Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me de Maillard, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour d’une durée de dix ans, dans un délai de quinze jours à compter de la décision du tribunal, sous astreinte de 200 euros par jours de retard et, le cas échéant, dans l’attente de l’édition de ce titre, de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction, dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification de l’ordonnance du tribunal ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’urgence est caractérisée dès lors que la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à sa situation en ce qu’elle conduit à le placer brusquement en situation irrégulière et qu’elle l’empêche de continuer à exercer une activité professionnelle et de circuler librement, alors qu’il est le père d’un enfant français dont il s’occupe ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que celle-ci est entachée d’un défaut de motivation, que l’ article R. 435-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l’article 10, paragraphe c, de l’accord franco-tunisien ont été méconnus en ce qu’il remplit les conditions pour l’octroi du titre de séjour sollicité eu égard aux preuves d’entretien et de prise en charge de son enfant français et que l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ont été méconnus.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les pièces enregistrées les 19 et 20 mars 2026, produites par le préfet de la Seine-Saint-Denis ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Charageat, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 24 mars 2026 à 14h30, en présence Mme Abdou, greffière d’audience :
- le rapport de M. Charageat, juge des référés ;
- les observations de Me de Maillard, représentant M. B..., qui s’en rapporte à ses écritures et soutient notamment que la demande de suspension n’a pas perdu de son objet et qu’il a été répondu à la demande de pièces complémentaires de l’administration tendant à compléter le dossier du requérant ;
- et les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui conclut au non-lieu à statuer au motif qu’une attestation de prolongation d’instruction a été délivrée au requérant.
Les parties ont été informées que la clôture de l’instruction était différée au 26 mars 2026 à 18 h00, en application de l’article R. 522-8 du code de justice administrative.
Une note en délibéré, enregistrée le 25 mars 2026 à 12h 43, a été produite pour M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant tunisien née le 17 mai 1998, était titulaire d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » valable jusqu’au 13 mars 2025, dont il a sollicité le renouvellement le 23 janvier 2025. Estimant que cette demande a été implicitement rejetée compte tenu du silence gardé par l’administration, il demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, à titre principal la suspension de l’exécution de cette décision implicite.
Sur l’exception de non-lieu soulevée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :
2. Le préfet de la Seine-Saint-Denis soutient que la requête est dépourvue d’objet au motif qu’il a délivré à M. B... une nouvelle attestation de prolongation d’instruction valable jusqu’au 18 juin 2026, qui permet à ce dernier de justifier de la régularité de sa situation. Toutefois, dans les circonstances de l’espèce, la délivrance d’un tel document ne rend pas sans objet la demande de M. B....
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
4. En premier lieu, l’urgence justifie la suspension de l’exécution d’un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci.
5. Si le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir qu’il a délivré au requérant une attestation de prolongation d’instruction valable trois mois, en l’espèce il ne justifie pas de circonstances particulières de nature à faire échec à la présomption d’urgence mentionnée au point précédent. Par suite, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
6. En second lieu, en l’état de l’instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement refusé de renouveler le titre de séjour de M. B....
Sur les conclusions à fin d’injonction :
8. Postérieurement à l’introduction de la requête, le préfet de la Seine-Saint-Denis a remis à M. B... une attestation de prolongation d’instruction valable jusqu’au 18 juin 2026. Par suite, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour du requérant dans le délai de validité de ce document provisoire de séjour. Dans les circonstances de l’espèce il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par M. B....
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement refusé de renouveler le titre de séjour de M. B... est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête tendant à l’annulation de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B..., dans les conditions mentionnées au point 8 de la présente ordonnance.
Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 800 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Montreuil, le 28 mars 2026.
Le juge des référés,
D. Charageat
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.