sollicité, le 16 janvier 2025, la délivrance d’un premier titre de séjour sur le site de l’Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) et s’est vue délivrer une attestation de prolongation d’instruction de sa demande valable jusqu’au 2 janvier 2026. Elle demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de la convoquer à un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui remettre un récépissé de cette demande l’autorisant à travailler.

2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». L’article L. 522-3 de ce code dispose : « Lorsque la demande ne présente pas de caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1. ».

3. Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toute mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S’agissant de la condition d’urgence à laquelle est notamment subordonné le prononcé des mesures mentionnées à l’article L. 521-3, il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.

4. Aux termes de l’article R.* 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ».

5. La circonstance qu'un étranger se soit vu délivrer ou renouveler un récépissé ou une attestation de prolongation de l’instruction pour une durée supérieure au délai mentionné au point 4 ou postérieurement à l’expiration de ce délai ne fait pas obstacle à la naissance ou au maintien de la décision implicite de refus née du silence gardé par l'administration au terme ce délai.

6. Il résulte de l’instruction que, ainsi qu’il a été dit au point 1, Mme B... épouse A... a déposé sa première demande de titre de séjour sur le site de l’ANEF, le 16 janvier 2025, soit il y a plus de treize mois à la date d’enregistrement de la présente requête. En l’absence de réponse de l’autorité administrative dans un délai de quatre mois à compter du 16 janvier 2025, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, une décision implicite de rejet est née, en application des dispositions citées au point 4. Dans ces conditions, le juge des référés ne peut, sans faire obstacle à l’exécution de cette décision, ordonner la mesure demandée par la requérante sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative. Il s’ensuit que la présente demande de référé est manifestement mal fondée.

7. Il résulte de ce qui précède que la présente requête doit être rejetée selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 du même code.


O R D O N N E


Article 1er : La requête de Mme B... épouse A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... B... épouse A... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 11 mars 2026.


Le juge des référés



L. Gauchard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

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